Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie ! arrive au Théâtre de l’Essaïon à Paris à partir du 2 octobre 2026.
Souvent désirée, souvent jugée, mais toujours incomprise. Une icône, une star, une idole, mais aussi une femme en avance sur son époque, qui a voulu briser les codes. Mais la vie l’a blessée, fracturée et détruite. Derrière Marilyn Monroe demeurait Norma Jeane, une femme que l’image publique a progressivement dévorée. Cent ans après sa naissance, le mythe reste intact, peut-être parce que la femme, elle, nous échappe encore.
Marilyn Monroe aurait eu 100 ans en 2026. Un siècle après sa naissance, elle appartient à cette poignée de figures dont l’image semble avoir survécu à la personne, jusqu’à parfois la recouvrir entièrement. Cinéma, photographie, musique, publicité, Andy Warhol ou Madonna : chaque époque a fabriqué sa Marilyn, avec ses fantasmes et ses raccourcis. Reste une difficulté presque paradoxale, revenir vers la femme lorsqu’une icône est devenue aussi familière. C’est précisément de cette saturation qu’est né Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie ! : Alice d’Arceaux rêvait d’incarner Marilyn Monroe et Sophie Forte a choisi de repartir de sa vie, en se documentant au-delà de l’imaginaire collectif déjà constitué autour d’elle.
Une Marilyn derrière Marilyn
Le titre joue avec une évidence devenue presque encombrante : « encore une Marilyn ». Sophie Forte ne cherche pourtant pas à fabriquer une nouvelle variation décorative autour de la robe blanche, du blond platine et de l’imagerie hollywoodienne. L’idée vient d’Alice d’Arceaux, qui rêvait d’interpréter Marilyn Monroe. L’autrice s’est alors beaucoup documentée sur la vie de l’actrice afin d’aller chercher ce qui subsiste derrière une représentation collective devenue autonome. Elle construit une épopée tragi-comique, quelque part entre le conte musical, l’absurde, l’humour et le désespoir.
Alice d’Arceaux porte cette traversée. Comédienne, chanteuse et danseuse, formée dès l’enfance à la danse classique et contemporaine, puis notamment auprès de Daniel Mesguich, elle dispose ici d’un matériau qui sollicite précisément cette pluralité. Elle joue Marilyn, chante ses chansons et danse, sans simplement reproduire une succession d’images célèbres. Son parcours l’a auparavant menée de Labiche à Balzac, en passant par Lucrèce Borgia, Le Capitaine Fracasse ou Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, mais également vers le cinéma et la télévision.
Ce choix est intéressant parce que Marilyn Monroe a précisément connu ce destin étrange des icônes : être reconnaissable avant même d’être connue. Dans les années 90 et 2000, Madonna pouvait encore convoquer son imaginaire et Moulin Rouge ! réactiver une certaine grammaire de la star féminine fabriquée par le spectacle. Ici, le mouvement s’inverse. Il ne s’agit plus tellement de citer Marilyn que de retrouver une trajectoire derrière les citations. La candeur, la malice, l’espièglerie et la fragilité peuvent alors cohabiter, sans réduire cette femme à l’éternelle blonde ingénue que l’industrie avait si efficacement vendue.

Un conte musical où un homme devient tous les hommes
La scénographie repose sur une économie assez radicale : aucun décor, seulement des accessoires et des costumes chargés de symboliser les différentes étapes de cette existence. Le théâtre abandonne ainsi la reconstitution réaliste pour travailler par signes. Guillaume Nocture accompagne Alice d’Arceaux à la guitare, construit les ambiances musicales et endosse les personnages masculins rencontrés par Marilyn Monroe. Le même corps masculin devient plusieurs hommes, tandis qu’une seule interprète demeure face à eux, Marilyn. Ce dispositif donne presque involontairement une matérialité scénique à la répétition des relations, des regards et des projections qui ont entouré la star.
Ce partenaire possède lui-même un parcours transversal. Diplômé du Conservatoire de Paris et titulaire d’une maîtrise en musicologie de La Sorbonne, Guillaume Nocture est comédien, musicien, chanteur, professeur de guitare et metteur en scène. Il a notamment participé à Ce soir j’attends Madeleine, Au petit bal perdu, Les Dézingués du vocal ou Le show qui must go on, avant de travailler sur plusieurs créations théâtrales et musicales.
Cette concentration des rôles évite surtout le défilé biographique. Là où un biopic comme Ray ou Walk the Line dispose du montage cinématographique pour traverser une existence, la scène doit produire les ellipses autrement. Le costume, l’accessoire, une chanson, une guitare ou le changement d’interprétation deviennent des marqueurs temporels. Le spectacle dure 1 h 20 et s’adresse à tous les publics à partir de 8 ans. Derrière sa légèreté apparente demeure ainsi une mécanique théâtrale précise, avec deux artistes sur scène et un dispositif suffisamment dépouillé pour laisser le récit, le corps et la musique fabriquer les changements d’époque.
Sophie Forte, de l’icône au personnage
Le projet porte également l’empreinte d’un parcours où les disciplines ont rarement été cloisonnées. Sophie Forte sort des cours René Simon à 25 ans, écrit des chansons et enregistrera sept albums. Radio, télévision, cinéma, réalisation, littérature, théâtre : elle passe notamment par Rien à cirer sur France Inter, Froufrou, La classe et Vivement dimanche, écrit ses propres sketchs pendant vingt ans de one-woman-show, réalise deux films et signe une vingtaine de pièces. Elle a également publié trois livres et interprète Françoise Dolto dans Lorsque Françoise paraît d’Éric Bu.
Cette circulation entre musique, jeu et écriture trouve ici une forme assez logique. Marilyn Monroe fut elle-même enfermée dans plusieurs catégories simultanées : actrice, chanteuse, sex-symbol, produit des studios et personnalité publique dont chaque geste finissait par être interprété. Le spectacle choisit le tragi-comique plutôt que la sanctification. C’est sans doute là que son titre prend tout son sens : prétendre présenter « la vraie » Marilyn après des décennies de récits est évidemment impossible, et presque absurde. Cette impossibilité devient justement une matière de théâtre.
Après son succès au Festival d’Avignon et une présentation au musée Grévin, Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie ! arrive au Théâtre de l’Essaïon à partir du 2 octobre 2026, les vendredis et samedis à 19 h. Alice d’Arceaux y partage la scène avec Guillaume Nocture, en alternance avec Alexandre Bierry. Les costumes sont signés Nadège Bulfay et la production est assurée par Les Passionnés du Rêve. Le spectacle se joue au Théâtre de l’Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard 75004 Paris.

Reste désormais à observer ce que cette Marilyn produira face au public parisien. Car en 2026, année de son centenaire, l’enjeu n’est peut-être plus de maintenir Marilyn Monroe dans la culture populaire. A vrai dire, elle n’en est jamais vraiment sortie, mais de voir quelles nouvelles lectures de Norma Jeane peuvent encore émerger lorsque les images les plus célèbres commencent enfin à perdre leur monopole.
Réservation recommandée FNAC • Ticketmaster • Carrefour •
Encore une Marilyn, mais cette fois-ci la vraie !
À partir du 2 octobre 2026, les vendredis et samedis à 19 h.
Durée : 1 h 20, spectacle tout public à partir de 8 ans.
Théâtre de l’Essaïon
6 rue Pierre-au-Lard
75004 Paris
Crédit photo : Milla MORISSON
En savoir plus sur Direct-Actu le média de la pop culture et alternative
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


