Les États Généraux du Metal reviennent les 10 et 11 octobre 2026 à Victoire 2, entre rencontres professionnelles, concerts et Puces Hell.
Le metal possède ses codes, ses réseaux, ses lieux et surtout une communauté qui ne se résume pas à ce qui se passe devant une scène. Derrière les groupes circulent des professionnels, des associations, des programmateurs, des techniciens, des médias et un public dont les pratiques ont largement dépassé le seul temps du concert. C’est dans cette logique que les États Généraux du Metal reviennent pour une quatrième édition, portée par le partenariat entre M&O Office Agency, What The Fest – Ex Tenebris Lux et Victoire 2. Un rendez-vous pensé comme un espace où cette culture peut aussi parler de son fonctionnement, de ses fragilités et de ceux qui la font vivre.
Le samedi, la scène metal regarde aussi ce qui se passe derrière les amplis
La journée du samedi 10 octobre s’étendra de 14h à 1h du matin, avec une première séquence consacrée aux rencontres professionnelles, aux expositions et aux conférences. Jusqu’à 20h, ces rendez-vous seront accessibles gratuitement sur inscription et permettront d’aborder les dessous de la culture metal avec ceux qui travaillent directement au sein de cet écosystème. L’enjeu n’est pas seulement de raconter comment fonctionne le secteur, mais de créer un espace de circulation entre professionnels, artistes et public. La santé mentale fera également partie des sujets abordés, une question devenue difficile à dissocier des réalités professionnelles d’un milieu où précarité, exposition publique, création et rythme des tournées peuvent se rencontrer.
Cette dimension professionnelle donne aux États Généraux du Metal une place assez particulière. Le principe consiste moins à observer la scène depuis l’extérieur qu’à laisser ses acteurs expliquer leurs pratiques, leurs contraintes et les mécanismes parfois invisibles qui accompagnent la musique. Dans une culture historiquement construite autour de communautés très identifiées, cette transmission compte. Le metal a ses rites, son esthétique, ses sous-genres et même son vocabulaire, cependant il possède également toute une économie culturelle que le public ne perçoit pas nécessairement lorsqu’il achète une place et attend l’extinction des lumières.
À partir de 18h, le patio de Victoire 2 accueillera un tremplin réunissant trois groupes émergents. Le dispositif crée ainsi un passage assez naturel entre discussion professionnelle et pratique scénique : parler de l’écosystème, puis donner concrètement de l’espace à ceux qui cherchent encore à y trouver leur place. Ce rapport entre artistes installés et émergence évite surtout de transformer la journée professionnelle en exercice théorique déconnecté de la réalité musicale.
La soirée basculera pleinement vers les concerts à partir de 20h avec The Great Old Ones, Viande, les Danois de Hexis et Violence. Cette partie sera payante. Les préventes sont annoncées à 23 € en plein tarif, 21 € en tarif réduit et 10 € avec le tarif YOOT, contre 25 € sur place. Entre les différentes séquences, des foodtrucks permettront de se restaurer tandis que le bar et les bières accompagneront la manifestation de 14h jusqu’à la fin de la soirée. L’exposition restera également l’une des composantes de cette première journée.
Le dimanche, vinyles, Metal Bingo et transmission aux enfants
Le dimanche 11 octobre change sensiblement de rythme. De 10h à 18h, les Puces Hell installeront à Victoire 2 une bourse consacrée à tout ce qui gravite matériellement autour de cette culture. Vinyles et autres disques, vêtements, patchs, livres, instruments, affiches, décoration, merchandising ou objets plus difficiles à classer pourront y être vendus ou chinés. L’entrée sera libre, avec une proposition ouverte aussi bien à ceux qui souhaitent exposer et vendre qu’aux visiteurs venus chercher une pièce particulière. La collection fait depuis longtemps partie de la sociabilité musicale, peut-être encore davantage dans des scènes où le support physique, l’affiche ou le vêtement servent également de marqueurs d’appartenance.
