Ceux qui comptent, quand une rencontre bouleverse une vie.

Avec Ceux qui comptent, Jean-Baptiste Leonetti signe un récit à hauteur d’êtres humains cabossés, où la rencontre devient une nécessité vitale. Entre humour fragile et douleur contenue, le film explore ce moment rare où deux solitudes cessent de résister, pour enfin s’ouvrir à l’autre.

Rose (Sandrine Kiberlain) est une mère débrouillarde, solaire malgré la précarité, vivant avec ses enfants dans un hôtel abandonné. Jean (Pierre Lottin), lui, avance en retrait, enfermé dans une pudeur presque douloureuse. Leur rencontre, improbable, va faire basculer leurs trajectoires. Lui devient un appui, elle une impulsion, et ensemble, ils réapprennent à exister.



La reconstruction de soi à travers l’autre

Ce qui frappe d’emblée, c’est cette capacité à tenir une ligne fragile entre le rire et les larmes, sans jamais basculer dans la facilité. Jean-Baptiste Leonetti construit un récit où l’émotion naît du détail, d’un geste retenu, d’un regard qui dure un peu trop longtemps. Il ne cherche pas à forcer l’attachement, il le laisse émerger, presque malgré le spectateur. Cette retenue donne au film une forme d’élégance rare, où la sincérité prime sur l’effet.

Rose incarne une énergie de survie, quasi instinctive. Elle agit souvent de manière désordonnée, parfois à la limite, mais toujours guidée par une logique simple : protéger les siens. Cette manière d’avancer, sans recul, crée des situations autant absurdes que profondément humaines. Le rire surgit alors de cette tension permanente entre chaos et tendresse. En face, Jean est l’exact opposé. Il observe, il encaisse, il agit peu, mais toujours avec une intensité contenue. Sa présence devient progressivement un point d’équilibre.

Le film repose sur cette complémentarité. Ce n’est pas une histoire de séduction, et c’est là toute sa force. La relation ne cherche jamais à séduire le spectateur par des codes attendus. Elle s’installe dans une zone plus trouble, plus authentique, où l’attachement se construit par la reconnaissance mutuelle. Deux êtres en marge, deux sensibilités qui se croisent sans s’expliquer. C’est précisément cette absence de discours qui donne au film sa puissance.

La reconstruction passe ici par l’autre, mais sans dépendance. Chacun reste profondément lui-même, avec ses failles, ses maladresses, ses silences. Pourtant, quelque chose circule, une forme de solidarité instinctive, presque primitive. Le film rappelle alors une évidence souvent oubliée, on ne se reconstruit jamais seul. Ce sont les autres qui nous révèlent, parfois malgré eux, ce que l’on est encore capable de devenir.

Ceux qui comptent: Sandrine Kiberlain © LES FILMS DU 24 – FRANCE 2 CINÉMA

Pierre Lottin et Sandrine Kiberlain, un duo touchant.

Un film touchant — Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin sont dans un registre alternant l’exaltation et la retenue. Quant à Louis Labeque avec Alexis Rosenstiehl sont surprenants. Il y a de la douceur, de l’intensité et de la colère. Alma Ngoc est la petite dernière de cette fratrie de fiction, elle apporte les contradictions de la jeunesse voulant savoir tout et aussi croire en des moments de bonheur.

Le film nous rappelle que parfois ceux qui comptent sont plus importants que ce qui compte selon les critères de la société. La famille, les moments partagés et peut-être ces rencontres fortuites créant de nouveaux liens avec des personnes. Dans ce regard, la réussite ne se mesure plus en normes sociales ou en stabilité apparente, mais dans la capacité à rester humain malgré les épreuves. Ce sont ces instants simples, souvent invisibles, qui redonnent du sens, et qui permettent d’avancer, même lorsque tout semble fragile autour. Le personnage incarné par Pierre Lottin montre ces hommes en marge de la société : ils restent dignes, ne demandent rien à personne et agissent pour ce qui parait être juste. Des fantômes, des invisibles. Ils ont été écrasés et broyés par des épreuves de la vie.

C’est parce qu’ils ont été blessés, et qu’ils connaissent intimement la nature humaine, qu’ils choisissent de rester en retrait. Ce recul n’est pas un rejet du monde, mais une forme de protection, presque instinctive, face à ce qu’ils ont déjà traversé. Pourtant, cette distance n’efface rien de leur sens moral. Ils observent, ils encaissent, mais ils ne tolèrent pas l’injustice. C’est précisément ce qui définit le personnage incarné par Pierre Lottin, un homme discret, apte à rester en marge, mais incapable de détourner le regard lorsque l’essentiel est en jeu.

Jean-Baptiste Leonetti retourne au travail axé sur l’émotion.

Le projet marque un tournant pour Jean-Baptiste Leonetti, qui souhaitait revenir à une approche plus directe, centrée sur l’émotion et les personnages, après des expériences plus stylisées. L’idée naît d’une fascination pour cette rencontre improbable entre deux êtres en survie, une femme prête à tout pour ses enfants, et un homme taiseux, capable d’agir sans se livrer. Le film prolonge d’ailleurs une réflexion amorcée dans un précédent court-métrage, comme une continuité naturelle.

Le casting repose sur une alchimie immédiate. Sandrine Kiberlain s’impose très rapidement, en quelques secondes, comme une évidence pour incarner Rose, grâce à ce mélange singulier d’élégance et de fragilité désordonnée. Face à elle, Pierre Lottin apporte une présence brute, instinctive, capable de faire exister le silence autant que la parole. Le tournage privilégie une mise en scène proche des acteurs, avec une caméra qui s’adapte à eux, afin de capter la peau, les regards, et cette matière invisible qui fait naître l’émotion.

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Note : 5 sur 5.

25 mars 2026 en salle | 1h 38min | Comédie dramatique
De Jean-Baptiste Leonetti | 
Par Jean-Baptiste Leonetti
Avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labeque


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