L’Inconnue ou l’expérience de la dépossession de soi.

L’Inconnue d’Arthur Harari fait du changement de corps une vertigineuse expérience de dépossession de soi.

À bientôt 40 ans, David Zimmerman (Niels Schneider) vit presque en retrait du monde. Photographe dont personne ne connaît vraiment le travail, il accepte pourtant de suivre ses amis lors d’une fête, où son regard s’arrête sur Malia (Lilith Grasmug), une jeune femme qu’il décide de suivre. Quelques heures plus tard, David se réveille dans le corps d’Eva (Léa Seydoux), l’inconnue croisée cette nuit-là. Privé de son apparence, de sa place sociale et bientôt des preuves mêmes de son identité, il tente alors de comprendre ce qui lui est arrivé, tandis que son ancien corps poursuit désormais une autre existence.

Entre thriller et drame psychologique

Avec l’Inconnue, le scénariste d’Anatomie d’une chute adapte le roman graphique Le cas David Zimmerman co-écrit avec son frère, et livre une expérience aussi déroutante que mélancolique.

Propulsé sur le devant de la scène par le succès international d’Anatomie d’une chute, Arthur Harari revient donc cette fois-ci à la réalisation avec L’inconnue, qui suscite des réactions contrastées depuis sa présentation au dernier festival de Cannes.

À la fois thriller et drame psychologique, il faut dire que le métrage ne ménage pas son spectateur dans sa volonté de proposer une expérience sensorielle brute et labyrinthique, au plus proche du réel.

Une volonté qui se manifeste autant par un cadrage serré autour de ses protagonistes et des espaces qu’ils habitent que par une photographie aux tonalités rétro que semble affectionner le réalisateur depuis son premier film Diamant Noir, et surtout le sublime Onoda, qui sondaient déjà au plus près la noirceur de la psyché humaine.

C’est cette même noirceur que l’on retrouve dans l’Inconnue, qui pose un regard d’une mélancolie profonde sur le temps qui passe et ce qu’il reste de nous lorsque l’on disparaît à travers les personnages tragiques de David Zimmerman et de la jeune Malia.

La première partie du film est totalement hypnotique et envoûtante, elle installe une ambiance dérangeante dans laquelle les corps permutent et se découvrent, avant de laisser petit à petit place à un drame psychologique où chaque personnage tente retrouver ce qu’il reste de lui, enfermé dans le corps d’un autre.

L’oeuvre en tire à cet effet une conclusion amère, ou l’être n’existe finalement que dans sa matérialité. L’âme, qui continue à vivre dans le corps de l’autre est invisible à l’œil des êtres chers.

Neils Schneider et Léa Seydoux livrent des performances puissantes. Les deux acteurs sont méconnaissables, presque transformés physiquement et sont d’une intensité rare. La douceur de Lilith Grasmug complète quant à elle parfaitement ce casting de grande qualité, qui finit de faire de l’Inconnue une expérience qui mérite d’être vue, et digérée. Un film singulier.

Article co-écrit en collaboration avec Alexandre Gueudre

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Note : 3.5 sur 5.

26 août 2026 en salle | 2h 20min | Drame, Thriller
De Arthur Harari | 
Par Arthur Harari, Lucas Harari
Avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville

La photographie, mémoire d’une identité héritée

La photographie occupe une place étrange dans L’Inconnue. David photographie les traces laissées par le temps dans le paysage périurbain, jusqu’à retrouver les endroits précis où son père avait lui-même posé son regard. Son travail ressemble presque à une archéologie familiale : il ne construit pas encore quelque chose qui lui appartient, il marche dans une mémoire préexistante. Le personnage apparaît ainsi prisonnier d’une filiation qu’il reproduit jusque dans son activité artistique. Cette situation ouvre une autre lecture de son identité, moins liée à ce que nous sommes qu’à ce que nous héritons sans réellement l’avoir choisi.

Le film crée alors un parallèle assez cruel entre mémoire individuelle et mémoire collective. Les bâtiments changent, certains lieux disparaissent, les générations se succèdent, pourtant la photographie conserve artificiellement une continuité entre ces différentes époques. David cherche ainsi dans l’image une stabilité que sa propre existence ne possède pas. Le paysage devient une mémoire extérieure, telle une archive capable de conserver les traces d’une histoire familiale. Et derrière cette obsession se dessine une question plus anthropologique : sommes-nous réellement les auteurs de notre identité, ou passons-nous une partie de notre existence à rejouer, parfois inconsciemment, celle dont nous avons hérité ?

Ce travail sur l’identité dépasse ainsi la question du corps pour interroger la transmission. David semble s’être construit dans une continuité familiale qu’il n’a jamais véritablement remise en cause. Son parcours confronte alors identité personnelle et identité héritée : devenir soi suppose aussi de déterminer ce que l’on conserve, transforme ou abandonne de ceux qui nous ont précédés.

Article réalisé sans accompagnement du studio ou de l’agence de presse. Bien qu’une projection de presse nous ait été proposée, nos agendas n’étaient pas compatibles. Cette chronique a donc été réalisée à partir d’une projection publique, en nous efforçant de rester aussi factuels que possible.


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2 réflexions sur “L’Inconnue ou l’expérience de la dépossession de soi.

  1. j’ai été bouleversée par l’expérience que nous fait vivre le film, l’impasse dans laquelle il plonge les personnages (et nous qui la vivons avec eux), la solitude, la communication interdite, impossible, avec ceux qu’ils aiment, qui les connaissaient pourtant, mais se dresse un haut mur infranchissable: on ne peut rien dire si on n’est pas identifié, si on est méconnaissable. On est alors comme baillonné, et cet interdit de dire « c’est moi » , est insupportable. Il y a tant à dire… il faut le voir, une fois, 2 fois, autant de fois que le film dévoilera des pistes inconnues.

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