L’été de Kikujiro – Takeshi Kitano


C’est l’été et Masao s’ennuie. Il rencontre Kikujiro, un yakuza vieillissant, joueur et un peu voleur, avec lequel il part à la recherche de sa mère. Pendant ce voyage délirant, l’enfant et le voyou vont s’attacher l’un à l’autre…

Chroniqué par Brett Zeitoun

un duo puissant
Depuis la sortie du magnifique Sonatine en 1995, Takeshi Kitano est devenu une référence en France. En quatre ans, cinq de ses films (3 antérieurs et 2 postérieurs à Sonatine) sortis en France nous ont permis de découvrir la grande diversité thématique et l’unité stylistique de ce réalisateur.
L’été de Kikujiro, présenté à Cannes cette année, est le huitième film de Kitano (Getting Any n’étant jamais sorti en France). De ses propres dires, ce dernier doit marquer dans sa filmographie une rupture avec la violence de ses précédents films. A la lecture du synopsis, on ne saurait en effet en douter.L’été arrive et Masao, gosse de Tokyo, s’ennuie ferme avec sa grand mère (le football pratiqué seul, on le sait, n’a jamais rien eu de très excitant). Sa mère, qu’il n’a jamais vu, vit loin de Tokyo, au bord de la mer. Masao voudrait la retrouver, mais comment faire quand on est seul et timide à en hypnotiser le bitume ?

Il rencontre par hasard Kikujiro (Kitano himself), un voyou loser qui est vite contraint par sa petite amie d’accompagner l’enfant à destination. Lancés sur les routes japonaises, on se demande qui des deux est le plus incapable d’assurer un kilométrage journalier minimum. Car franchement, (à notre plus grand bonheur) ils n’avancent vraiment pas vite. Grande déconvenue pour le jeune Masao, déconvenue que Kikujiro, qui s’est attaché à l’enfant, va mettre un point d’honneur à effacer.

L’été de Kikujiro est présenté comme un livre d’images, une succession de photos-souvenir (ceux de Kitano ?) qui se matérialisent à l’écran par une succession de sketchs plus ou moins drôles, plus ou moins émouvants, parfois franchement laborieux mais qui traduisent véritablement le point de vue de l’enfant.

Or ici, on sent véritablement Kitano essayer de faire rire l’enfant qu’il a été. Masao est son double, ni l’un ni l’autre n’est capable d’expression, mais l’un a quarante ans de plus que l’autre, donc la charge d’apporter du bonheur. On oscille entre la plus grande mièvrerie et la franche rigolade en se demandant ce qui pourra bien ressortir de tout ça, de cette succession de sketchs qui semblent finalement voués à une fin attendue: le bel été de Masao et la rédemption de Kikujiro.

Malgré tout, l’expérience vaut le détour. Il faut simplement cesser de voir en Kitano un nouveau maître japonais (ce dont il s’est toujours défendu) et accepter ses imperfections.

Takeshi Kitano revendique lui même l’imperfection comme moteur de création. Il a trouvé un style inimitable (qui peut aujourd’hui prétendre faire du cinéma avec des plans fixe, frontaux, comme il en est capable ?), dont il se sert à toutes les sauces, mais avec une honnêteté indiscutable.

C’est cette honnêteté et ces moments de bonheur qui fondent L’été de Kikujiro.

L’été de Kikujiro
De Takeshi Kitano
Avec Yusuke Sekiguchi, Kayoko Kishimoto, Takeshi Kitano Japon, 1999, 1h 56min.

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2 réflexions sur “ L’été de Kikujiro – Takeshi Kitano ”

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