Hawk & Steel transforme une rupture en rêve regardé à distance avec Dreams On TV, entre Folk mélancolique et énergie Pop Rock.
Une reprise de route après presque dix ans de silence
Avec Dreams On TV, Hawk & Steel ne raconte pas simplement l’épuisement d’une relation. Le groupe canadien s’intéresse à un mécanisme plus trouble : celui qui consiste à avoir vécu son propre couple comme une représentation dont on aurait progressivement cessé d’être acteur. Le souvenir conserve l’éclat de ce qui fut espéré, tandis que le présent oblige à constater que cette image ne correspond plus à rien de tangible. Cette tension entre idéalisation rétrospective et lucidité tardive donne au morceau sa véritable densité émotionnelle.
Hawk & Steel, le retour avec une maturité nouvelle
Formé à Victoria au début des années 2010, Hawk & Steel développe une identité située entre alt-country, indie rock et textures Americana, portée par Peter Gardner au chant et à la guitare, Ian Johnson à la guitare et Rob « Bobby » Walsh à la basse. Après une activité scénique soutenue et des concerts partagés notamment avec Beth Orton, The Wooden Sky ou The Skydiggers, le groupe s’était mis en retrait en 2017. Son retour, presque dix ans plus tard, s’effectue avec Rob Phillips à la batterie et un troisième album, Ain’t Never Movin’ On, annoncé pour le 26 juin 2026. Dreams On TV, prévu le 8 mai, en constitue le premier single et condense cette nouvelle période : davantage de recul sur le passé sans abandonner les guitares tendues, les harmonies vocales et l’énergie organique du groupe.
Dreams On TV saisit une relation au moment où celui qui parle comprend qu’elle ne peut plus être réparée. La rupture n’arrive pourtant pas comme une révélation brutale. Elle apparaît comme le résultat différé d’une longue érosion : déceptions répétées, éloignement affectif, incapacité à empêcher ce qui s’effondre. Le point le plus cruel tient à la perception rétrospective du couple. Ce qui semblait autrefois précieux finit par ressembler à un rêve observé sur un écran, comme si cette histoire avait toujours appartenu à quelqu’un d’autre.
Quand le souvenir devient l’écran qui sépare de sa propre vie
Une chanson Folk avec des accents Pop Rock. On passe un moment agréable avec une ambiance qui laisse l’esprit naviguer entre les images et les sensations procurées. Cette douceur apparente crée surtout un contraste intéressant avec des paroles beaucoup moins confortables. Hawk & Steel ne construit pas la rupture autour d’une faute spectaculaire, d’une trahison ou d’un conflit décisif. Dreams On TV travaille l’usure, phénomène psychologique plus diffus parce qu’il ne fournit aucun événement unique auquel attribuer l’échec.
Dreams On TV travaille l’usure, phénomène psychologique plus diffus parce qu’il ne fournit aucun événement unique auquel attribuer l’échec.
Celui qui parle accumule au contraire les indices d’une responsabilité progressivement comprise : il a laissé entrer le froid et la pluie, donné à l’autre suffisamment de raisons pour partir et continué malgré tout à croire qu’un sentiment subsistait. Les images météorologiques ne servent ainsi pas seulement de décor mélancolique. L’intimité est pensée comme un espace dont les frontières n’ont plus été protégées. Quelque chose est entré, s’est installé, puis est devenu impossible à réparer. La prise de conscience arrive donc après l’érosion. Elle ne déclenche pas une reconquête, puisqu’elle intervient précisément lorsque l’action n’a plus de prise sur la situation.
Cette brutalité sémantique tranche avec l’élan mélodique et les harmonies vocales : la musique laisse circuler l’air là où les paroles constatent l’absence.
L’image centrale du rêve regardé à la télévision pousse cette logique plus loin. Hawk & Steel transforme le souvenir amoureux en expérience de dissociation : le couple a bien été vécu, pourtant sa relecture donne l’impression d’observer la vie de quelqu’un d’autre. Ce déplacement est particulièrement juste parce que la nostalgie n’est pas présentée comme un simple désir de retour. Elle modifie la perception même du passé. L’ancienne relation brillante comme l’or devient une fiction intime dont l’image survit à la réalité, tandis que les deux bateaux qui se croisent dans la nuit matérialisent une proximité devenue purement spatiale, sans véritable rencontre. Le refrain réduit finalement cette histoire à un écran puis à un vide. Cette brutalité sémantique tranche avec l’élan mélodique et les harmonies vocales : la musique laisse circuler l’air là où les paroles constatent l’absence. Même le saxophone, presque ludique dans un morceau aussi désabusé, empêche la confession de s’enfermer dans le pathos. Dreams On TV parle ainsi moins du moment où l’amour disparaît que de celui où l’esprit cesse enfin de confondre la mémoire de l’amour avec sa persistance réelle.
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