15/18, Cédric Kahn plonge dans la psychiatrie adolescente entre naturalisme et humanisme

15/18 de Cédric Kahn explore la psychiatrie adolescente, entre souffrances psychiques, construction identitaire et humanisme.

Lucia (Malou Khebizi), 17 ans, est conduite par la police dans une unité pédopsychiatrique accueillant des adolescents de 15 à 18 ans. Habituée des lieux, elle retrouve Eloïse (Zoé Monpart), hospitalisée depuis longtemps, et d’autres jeunes aux parcours et psychopathologies différents. Entre consultations, vie collective et relations parfois compliquées avec leurs parents, chacun tente de retrouver un équilibre. Le personnel soignant doit composer avec les crises et le manque de moyens. L’arrivée d’Enzo vient bouleverser les relations au sein du groupe.

Cédric Kahn propose un film entre naturalisme et humanisme

15/18 plonge le spectateur dans le quotidien d’une unité pédopsychiatrique, où les crises, les échanges et les moments de vie collective se succèdent. La caméra accompagne les adolescents sans chercher à dramatiser chaque situation. Les discussions se croisent, les émotions débordent parfois et le personnel soignant doit composer avec des personnalités très différentes.

Le film est surprenant, il garde les codes du documentaire dans sa manière de filmer et de mettre en scène. Progressivement, on comprend que ce sont des acteurs, en reconnaissant quelques visages familiers du cinéma contemporain. Le récit nous plonge dans une unité particulière 15-18. Elle est unique en soit, car bien souvent à 16 ans, les ados sont basculés avec les adultes, sans pour autant être adultes.


Le film donne une certaine vision très humaniste de la psychiatrie, le chef de service ne parle pas de fous, mais de patients ayant des problèmes et qui ont besoin d’être considérés pour ce qu’ils sont. Un héritage de la psychanalyse où l’on prend l’individu dans sa singularité et aussi de Philippe Pinel. Il fut le créateur de la psychiatrie moderne en constituant le mythe de la libération des chaînes et aussi la prise en considération des aliénés comme étant malades et non possédés par des démons.

Les différents interprètes sont excellents : Zoe Monpart, Patience Munchenbach, Malou Khebizi ou encore Kenji Peyran crèvent l’écran. On retrouve également en infirmier de nuit Warren Ferri, devenu célèbre par la pub intermarché-drive aux côtés de Gérard Chaillou (André).

Cette proximité avec les personnages permet aussi de ressentir la fatigue des équipes, les tensions entre patients et les difficultés d’une institution qui manque parfois de temps pour chacun. Les transmissions médicales, les entretiens et les échanges informels donnent une place importante à la parole. Le spectateur découvre ainsi une psychiatrie où l’écoute constitue une part essentielle du soin, même lorsque les réponses restent incertaines.

15/18 film
15/18 © Ad Vitam Films

Les psychopathologies à hauteur d’adolescents en pleine construction de leur identité : amour, désir et crise d’angoisse

L’adolescence est une période où l’identité se construit dans le regard des autres, entre besoin d’appartenance, affirmation de soi et recherche d’autonomie. Les troubles psychiques viennent compliquer cette évolution, car les émotions peuvent devenir difficiles à réguler, tandis que les relations affectives prennent une importance considérable. Le groupe fonctionne alors comme une microsociété, avec ses affinités, ses conflits, ses règles et ses propres mécanismes d’exclusion ou de solidarité.

L’amour et le désir occupent une place particulière dans cet univers fermé. L’arrivée d’Enzo modifie les rapports entre les adolescents et fait émerger des sentiments qui échappent parfois au cadre thérapeutique. L’attachement devient une manière d’exister autrement que par la maladie, de se sentir désiré, reconnu et capable de choisir. Cette recherche de liberté comporte aussi des risques, surtout lorsque l’impulsivité et la fragilité émotionnelle rendent difficile l’anticipation des conséquences.

Les crises d’angoisse et les comportements de rupture traduisent également une difficulté à trouver sa place, entre les attentes familiales, les contraintes institutionnelles et les besoins individuels. Les échanges avec les parents révèlent combien la souffrance psychique peut perturber la communication, chacun interprétant parfois les comportements de l’autre à travers ses propres inquiétudes.

La fugue d’Eloïse et d’Enzo prend alors une dimension existentielle. Quitter momentanément l’hôpital, c’est retrouver la possibilité d’agir sur son environnement, même lorsque cette liberté demeure précaire. Cette échappée introduit une respiration presque romanesque, où le désir de vivre cohabite avec des conduites potentiellement dangereuses.

Le film laisse une impression particulière, car certaines souffrances adolescentes ne peuvent trouver leur résolution dans le seul espace thérapeutique. La question des violences subies et de leur reconnaissance introduit une autre dimension, celle de la justice et de la responsabilité des adultes. Le retour à une réalité plus institutionnelle donne à cette fin une gravité qui contraste avec la liberté momentanée de l’échappée en forêt.

______

Note : 5 sur 5.

11 novembre 2026 en salle | 1h 44min | Drame
De Cédric Kahn | Par Cédric Kahn, Kahina Le Querrec
Avec Zoé Monpart, Malou Khebizi, Kenji Peyran


En savoir plus sur Direct-Actu le média de la pop culture et alternative

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.