Nefilim – Melankoli

Nefilim transforme la mélancolie en carburant rock avec Melankoli, un titre nerveux où le souvenir devient moins une blessure qu’une émotion recherchée.

Formé à Ankara en août 2025, Nefilim arrive avec cette énergie des groupes qui n’ont pas encore eu le temps de polir leurs aspérités. Melankoli joue justement de cette matière brute, entre tension rock et plaisir immédiat, pour parler d’un sentiment beaucoup moins innocent : cette étrange envie de retourner volontairement vers ce qui fait mal, non pour souffrir, mais pour ressentir.

Nefilim est un groupe turc de rock alternatif fondé à Ankara en août 2025, avec déjà l’objectif d’enregistrer un album en 2026. Les chansons sont écrites et partiellement arrangées par Marduk, tandis que Güliz Akalınlı, Özgür Özden Kaya et Yiğit Korkmaz participent notamment au travail vocal et aux arrangements. Une formation encore récente, donc, qui cherche son langage dans un rock nerveux, sans nécessairement vouloir rendre les émotions plus sages qu’elles ne le sont.

Quand la mélancolie devient une émotion dont on ne veut plus guérir

Melankoli part d’une histoire passée, devenue presque un lieu que l’on visite occasionnellement, avant d’opérer un déplacement plus intéressant. Il ne s’agit pas véritablement de l’impossibilité d’oublier quelqu’un. La voix qui s’exprime reconnaît plutôt une dépendance à ses propres émotions, jusqu’à pouvoir exhumer volontairement ce qu’elle ressentait autrefois. Le passé n’est plus seulement subi, il devient une ressource affective que l’on vient chercher.

On a dû s’aider de Google Traduction pour comprendre les paroles, mais le titre lui-même en dit déjà assez. On aime l’énergie rock, le côté un peu System of a Down. Un moment de Rock plaisir coupable. Derrière ce plaisir immédiat, Nefilim installe quelque chose de moins confortable : la mélancolie n’est pas une fatalité dont il faudrait guérir, elle devient une sensation que l’on conserve, que l’on réactive, parce qu’elle permet encore de sentir avec intensité. La formule est psychologiquement fine.

Celui qui s’exprime ne prétend pas être incapable d’oublier, il affirme au contraire être dépendant de ses propres émotions. Ce déplacement change tout : l’objet perdu compte presque moins que l’état intérieur qu’il permet de produire. Le souvenir devient une réserve affective, une matière que l’on peut déterrer même après des siècles, souffler dessus et remettre en circulation. Il y a quelque chose de volontaire dans cette rumination, non plus seulement le retour intrusif du passé, mais sa convocation. La chanson saisit ainsi une contradiction familière : certaines blessures cessent d’être désirées pour ce qu’elles racontent, tout en restant précieuses pour ce qu’elles font ressentir. On ne court plus après quelqu’un. On retourne visiter l’émotion laissée derrière lui, avec l’étrange fidélité que l’on accorde parfois davantage à une sensation qu’à la personne qui l’a créée.

Cette dépendance affective prend une forme plus singulière lorsque la mélancolie devient presque une identité provisoire, revendiquée contre les catégories plus brutales de l’addiction. Ni alcoolique ni marginal intoxiqué, seulement « un peu mélancolique » : la répétition a quelque chose de drôle, presque défensif, comme si minimiser l’état permettait de continuer à l’habiter sans avoir à le remettre en cause. Nefilim joue précisément avec cette mauvaise foi intime. La nuit autorise la dérive mélancolique, le jour devient psychédélique et pesant, puis revient cette certitude : l’autre n’est pas indispensable, la mélancolie l’est. C’est là que le morceau dépasse la chanson de rupture. L’enjeu n’est plus de choisir entre oublier et aimer, mais de savoir ce que l’on devient lorsqu’une émotion ancienne commence à remplir une fonction présente. Elle stimule la créativité dans les premières images, comme si remuer ce qui a été perdu pouvait séduire le passé et remettre la machine intérieure en marche. L’énergie rock rend ce mécanisme presque euphorique, avec des ruptures et une nervosité qui rappellent parfois System of a Down sans chercher à en reproduire la formule. Beau paradoxe : chanter l’attachement à la tristesse avec une musique qui donne envie de bouger. La mélancolie n’est plus un tombeau, plutôt un carburant douteux. Et manifestement, le moteur tourne très bien avec.


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