Vanehssa explore les contradictions du cœur dans États d’âmes, une chanson pop électro où les émotions viennent bousculer nos certitudes.
Quand les états d’âme prennent le contrôle de nos certitudes
Il y a quelque chose d’assez amusant dans cette manière de transformer les désordres intérieurs en une chanson presque ludique. Les pensées s’emballent, les certitudes vacillent et les émotions prennent parfois des directions opposées. Cette contradiction entre ce que l’on ressent, ce que l’on pense et ce que l’on voudrait être devient une matière musicale pleine de fantaisie.
Vanehssa est auteure, compositrice et productrice. Après une première carrière dans le marketing du luxe, un deuil bouleverse sa trajectoire et la ramène vers le piano et l’écriture. Autodidacte, elle développe une chanson française indie et pop, avec une approche artisanale de la création. Surnommée « Warriorette », elle revendique une sensibilité assumée et une certaine liberté artistique. Son premier EP de cinq titres, annoncé pour fin 2026, explore notamment les blessures intimes et les possibilités de reconstruction.
La chanson évoque les fluctuations émotionnelles qui viennent perturber notre perception de nous-mêmes. Entre les sautes d’humeur, les pensées négatives et cette impression de ne jamais être suffisamment ceci ou cela, le cœur et la raison semblent incapables de s’accorder. Les paroles abordent également le sentiment de vide et ces moments où l’on devient prisonnier de ses propres interrogations. Une manière de raconter les contradictions ordinaires de notre vie intérieure.
Une petite mécanique des émotions entre dissonance intérieure et fantaisie pop
Il est drôle de se dire que la vie est un éternel paradoxe dans la dissonance du cœur et du corps. Parfois, l’âme vient s’amuser à définir ses états. La chanson a un petit côté Melissa Mars ayant rencontré Zazie…
Petite pépite stylistique : Thoj (Thomas Le Du) vient apporter sa plume dans les arrangements pop électro. Un peu comme le Bim Bam Boum de Mozart l’Opéra Rock, racontant la fissure de l’être et de l’âme. Quand le décor ne colle plus trop avec l’idéal intérieur, qui se retrouve bouleversé par les élans de l’inconscient et de l’âme. Cette opposition entre l’idéal que l’on construit et la réalité de nos réactions possède quelque chose d’assez universel. On voudrait être cohérent, raisonnable, capable de maîtriser ce qui traverse notre esprit. Seulement, les émotions n’obéissent pas toujours à cette organisation presque administrative de notre existence.
L’image du disque dur rayé apporte d’ailleurs une dimension intéressante à cette mécanique intérieure : celle d’une pensée qui tourne en boucle, rejoue les mêmes inquiétudes et finit par perturber notre capacité à prendre du recul. Le refrain, avec ses « tadam », transforme cette agitation en une expression presque enfantine. Une manière de donner du mouvement à ce qui pourrait devenir pesant, tout en conservant cette petite insolence pop qui rappelle certaines chansons françaises des années 2000.
L’individu finit parfois par intérioriser des exigences qui ne lui appartiennent même plus.
La question de savoir si l’on est suffisamment ceci ou cela introduit une autre dimension, plus sociale, dans cette succession de désordres émotionnels. Derrière les variations d’humeur se cache aussi le poids des attentes, des comparaisons et des représentations auxquelles chacun tente de correspondre. L’individu finit parfois par intérioriser des exigences qui ne lui appartiennent même plus.
En effet, il se juge à travers des critères extérieurs, puis s’étonne de ne jamais parvenir à trouver une forme de stabilité. C’est là que la chanson devient intéressante sur le plan psychologique : les pensées négatives ne surgissent pas nécessairement d’une réalité objective, elles peuvent également provenir de l’interprétation que l’on donne à une situation. Une simple inquiétude devient une remise en question générale, tandis qu’une contrariété peut contaminer l’ensemble de notre perception. L’image du cœur élastique fonctionne particulièrement bien dans cette perspective. Il encaisse, se déforme, retrouve parfois sa place… jusqu’à la prochaine secousse. Et derrière cette fantaisie, une question demeure : faut-il réellement chercher à maîtriser chacun de ses états intérieurs pour parvenir à vivre avec soi-même ? Peut-être que l’équilibre commence aussi lorsqu’on accepte de ne pas être constamment en accord avec ses propres émotions.
Photo : Julien Benhamou • Instagram Vanehssa
Parfois notre vie est tellement déconnectée de nos aspirations qu’on survit entre deux pôles
« Fort dans les hauts, fort dans les bas », cette répétition possède quelque chose d’assez paradoxal. On peut être fort dans les moments heureux, comme dans les périodes difficiles, sans pour autant avoir le sentiment de vivre pleinement. Parfois, notre quotidien s’éloigne tellement de nos aspirations qu’on finit par survivre entre deux pôles, attendant le prochain moment de bonheur pour supporter ce qui ne nous convient plus.
La force devient alors une forme d’endurance, presque une habitude de tenir, quitte à oublier pourquoi on continue. Il y a aussi cette idée que les hauts ne compensent pas nécessairement les bas. On peut connaître des instants merveilleux et rester profondément insatisfait de la direction prise par sa vie. La répétition prend alors un autre sens : être fort partout, est-ce vraiment vivre ou simplement apprendre à tout supporter ?
Agir par plaisir plutôt que par obligation, accepter l’incertitude sans chercher constamment à contrôler l’avenir.
Si vous voulez découvrir d’autre chansons de l’artiste, on vous conseille cette chanson : La beauté du geste. Ici, l’artiste interroge notre rapport à la réussite et cette obsession de vouloir obtenir des résultats sans apprécier le chemin parcouru. L’image du fruit que l’on souhaite manger sans cultiver l’arbre illustre cette impatience, presque devenue une norme sociale. Le mandala, symbole d’un art éphémère, rappelle que la valeur d’une création ne dépend pas nécessairement de sa durée ou de sa reconnaissance.
Derrière cette invitation au lâcher-prise se dessine une réflexion existentielle sur la liberté : agir par plaisir plutôt que par obligation, accepter l’incertitude sans chercher constamment à contrôler l’avenir. Une philosophie du détachement qui ne renonce pas à l’action, mais redonne au geste sa valeur intrinsèque.
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