Retour sur Paris Manga 3-4 octobre 2026 : invités, doublage et culture pop à Villepinte

Paris Manga a réuni les 3 et 4 octobre 2026 acteurs internationaux, comédiens de doublage, créateurs et passionnés de pop culture.

Pendant deux jours, le Hall 7 de Paris-Nord Villepinte s’est transformé en territoire commun pour des communautés qui ne se rencontrent pas toujours ailleurs. Manga, cinéma, séries, jeux vidéo, cosplay, K-pop et création Web composent désormais un paysage culturel moins cloisonné qu’autrefois. Paris Manga & Sci-Fi Show s’inscrit précisément dans cette évolution, avec un public capable de passer d’un univers japonais à une série américaine, puis de reconnaître derrière un personnage la voix française qui l’accompagne depuis parfois plusieurs années. Cette édition des 3 et 4 octobre 2026 permettait ainsi d’observer autant les objets de la pop culture que celles et ceux qui participent à leur circulation et à leur appropriation en France.

Poupées en peluche de différentes formes et couleurs, y compris des animaux comme des ours, des chats et des renards, exposées sur une étagère.

Les invités de l’édition d’octobre 2026

Cette édition réunissait plusieurs générations de la culture populaire. Christopher Lloyd demeure évidemment associé à Doc Brown dans Retour vers le futur, personnage devenu presque indissociable de l’imaginaire collectif des années 80. À ses côtés, Ed Westwick renvoyait à Gossip Girl, Emilie de Ravin à Lost et Once Upon a Time, tandis que Tyler Hoechlin faisait le lien entre plusieurs publics. Révélé très jeune dans Les Sentiers de la perdition, puis vu dans 7 à la maison, il reste pour beaucoup Derek Hale dans Teen Wolf et Clark Kent dans Superman & Lois. Le jeu vidéo s’ajoute à cette trajectoire puisqu’il prête également sa voix à Sephiroth dans Final Fantasy VII Remake et Final Fantasy VII Rebirth.

Paris Manga ne reposait cependant pas uniquement sur ses talents internationaux. Marcus, Bob Lennon, Gastronogeek, Poisson Fécond, Monsieur Pof, Dina ou encore Chocoh représentaient différentes générations de création sur Internet. Monsieur Pof, Thomas Baron, possède à ce titre une identité assez singulière : son français volontairement châtié et suranné transforme l’argot contemporain, les insultes ou les punchlines en mécanique comique. « Saperlipopette ! », « Sapristi ! » et l’inévitable « Taïaut ! » deviennent les marqueurs d’un personnage construit autour du langage.

Une jeune femme avec un tablier noir portant l'inscription 'UNE VOIX EN CUISINE' se tient devant une scène avec des accessoires de cuisine.
Un jeune homme en costume noir avec un nœud papillon, tenant un micro, assis sur une scène avec des lumières colorées en arrière-plan.

Chocoh alias Safa Boaibku, illustre une autre évolution. Partie du gaming avec notamment Fortnite, Minecraft et Roblox, la créatrice s’est progressivement dirigée vers les vlogs, les défis et des programmes comme Qui sera le plus nul ? sur TF1+ ou Les Fumiers sur Prime Video. À Paris Manga, elle participait également avec Nathalie Homs à Une voix en cuisine, rencontre scénique faisant dialoguer cuisine et doublage.

Les voix françaises du monde du doublage mobilisées contre l’IA

Paris Manga permet aussi de remettre des visages sur des voix tellement intégrées à notre mémoire audiovisuelle qu’on finit parfois par oublier le travail humain qui les produit. Emmanuel Curtil, David Krüger, Alexandre Gillet ou Lisa Caruso appartiennent à cette histoire française du doublage.

David Krüger accompagne notamment Dwayne Johnson, prête sa voix à Slade Wilson, alias Deathstroke, incarné par Manu Bennett dans Arrow, et reste associé à Master Chief dans la saga Halo. Durant le panel, on lui a demandé son avis sur les festivals dédiés au monde du doublage, ça commence à se créer, mais il a une réserver : on ne devrait pas créer des prix. La vie du monde artistique est déjà un lieu de grande compétition, et rajouter des prix serait créer encore plus de compétition. Pour lui, la meilleure des récompenses est de voir des spectateurs dire avoir aimé son travail sur un film. Ce point a été d’ailleurs cité par beaucoup de comédiens présents : la plus belle chose qu’il soit, c’est avoir des spectateurs qui les remercient pour leur travail, ayant un impact sur leur quotidien. Par exemple Frédéric Bouraly (José, Scènes de ménage) a raconté que de nombreux couples lui évoquent l’importance de sa série : on rit, on pleure et ça nous aide à tenir.