À 14h arrivera une curiosité assumée de cette quatrième édition : le Metal Bingo. Le principe reprend le loto et ses quines, mais en l’intégrant à l’imaginaire de l’événement. Derrière l’aspect ludique, le choix participe surtout au changement de registre du dimanche. Après la journée professionnelle et les concerts nocturnes de la veille, les États Généraux du Metal s’ouvrent à une fréquentation plus familiale et à des formes de sociabilité qui ne reposent plus exclusivement sur la scène traditionnelle.
Cette orientation deviendra encore plus explicite à 16h avec Metal For Kids, un concert de l’après-midi réunissant Smash Hit Combo et Bozo. Consacrer une programmation aux enfants touche à quelque chose d’assez caractéristique des cultures musicales installées : leur capacité à devenir intergénérationnelles. Une musique longtemps associée, dans les représentations extérieures, à la transgression ou à certaines formes de contre-culture peut désormais se transmettre au sein même des familles. Cela ne signifie pas que ses codes disparaissent, plutôt qu’ils circulent autrement.
Les rencontres avec les acteurs de la scène continueront pendant cette deuxième journée, tout comme l’exposition. Foodtrucks et bar fonctionneront également tout au long du dimanche. L’ensemble dessine ainsi une journée moins centrée sur les professionnels que celle du samedi, construite autour de la circulation des objets, de la rencontre et de la transmission. Une manière assez cohérente de traiter le metal comme une culture vécue et pas uniquement comme une succession de groupes programmés sur une affiche.
Une quatrième édition construite comme un lieu de circulation
Le partenariat entre M&O Office Agency, What The Fest – Ex Tenebris Lux et Victoire 2 donne finalement à cette quatrième édition une architecture assez large. Le samedi met directement en relation les professionnels, l’émergence et les groupes programmés en soirée, tandis que le dimanche déplace le centre de gravité vers le public, les familles, les collectionneurs et les pratiques qui entourent la musique. Deux journées qui n’ont donc volontairement ni la même fonction ni exactement le même public.
Cette organisation permet aussi d’éviter un écueil assez classique des événements professionnels : réunir ceux qui travaillent déjà ensemble dans une salle pour leur faire expliquer leur métier à d’autres personnes qui le connaissent tout aussi bien. Ici, la gratuité des rencontres professionnelles sur inscription ouvre la porte au public, aux artistes émergents ou simplement aux curieux qui veulent comprendre ce qui se joue avant qu’un groupe arrive sur scène. La présence du tremplin quelques heures plus tard donne une matérialité supplémentaire à ces discussions.
Le volet consacré à la santé mentale mérite également d’être replacé dans cette logique. Introduire cette question au sein d’un programme consacré aux réalités de la culture metal revient à considérer les artistes et professionnels autrement que par leur seule production. L’économie de la musique repose sur des individus soumis à des contraintes de création, de visibilité, de mobilité et parfois d’incertitude professionnelle. En faire un sujet de rencontre permet au moins de sortir la question du registre strictement individuel pour l’inscrire dans une réflexion collective sur les conditions dans lesquelles une scène culturelle fonctionne.
À l’autre bout du week-end, les Puces Hell, le Metal Bingo et Metal For Kids racontent quelque chose de différent, mais complémentaire. Une scène musicale existe aussi parce qu’elle fabrique des habitudes, des objets, des lieux de rendez-vous et des transmissions entre générations. On vient écouter, discuter, acheter un disque, chercher un patch, rencontrer ceux qui organisent les événements ou faire découvrir cette musique à des enfants. Rien de très mystérieux finalement : une culture reste vivante lorsqu’elle continue à produire des usages en dehors de son moment spectaculaire.
Et après ?
