Romería, une quête identitaire entre secrets et rejets.

Dans Romería, Carla Simón explore la mémoire familiale comme un territoire fragmenté, où l’absence devient moteur de quête identitaire, entre héritage invisible et nécessité de reconstruire un récit intime.

Marina (Llúcia Garcia), adoptée depuis l’enfance, doit obtenir un document officiel pour poursuivre ses études. Cette démarche administrative la contraint à renouer avec sa famille biologique paternelle, qu’elle ne connaît pas. Guidée par les écrits laissés par sa mère, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre un entourage marqué par les silences. Sa présence agit comme un révélateur, faisant ressurgir les non-dits, les blessures enfouies, et une mémoire familiale fragmentée, où chacun détient une version partielle de l’histoire.

Romería : Photo Llúcia Garcia © Quim Vives/Elastica Films

La construction de soi à travers l’absence, entre conflit des désirs et de filiation

Le film repose sur une tension fondamentale : celle d’une identité construite non pas sur la transmission, mais sur le manque. Marina n’hérite pas d’un récit clair, elle hérite d’un vide. Cette absence des figures parentales, aggravée par le silence familial, impose une reconstruction active. Le passé n’est pas donné, il doit être recherché, interrogé, parfois même imaginé. Ce processus place le personnage dans un entre-deux constant, tiraillé entre le désir de vérité et la nécessité de se protéger de celle-ci.

La filiation devient alors conflictuelle. Elle n’est plus un lien naturel, mais un espace de friction entre ce qui est transmis et ce qui est tu. La famille paternelle incarne ce paradoxe : elle détient des fragments de mémoire, mais reste incapable de les formuler pleinement, prisonnière d’une honte liée à une génération marquée par la drogue et le sida. Cette incapacité à dire crée une rupture symbolique, où l’héritage se transforme en poids silencieux.

Face à cela, Marina développe une autre forme de construction de soi : non plus fondée sur la vérité objective, mais sur une appropriation subjective du passé. Le recours à l’imaginaire, évoqué dans le film, n’est pas une fuite mais une nécessité. Lorsque la mémoire fait défaut, il devient possible, voire indispensable, de créer ses propres repères. Ce geste marque un déplacement important : l’identité ne dépend plus uniquement de la filiation biologique, mais d’une capacité à recomposer son histoire.

Ainsi, le film ne propose pas une réconciliation simple avec le passé. Il montre plutôt une acceptation lucide de son incomplétude. La construction de soi passe par l’acceptation de zones d’ombre irréductibles, et par un équilibre fragile entre ce que l’on cherche à comprendre, et ce que l’on choisit de reconstruire.

Peut-on être soi en étant incomplet ?

Le point de départ repose sur une réalité administrative plus universelle qu’il n’y paraît. Dans de nombreux parcours universitaires, notamment à l’étranger ou dans certains cursus spécifiques, la preuve de filiation et d’état civil complet peut être exigée pour valider une inscription, une nationalité ou un dossier. Marina, adoptée, se retrouve face à une lacune documentaire qui l’oblige à se tourner vers sa famille biologique. Ce choix narratif, loin d’être arbitraire, permet d’ancrer une quête intime dans une contrainte concrète, crédible hors du cadre strictement français, où les procédures sont souvent plus centralisées et accessibles.

Le reste du film questionne la capacité à être pleinement soi quand on grandit avec une branche inconnue de sa famille, qu’on sait existante, mais qui nous a jamais été accessible. Comment se construit-on, sommes-nous différents ? Peut-on recréer du lien ?

Le cadre social et le milieu contribuent à notre construction, le plus troublant est de voir une partie de soi exister sans pouvoir y accéder. Même si les lois proposent une réparation par droit de filiation et de patrimoine, toutes ces choses restent en suspens et nous devenons une forme d’aliénation de ce qu’on aurait pu être.

L’actrice principale, Llúcia Garcia, porte le film, elle donne le rythme, le ton et on se perd dans son être en re-construction. Quant à la photographie globale du film, elle est intense entre passé et présent, on déambule dans un musée de souvenirs, de fantasmes de parents qui s’aimaient.

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Note : 5 sur 5.

8 avril 2026 en salle | 1h 55min | Drame
De Carla Simón | Par Carla Simón
Avec Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa


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