Un homme avec des cheveux gris, portant une veste noire, regarde vers le haut avec une expression pensive.

Lisa Caruso traverse, elle, un spectre particulièrement large. Voix française régulière de Chloë Grace Moretz, notamment Hit-Girl dans Kick-Ass, elle double également Enid Sinclair, incarnée par Emma Myers dans Mercredi. Sa voxographie passe encore par Ariel Dubois dans Médium, Shireen Baratheon dans Game of Thrones, Lydia dans The Walking Dead, Nimona, Gaby dans L’Attaque des Titans ou Cassie Drake dans Uncharted 4: A Thief’s End.

Cette présence prend une résonance particulière au moment où les comédiens de doublage se mobilisent contre certains usages de l’intelligence artificielle. Derrière la question technologique se trouve celle du consentement, de l’exploitation d’une empreinte vocale et de la pérennité d’un métier d’interprétation. Une voix n’est pas uniquement un signal reproductible. Elle repose sur une intention, un jeu, une direction artistique et une interprétation située.

Paris Manga comme carrefour de cultures populaires

Avec quatre scènes, environ 35 000 m² et 300 exposants annoncés, le salon assumait une programmation où les frontières entre les pratiques devenaient particulièrement poreuses. Le cosplay disposait de son concours et d’un village consacré aux artisans du costume, tandis que les visiteurs pouvaient circuler vers des propositions musicales, dont un concert autour de Disney, la City Pop d’After 5 et les phases finales du TGS K-POP Championship.

Cette logique se poursuivait avec le village coréen, le Maid Café, la calligraphie japonaise et les olympiades sportives Undokai. On change de registre en quelques mètres, parfois brutalement, et c’est précisément la logique de ces conventions contemporaines. Le visiteur ne vient plus nécessairement défendre une seule appartenance culturelle. Il compose son parcours.

Les espaces consacrés à Star Wars, Fallout ou Jurassic Live Experience cohabitaient ainsi avec des véhicules issus du cinéma, un ring de catch WPE et une zone tattoo. Cette juxtaposition pourrait sembler artificielle sur le papier. Sur place, elle traduit plutôt la manière dont les cultures populaires sont aujourd’hui consommées : par circulation permanente entre licences, pratiques et générations. Le manga n’efface pas Hollywood, le jeu vidéo n’élimine pas le cosplay et la K-pop ne remplace pas l’animation japonaise. Tout se superpose, parfois joyeusement, parfois jusqu’à la saturation.

De la consommation à la rencontre

Un salon comme Paris Manga conserve un intérêt particulier parce qu’il matérialise des pratiques habituellement vécues derrière des écrans. Une série Netflix, une partie de Halo, un épisode de Teen Wolf ou une vidéo regardée sur YouTube appartiennent d’abord à des expériences domestiques et fragmentées. Villepinte inverse temporairement cette logique : les communautés deviennent visibles, occupent physiquement le même lieu et confrontent leurs références.

Le phénomène est intéressant d’un point de vue sociologique. Porter un cosplay, attendre une dédicace ou reconnaître instantanément une voix revient aussi à afficher publiquement une appartenance culturelle. Les conventions fonctionnent alors comme des espaces de légitimation. Des œuvres longtemps classées dans les loisirs adolescents ou la sous-culture disposent aujourd’hui de leurs vedettes, de leurs artisans, de leurs collectionneurs et surtout d’une transmission générationnelle désormais évidente.

Christopher Lloyd en fournit presque involontairement l’illustration. Retour vers le futur appartient aux années 80, quand Mercredi ou les créations de Chocoh renvoient à des usages médiatiques beaucoup plus récents. Pourtant, ces références peuvent être réunies dans un même salon sans produire nécessairement de rupture générationnelle. Parents, enfants et jeunes adultes ne partagent pas toujours les mêmes œuvres, ils partagent désormais assez souvent les mêmes territoires culturels.

