Kyma, l’onde mystérieuse, de Romain Daudet-Jahan, fait surgir la science-fiction au cœur d’une campagne française et d’une adolescence en marge.
Une onde vivante au milieu d’un village français
Tony (Jules Lefebvre), adolescent solitaire plus à l’aise avec les animaux qu’avec les humains, découvre dans son village une forme de vie aussi fascinante qu’impossible à saisir : la Kyma. Cette onde sonore vivante se déplace dans la matière, provoque des vibrations et peut devenir suffisamment puissante pour la briser. Tony tente pourtant de l’apprivoiser et développe avec elle une relation qui dépasse rapidement la simple curiosité scientifique. Aux côtés de Zoé (Lucy Loste Berset) et Ousmane (Mamadou Haïdara), il va devoir comprendre cette présence invisible, ses réactions et surtout le danger qu’elle représente lorsqu’elle échappe à leur contrôle.
Le projet prend forme dans la continuité des courts métrages de Romain Daudet-Jahan et de son goût pour le sense of wonder. L’écriture menée avec Émilie Dubois avance parallèlement à la recherche d’une identité visuelle, avec une question centrale : comment rendre mystérieux des lieux parfaitement ordinaires ? Des souvenirs de villages fréquentés durant l’enfance nourrissent alors les décors et permettent progressivement de construire l’univers de Kyma, l’onde mystérieuse.
Un film de genre efficace qui n’a rien à envier aux productions US
Il est rare de voir des films de genres flirtant avec la SF en France. L’horreur et la comédie musicale deviennent de plus en plus courantes, mais la SF se fait timide, alors que notre pays possède une mine d’or de nouvelles et de romans d’anticipation et de dystopies en tout genre !
Ici, le réalisateur ose en exploitant des propositions intéressantes avec quelques idées simples, et nous livre un moment de cinéma.
Pas de gros effets spéciaux, mais un pitch suffisamment fonctionnel et une mise en scène au service du récit. Certes nous sommes sur de la Teen SF, mais le jeu des acteurs est bon, la photographie n’est pas dégueulasse ! On espère le meilleur pour cette sortie hexagonale avec comme trio d’acteurs émergents Mamadou Haïdara (Lupin), Jules Lefebvre et Lucy Loste Berset.
Pas de gros effets spéciaux, mais un pitch suffisamment fonctionnel et une mise en scène au service du récit.
Kyma, l’onde mystérieuse trouve justement sa force dans cette économie de moyens qui ne devient jamais une économie d’idées. Le fantastique ne dépend pas ici d’une créature exhibée à l’écran, mais d’une présence dont les manifestations contaminent progressivement le réel. La matière tremble, les objets réagissent, les corps deviennent des surfaces sensibles et la voix elle-même peut être altérée. L’invisible acquiert ainsi une matérialité suffisamment concrète pour que le spectateur accepte rapidement les règles de cette Teen SF. La Kyma peut être douce, curieuse, inquiétante ou dangereuse, jusqu’à disposer d’une puissance potentiellement mortelle.
C’est précisément sur ce terrain que le film peut rivaliser avec certaines productions américaines sans chercher à reproduire leur gigantisme. Le village français n’est pas maquillé en banlieue américaine et les adolescents n’ont pas besoin d’évoluer à New York ou Los Angeles pour que l’irruption fantastique fonctionne. Le quotidien devient le territoire de l’étrange. Cette proximité renforce même l’identification : Tony, Zoé et Ousmane ne ressemblent pas à des archétypes héroïques immédiatement préparés à affronter l’inconnu. Leur cohésion se construit au contact du danger, tandis que leurs singularités individuelles déterminent leur manière de comprendre la Kyma. Le film déplace ainsi la puissance du spectaculaire vers le groupe, ses réactions et sa capacité à produire collectivement une réponse face à quelque chose qui échappe aux adultes.
Le film évite ainsi de réduire la différence à une vulnérabilité et redistribue les compétences à l’intérieur du trio. Chacun devient nécessaire.
Zoé constitue à ce titre l’une des propositions les plus intéressantes. Sa surdité ne sert pas simplement à caractériser artificiellement le personnage. Dans un récit où une forme de vie existe par les fréquences et les vibrations, son rapport sensoriel au monde modifie directement sa perception de la menace. Elle peut ressentir différemment ce que les autres cherchent d’abord à entendre. Le film évite ainsi de réduire la différence à une vulnérabilité et redistribue les compétences à l’intérieur du trio. Chacun devient nécessaire. Cette dynamique donne à l’aventure adolescente une dimension sociale discrète : la marginalité n’est plus ce qui maintient les personnages à l’extérieur du groupe, elle devient paradoxalement ce qui permet au groupe d’exister.

Une ambiance maîtrisée
L’ambiance de Kyma, l’onde mystérieuse repose d’abord sur une inversion assez efficace de nos habitudes perceptives. Habituellement, voir permet d’identifier la menace et éventuellement de commencer à la maîtriser. Ici, le regard ne suffit plus. La Kyma traverse la matière, s’y manifeste et demeure pourtant impossible à observer comme une créature traditionnelle. Ses fréquences changent selon son état, tandis que son passage peut faire trembler les corps, modifier une voix ou briser des objets. Le spectateur partage alors une partie de l’incertitude des adolescents : quelque chose est bien présent, les conséquences physiques sont observables, mais l’origine demeure soustraite au regard.
Cette absence donne également une autre fonction au décor rural. Les lieux ordinaires ne constituent plus seulement l’arrière-plan d’une aventure, ils deviennent des espaces susceptibles d’être traversés par un élément que personne ne peut anticiper visuellement. Le familier conserve son apparence tout en perdant sa neutralité. C’est là que l’atmosphère fonctionne particulièrement bien, car le film n’a pas constamment besoin d’augmenter la menace. Un objet qui vibre ou une matière qui réagit suffit à installer le doute.
Cette logique sensorielle permet enfin au fantastique de rester lié aux personnages. Tony entretient plus facilement un rapport avec les animaux qu’avec les humains, notamment parce qu’il échappe auprès d’eux au jugement social. Sa fascination pour une forme de vie radicalement différente devient dès lors cohérente avec son propre fonctionnement affectif. La Kyma n’arrive pas seulement dans son village, elle rencontre un adolescent déjà disposé à chercher une relation avec ce que les autres pourraient immédiatement considérer comme étrange ou menaçant. L’ambiance naît aussi de cette ambiguïté : la peur du spectateur cohabite constamment avec la curiosité de Tony.
Reste désormais une question beaucoup plus industrielle : Kyma, l’onde mystérieuse peut-il rencontrer en salles le public adolescent auquel ce type de proposition française s’adresse encore rarement ? Le film sort le 5 août dans un marché où les productions de genre américaines sont devenues particulièrement régulières. Si vous avez aimé les tentatives télévisuelles comme Endless Night, ce film possède des éléments similaires. Son accueil permettra d’observer s’il existe désormais une place durable pour une Teen SF française capable d’assumer ses propres territoires, ses jeunes comédiens et son imaginaire sans passer par les codes géographiques américains.
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5 août 2026 en salle | 1h 29min | Aventure, Fantastique
De Romain Daudet-Jahan |
Par Romain Daudet-Jahan, Émilie Dubois
Avec Jules Lefebvre, Lucy Loste Berset, Mamadou Haïdara
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