Avec Maspalomas, Aitor Arregi et José Mari Goenaga livrent le portrait sensible d’un homme âgé contraint de revenir dans le placard après avoir enfin trouvé sa liberté. Une réflexion sur l’identité, le vieillissement et le poids du regard social.
Depuis vingt-cinq ans, Vicente (José Ramón Soroiz) mène une existence libre et heureuse à Maspalomas, aux Canaries. Lorsqu’un accident bouleverse son quotidien, il est rapatrié au Pays basque par sa fille Nerea (Nagore Aranburu) et placé dans une résidence pour personnes âgées. Dans cet environnement où chacun semble assigné à un rôle social précis, les blessures anciennes remontent à la surface. Contraint de dissimuler une partie de lui-même, Vicente voit ressurgir les peurs qui ont façonné sa vie. Une seule idée l’habite alors : retrouver le lieu où il avait enfin appris à exister pleinement.
Une histoire de prison physique et mentale
Un film de réconciliation et d’emprisonnement. On trouve l’alignement entre qui l’on est et ce qu’on veut. Difficile d’être soi-même dans une Espagne conservatrice. Le monde change avec les générations, mais les anciennes ont un pied entre deux mondes. Le film souligne cela où le protagoniste va passer d’une prison au paradis. Se retrouver à devoir vivre avec soi-même ainsi que ses secrets.
C’est précisément cette trajectoire que raconte Maspalomas. Le film repose sur une idée simple, mais particulièrement forte : il est possible d’être enfermé même lorsque les portes sont ouvertes. À Maspalomas, Vicente semble vivre dans une forme de paradis terrestre. Le soleil, la plage, les rencontres et l’absence de jugement composent un espace où son identité ne constitue plus un problème. Pourtant, cet équilibre demeure fragile. Un accident suffit à le ramener dans un environnement où les mécanismes de contrôle social réapparaissent immédiatement.
La résidence devient alors bien davantage qu’un simple lieu de soin. Elle fonctionne comme une métaphore de l’enfermement psychologique. Les horaires, les habitudes, les regards et les attentes des autres résidents produisent une normalisation permanente. Vicente ne revient pas seulement dans une institution, il retourne dans les réflexes de survie qu’il a appris durant une grande partie de son existence. Le film montre avec finesse comment certaines blessures restent actives malgré les décennies. Le spectateur comprend progressivement que l’obstacle principal n’est pas seulement extérieur. Il réside aussi dans les mécanismes d’autocensure accumulés au fil d’une vie entière.
Cette dimension devient particulièrement forte lorsque le récit se déroule dans le contexte du Covid. Le confinement sanitaire agit comme un miroir de l’enfermement intime du personnage. Tandis que les résidents voient leurs déplacements limités, Vicente revit symboliquement des décennies de silence et de dissimulation. Cette superposition des contraintes crée une sensation d’étouffement qui traverse l’ensemble du film.
La grande réussite du récit tient à sa manière d’aborder la vieillesse. Ici, le troisième âge n’est jamais présenté comme une période de renoncement. Au contraire, le film montre qu’il reste possible de chercher sa place, d’affronter ses contradictions et de poursuivre une réconciliation avec soi-même. Vicente ne cherche pas simplement à retrouver une destination géographique. Ce qu’il poursuit est plus profond. Il tente de préserver l’espace intérieur où il a enfin réussi à faire coïncider son identité avec son existence quotidienne.
José Ramón Soroiz porte cette évolution avec une grande délicatesse. Son visage exprime à lui seul les hésitations, les peurs et les élans de liberté du personnage. Le spectateur ressent constamment cette tension entre le désir de disparaître pour éviter les conflits et celui de vivre enfin sans compromis. De cette opposition naît une émotion discrète, mais durable, qui accompagne longtemps après la projection.

Le rapport au regard des autres et l’homosexualité à travers les étapes de la vie
L’un des aspects les plus intéressants de Maspalomas réside dans sa manière de montrer que le regard social ne disparaît jamais totalement. Il change de forme, mais continue d’exercer son influence. Vicente appartient à une génération qui a grandi dans une Espagne où l’homosexualité était fortement réprimée. Même lorsque les lois évoluent et que la société devient plus ouverte, les réflexes acquis durant la jeunesse continuent d’habiter les individus.
Le film évite pourtant le discours militant démonstratif. Il préfère observer les conséquences concrètes de cette histoire collective sur les comportements quotidiens. Vicente surveille ses gestes, mesure ses paroles et anticipe les réactions de son entourage. Cette prudence constante traduit une forme d’homophobie intériorisée qui ne résulte pas d’un rejet de soi conscient, mais d’années passées à apprendre qu’il fallait se cacher pour être accepté.
La relation avec sa fille illustre parfaitement cette problématique. Les non-dits occupent une place essentielle entre eux. Les regards, les silences et les hésitations racontent parfois davantage que les dialogues. Cette difficulté à communiquer ne concerne pas uniquement l’orientation sexuelle. Elle interroge la transmission entre générations et la manière dont les secrets façonnent durablement les liens familiaux.
Le film aborde également un sujet rarement représenté à l’écran : le désir chez les personnes âgées homosexuelles. Cette simple présence remet en question plusieurs tabous simultanément. En montrant des personnages âgés qui continuent à éprouver du désir, à rechercher de l’affection et à construire des relations, le récit rappelle que ces dimensions ne disparaissent pas avec l’âge. Pour le spectateur, cette représentation produit un effet de décentrement salutaire. Elle oblige à questionner des préjugés souvent intégrés sans même en avoir conscience. À travers Vicente, le film montre que la quête d’acceptation ne s’achève jamais totalement. Elle accompagne chaque étape de la vie et se redéfinit sans cesse selon le contexte social dans lequel on évolue.
La rencontre entre deux réalités
Le film trouve son origine dans la rencontre entre deux réalités : l’univers de Maspalomas, devenu au fil du temps un lieu emblématique de liberté pour de nombreux homosexuels européens, et la situation de certaines personnes âgées contraintes de dissimuler à nouveau leur identité lorsqu’elles entrent en résidence.
L’interprétation de José Ramón Soroiz reposait également sur des scènes d’intimité rarement montrées pour des personnages de cet âge. Une préparation spécifique a accompagné ces séquences afin que le comédien puisse les aborder avec naturel et précision. Ce travail contribue à la crédibilité du personnage et participe à la volonté du film de représenter sans détour des réalités encore peu visibles au cinéma.
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24 juin 2026 en salle | 1h 55min | Drame
De Aitor Arregi, José Mari Goenaga |
Par José Mari Goenaga
Avec José Ramón Soroiz, Nagore Aranburu, Kandido Uranga
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