Stella Starfox transforme l’ivresse en étrange jeu de séduction, entre rock des années 2000, paroles désarticulées et insouciance trompeuse.
L’alcool possède cette curieuse capacité à rendre léger ce qui ne l’est absolument pas. Avec Hammered by a Woman, Stella Starfox pousse ce paradoxe jusque dans la forme, entre mélodie immédiatement mémorisable, paroles fragmentées et sensations qui semblent parfois arriver avant leur propre signification.
Stella Starfox naît en 2018 autour de Ben Gardner, Tommy Fuccillo et Matt Hatch, trio qui joue ensemble depuis le collège avant de traverser plusieurs formations. Rejoints notamment par Mike « Brown » Bloniarz puis Rory McRae, les musiciens construisent un univers mêlant rock, psychédélisme, hip-hop et electronica. Après Bathroom Pop et le projet de démos Lost Files Vol. 1, le groupe poursuit une trajectoire nourrie autant par la scène alternative que par une production volontairement hybride.
Quand l’ivresse finit par avaler les émotions
Hammered by a Woman parle d’intoxication, mais déplace rapidement l’alcool vers quelque chose de moins matériel. La sensation d’être ivre devient celle d’une femme qui envahit puis « consomme » psychiquement celui qui parle. Les paroles adoptent alors une logique discontinue, avec des images urbaines, des perceptions étranges et quelques fragments presque hallucinatoires. L’alcool n’explique plus seulement un comportement, il dérègle la manière même dont les sensations s’organisent.
Un moment étrange, la mélodie chantonnée semble adoucir ce qui ne le devrait pas ! Musicalement, on est proche du rock du début des années 2000 avec des groupes comme Travis, The Killers ou Jamiroquai. C’est précisément cette apparente décontraction qui rend Hammered by a Woman assez retorse. Le « tralala », les syllabes répétées et cette facilité presque festive ne servent pas simplement de respiration, ils produisent une forme d’anesthésie émotionnelle.
C’est alors que plus l’univers décrit devient confus, plus la chanson paraît vouloir le rendre agréable. L’ivresse fonctionne ainsi sur deux niveaux assez proches : elle altère la perception tout en diminuant momentanément la capacité à mesurer ce qui est en train de se produire. Les paroles n’ont pas besoin d’organiser une histoire parfaitement intelligible, leur fragmentation participe à cette perception trouée où une rue, une femme, l’alcool, une sensation corporelle ou une pensée apparaissent puis disparaissent. L’indifférence évoquée devient alors intéressante. Elle ressemble moins à une absence d’émotion qu’à son émoussement, presque une stratégie de désengagement face à quelque chose devenu trop envahissant. La musique fait exactement pareil : elle sourit pendant que la situation commence à déraper.
Cette confusion entre alcool et attraction permet surtout d’éviter une métaphore romantique beaucoup plus confortable. Être « intoxiqué » par quelqu’un n’est pas présenté comme une passion magnifique qui ferait perdre la raison, la sensation est plus organique, presque prédatrice : l’autre occupe progressivement l’espace psychique jusqu’à modifier la perception de soi et de ce qui entoure. Pourtant, aucune grande prise de conscience ne vient remettre les choses en ordre. Même lorsque l’alcool devient explicite avec la vodka, le soda et le refus d’être sobre, le morceau ne sort pas réellement de son brouillard. Il l’assume.
C’est là que sa légèreté devient plus ambiguë, parce que la fête peut être simultanément plaisir, fuite et maintien volontaire d’un état qui empêche justement de regarder ce qui dérange. Le choix de conserver une partie des premières expérimentations réalisées sur GarageBand puis d’ajouter des voix de groupe enregistrées pendant une fête renforce cette sensation collective : l’environnement sonore célèbre l’ivresse au moment même où les paroles lui donnent une dimension beaucoup moins rassurante. Stella Starfox ne transforme donc pas la soirée alcoolisée en leçon morale. Le groupe préfère rester dans cet instant psychologique très particulier où l’individu sait probablement que quelque chose cloche, mais où continuer à danser reste infiniment plus séduisant que commencer à comprendre pourquoi.
En savoir plus sur Direct-Actu le média de la pop culture et alternative
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