La suite se jouera notamment du côté du tremplin et des groupes émergents qui y seront présentés. Leur trajectoire après l’événement permettra d’observer si ce type de rencontre peut créer des passerelles durables entre jeunes formations et professionnels. La place accordée à la santé mentale mérite elle aussi d’être suivie, surtout si le sujet s’installe durablement dans les rendez-vous consacrés aux métiers de la musique.
Calendrier des États Généraux du Metal #4
Samedi 10 octobre 2026, 14h – 1h : rencontres professionnelles, conférences et expositions de 14h à 20h, gratuitement sur inscription. Tremplin de trois groupes émergents à partir de 18h dans le patio de Victoire 2. À partir de 20h, concerts de The Great Old Ones, Viande, Hexis et Violence. Foodtrucks, bar et bières dès 14h.
Dimanche 11 octobre 2026, 10h – 18h : Puces Hell en accès libre, rencontres avec les acteurs de la scène, exposition, foodtrucks et bar. Metal Bingo à 14h. À 16h, Metal For Kids avec Smash Hit Combo et Bozo.
Tarifs du samedi : 23 € en prévente plein tarif, 21 € en tarif réduit, 10 € avec le tarif YOOT. Tarif sur place : 25 €.
Réservation, concerts du samedi 10 octobre : shorturl.at/ksJDY
Réservation, Metal For Kids du dimanche 11 octobre : shorturl.at/0oBha
Le saviez-vous ? Le metal, une scène massive que l’on continue de traiter comme une niche
Il existe un paradoxe assez français autour du metal. Les chiffres présentés par la Sacem lors d’une conférence à la Philharmonie de Paris, portant sur les six années précédentes et prenant notamment en compte les ventes physiques, le streaming et les droits liés aux concerts, montrent le poids considérable des musiques metal et de leurs multiples ramifications, dans la production comme dans les pratiques d’écoute. Pourtant, dans l’espace médiatique généraliste français, le genre conserve cette étrange étiquette de « niche », comme si l’importance d’une culture devait nécessairement se mesurer à sa présence quotidienne à la télévision ou dans les matinales radio.
Le contraste devient presque caricatural lorsque revient le Hellfest. Pendant quelques jours, le metal existe soudain partout : reportages, sujets de société, économie du festival, portraits de festivaliers et découverte annuelle d’un public présenté comme étonnamment nombreux. Puis le silence revient. Ce décalage raconte surtout une sous-représentation médiatique : une pratique culturelle peut être très active, productive et consommée sans bénéficier d’une visibilité proportionnelle dans les médias généralistes.
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La problématique des droits d’auteur : quand certains groupes hésitent encore à adhérer à la Sacem
La question des droits d’auteur reste un point sensible pour une partie de la scène metal. Beaucoup de groupes hésitent encore à adhérer à la Sacem, non par rejet du principe de rémunération, mais par crainte de la pression exercée par certains lieux de concerts, notamment les plus petites structures. La déclaration des œuvres implique en effet le paiement de droits lors de leur diffusion publique, une dépense que certains organisateurs peuvent percevoir comme une charge supplémentaire et répercuter indirectement sur les artistes. Un rapport de force assez paradoxal s’installe alors : pour continuer à jouer, des groupes émergents peuvent être tentés de renoncer à une partie des mécanismes destinés précisément à rémunérer leur travail. Derrière le choix administratif apparaît ainsi une question beaucoup plus concrète : à partir de quel moment défendre ses droits risque-t-il de réduire ses possibilités de monter sur scène ?
Les petites salles occupent ici une position plus complexe qu’il n’y paraît. Avec des jauges réduites, des marges faibles et des coûts techniques difficiles à absorber, les droits d’auteur représentent une dépense supplémentaire dans une économie déjà fragile. Certaines peuvent alors privilégier des groupes dont le répertoire n’entraîne pas cette perception, ou tenter d’en reporter le poids dans la négociation. Le problème tient ainsi moins à une opposition de principe à la Sacem qu’à un modèle économique où salles et artistes émergents disposent finalement de très peu de marge.
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