Une convention qui repose aussi sur ses pratiques

La richesse d’une édition ne se mesure pas uniquement au prestige de quelques signatures. Elle dépend aussi de la manière dont les visiteurs s’approprient le lieu. Le village des artisans cosplay le rappelle bien : derrière un personnage immédiatement reconnaissable existent des heures de patronage, de couture, de maquillage, de fabrication d’accessoires et parfois d’apprentissage empirique de techniques particulièrement complexes.

Cette dimension rapproche curieusement des univers que l’industrie classe séparément. Le cosplay dialogue avec le costume de cinéma, le doublage avec le jeu d’acteur, la création Web avec les mécanismes de production audiovisuelle. Même Une voix en cuisine repose sur ce déplacement : faire sortir les comédiens et créateurs du cadre où le public les identifie habituellement pour provoquer une interaction différente.

Deux femmes souriantes tenant des bols avec des ingrédients en vedette lors d'une démonstration culinaire sur scène.

C’est probablement là que les conventions conservent leur singularité face aux plateformes. Un algorithme peut recommander Superman & Lois après Teen Wolf ou proposer une vidéo de Chocoh après un contenu gaming. Il ne recrée pas facilement la contingence d’un salon, ce moment où l’on vient pour une licence précise avant de repartir avec une curiosité pour une pratique que l’on ignorait deux heures auparavant. Le programme compte, certes, cependant une partie de l’expérience naît encore de ce qui n’avait pas été prévu par le visiteur.

Notre avis global : les panels avec les grosses têtes d’affiche commencent sérieusement à poser problème.

Il reste pourtant un choix d’organisation qui devient pénible : réunir tous les talents américains dans un même panel. Sur le papier, Christopher Lloyd, Ed Westwick, Tyler Hoechlin et Emilie de Ravin réunis sur une scène peuvent ressembler à une affiche particulièrement forte. Dans les faits, cette accumulation produit l’effet inverse. Avec autant d’invités à faire intervenir dans un temps nécessairement limité, on n’assiste plus véritablement à une conférence. On obtient une succession de prises de parole où chacun peut répondre à deux questions, parfois guère davantage. Cette organisation est arrivée avec la reprise par TGS de la Paris Manga… Du moins, cela coïncide et ça commence à pas plaire à la majorité des visiteurs.

Homme pensif avec une barbe, portant un pull gris, assis sur une chaise lors d'un événement.

Cette organisation est arrivée avec la reprise par TGS de la Paris Manga… Du moins, cela coïncide et ça commence à pas plaire à la majorité des visiteurs.

C’est presque risible et, surtout, assez inutile lorsqu’on vient précisément pour entendre un acteur développer son travail. Tyler Hoechlin pourrait parler longuement de la construction de Derek Hale dans Teen Wolf, de son approche de Superman ou du passage de l’acteur à la production. Christopher Lloyd possède une carrière qui mériterait à elle seule une conférence entière (Mêmes si sa mémoire commence à faire défaut, ndlr). Même constat pour Emilie de Ravin lorsqu’il s’agit de revenir sur Lost, série dont l’écriture et la réception ont profondément marqué la télévision américaine des années 2000. Elle a parlé, mais brièvement… Et on ressort un peu confus, voire dérouté. Avant on croulait sous le poids des informations, là on peine de l’absence d’échange réel, on n’a plus d’anecdotes, plus aucune info, sauf des questions élémentaires sans développement possible : « Meilleurs souvenirs, pire souvenir, comment s’est passé le casting …».

L’ancien format, avec un ou deux invités par panel, devient finalement le plus adapté. Il permettait la relance, l’anecdote et surtout une véritable conversation. Accumuler les noms donne une photographie impressionnante. Une conférence, elle, demande du temps. À force de vouloir concentrer l’affiche sur une même scène, Paris Manga finit par réduire ce qui devrait justement constituer l’intérêt de la rencontre : entendre réellement les invités.

La prochaine évolution à observer concernera moins la taille de l’affiche que la manière de lui redonner du temps. Entre l’IA qui interroge directement le métier de comédien et des panels internationaux devenus trop chargés, les prochaines éditions auront surtout intérêt à préserver la parole humaine. Dans une convention fondée sur la rencontre, ce n’est finalement pas un détail.


En savoir plus sur Direct-Actu le média de la pop culture et alternative

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.