Infirmary de Nicholas Pineda revisite le found footage à travers des bodycams et des caméras de surveillance dans un hôpital abandonné.
En 2023, un agent de sécurité disparaît lors de sa première nuit de travail dans un ancien hôpital psychiatrique désaffecté. Les images enregistrées par les caméras de surveillance et les bodycams constituent les seules traces de cette nuit où plusieurs événements inexplicables se sont produits. Entre couloirs déserts, zones plongées dans l’obscurité et incidents impossibles à expliquer, les enregistrements reconstituent progressivement les circonstances de sa disparition. Une enquête où les images semblent apporter autant de questions que de réponses.
Un travail sur le genre et la technique
INFIRMARY est un exercice de style qui marche. La durée temps réel est peut-être le point fort du film, après le dispositif POV et found footage permettent de créer une certaine tension, qui finit par s’épuiser. Dans l’ensemble, cela reste un bon film d’auteur et de genre, qui trouvera son public !
Le dispositif repose sur deux formes de captation : les bodycams portées par les personnages et les caméras de surveillance, qui enregistrent les différents espaces de l’hôpital. Cette alternance permet de jouer sur notre perception du danger. La caméra subjective nous place au cœur de l’action, tandis que les plans fixes donnent une vision plus distante, presque clinique, des événements. Le spectateur devient alors un observateur qui cherche constamment quelque chose dans l’image, parfois même lorsqu’il ne se passe rien.
Le format 1.33:1 renforce cette sensation d’enfermement. Les couloirs semblent interminables, les portes deviennent autant de possibilités de menace et les zones laissées hors champ entretiennent une inquiétude permanente. L’éclairage verdâtre, les images dégradées et la vision nocturne participent à cette esthétique de l’enregistrement brut. Il y a quelque chose d’assez intéressant dans cette manière de transformer un dispositif de sécurité, censé protéger et surveiller, en instrument d’impuissance face à l’inconnu.
L’ambiance sonore joue également sur cette frontière entre réalisme et cinéma d’horreur. Les bourdonnements, les résonances métalliques et les textures électroniques prolongent les bruits de l’hôpital. Cette présence sonore finit par installer une menace diffuse, sans qu’il soit toujours possible d’en identifier l’origine. Le procédé fonctionne, même si l’accumulation de ces effets finit par rendre certaines situations prévisibles.
Un montage temps réel, qui donne l’illusion du vrai.
Le temps réel apporte une dimension particulière à l’expérience, car le spectateur partage presque physiquement l’attente des personnages. Les déplacements, les hésitations et les moments où il ne se passe rien prennent une importance inhabituelle. Le montage conserve cette impression de continuité tout en passant d’une caméra à l’autre, comme si nous consultions les enregistrements d’une enquête dont nous connaissons déjà l’issue, sans comprendre comment elle a pu se produire.
Cette construction modifie notre rapport à l’image. Une caméra de surveillance possède généralement une valeur de preuve, elle enregistre les faits sans chercher à les interpréter. Pourtant, ici, les images ne suffisent jamais à expliquer complètement les événements. Le spectateur doit mentalement reconstruire les espaces, comprendre les déplacements et tenter d’anticiper ce qui pourrait surgir dans une zone hors champ. Cette participation cognitive devient une composante essentielle de la tension.
Le temps réel conserve néanmoins une qualité importante, celle de donner aux événements une durée concrète, presque inconfortable…
Le montage joue aussi sur une contradiction intéressante, nous avons accès à plusieurs points de vue, mais cette multiplication des informations ne nous donne pas nécessairement une meilleure compréhension de la situation. Les personnages restent prisonniers de leur perception immédiate, tandis que le spectateur dispose parfois d’une vision plus large, sans pouvoir intervenir. Cette impuissance crée une forme d’anxiété assez efficace.

La limite apparaît lorsque le principe devient trop familier. Les longues attentes et les changements de caméra perdent progressivement leur pouvoir de surprise. Le temps réel conserve néanmoins une qualité importante, celle de donner aux événements une durée concrète, presque inconfortable, qui rend l’expérience plus crédible qu’un enchaînement classique de scènes horrifiques.
L’une des ambiguïtés les plus intéressantes concerne finalement la valeur des images enregistrées. Une disparition peut être filmée, archivée et examinée sans devenir véritablement compréhensible. Cette incertitude laisse une place à l’imagination du spectateur, qui doit accepter que certaines images, malgré leur apparente objectivité, ne permettent pas de reconstituer toute la vérité.
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11 novembre 2026 en salle | 1h 27min | Epouvante-horreur
De Nicholas Pineda | Par Katy Krauland
Avec Paul Syre, Mark Anthony Williams, Danielle Kennedy
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