Les Ensorceleuses 2 : Susanne Bier réveille la famille Owens et confronte trois générations de femmes au poids de leur héritage magique.
Plus de vingt-cinq ans après les événements de Les Ensorceleuses, Sally Owens (Sandra Bullock) a choisi de tenir la magie à distance et surtout d’en préserver ses filles. Une protection qui vole en éclats lorsque Kylie (Joey King), étudiante à Harvard, découvre progressivement la véritable histoire de sa famille et les pouvoirs dont elle a hérité. Aux côtés de sa sœur Antonia (Maisie Williams), elle se retrouve confrontée à une malédiction ancestrale menaçant les Owens. Sally et Gillian (Nicole Kidman) doivent alors renouer avec ce qu’elles pensaient connaître de leur propre lignée.

Un second film axé sur la notion d’héritage
Ce second volet permet de découvrir une nouvelle dynamique, c’est une forme de Legacy. Ici, Joey King arrive à tenir le film aux côtés de deux actrices de renom, qui incarnent des valeurs presque contradictoires : accepter son héritage ou le fuir, mais devoir, un jour ou l’autre, y faire face. Ce film a tous les ingrédients pour déboucher sur un 3ᵉ volet. En tout cas, on l’attend avec curiosité !
Cette notion de film axé sur l’héritage du premier fonctionne d’autant mieux qu’elle ne consiste pas uniquement à remplacer une génération par une autre. Les Ensorceleuses 2 s’intéresse plutôt à ce que l’on transmet malgré soi, parfois même en cherchant précisément à interrompre cette transmission. Sally a construit une normalité protectrice autour de ses filles, persuadée qu’en taisant la magie et la malédiction familiale, elle pouvait rompre le cycle. Psychologiquement, son comportement relève moins du rejet de ses origines que d’une stratégie d’évitement : elle associe son héritage à la perte, au danger et à la souffrance, puis transforme cette expérience en modèle éducatif. Kylie hérite ainsi de quelque chose dont elle ignore les règles, tandis que sa mère lui transmet, paradoxalement, la peur de cet héritage en voulant le faire disparaître.
C’est là que le film trouve son angle le plus intéressant. Le secret familial ne supprime jamais ce qu’il dissimule, il décale simplement le moment de sa découverte et prive la génération suivante des outils permettant de l’appréhender. Kylie devient alors une figure de réappropriation. Son tempérament libre, sa volonté d’explorer et son refus de laisser les angoisses maternelles déterminer son existence l’éloignent de Sally, tout en la rapprochant naturellement de Gillian. Cette dernière ne considère pas la magie comme une anomalie dont il faudrait se débarrasser, elle vit avec. Le conflit dépasse donc l’opposition entre prudence et insouciance : trois générations doivent décider ce qu’elles font d’une identité familiale qu’aucune ne peut entièrement choisir.
Cette circulation entre les générations donne également à Joey King une vraie place. Kylie n’est pas uniquement « la fille de », condamnée à attendre que les figures historiques de la saga règlent les problèmes à sa place. Elle avance, cherche ses propres réponses et fait bouger l’histoire. Sandra Bullock et Nicole Kidman restent les pôles affectifs de cet univers, avec cette complémentarité entre contrôle et liberté qui structurait déjà leurs personnages, tandis que la génération suivante introduit une autre question : que faire d’un héritage lorsqu’on ne vous a jamais appris à le porter ? Le surnaturel devient finalement très concret, presque anthropologique, puisque la magie fonctionne comme peuvent fonctionner un nom, des croyances, des traumatismes ou certains récits familiaux : on peut décider de ne pas les transmettre consciemment, ils continuent pourtant d’organiser la famille.
Un petit côté Charmed qui nous titille !
Il faut l’avouer, attention spoiler !!!! La séquence où la mère, la tante et la fille se tiennent la main et forment un triangle d’énergie rappelle énormément le Pouvoir des trois dans Charmed.
La comparaison dépasse d’ailleurs ce seul plan. Les Ensorceleuses 2 retrouve plusieurs éléments constitutifs de l’imaginaire télévisuel fantastique des années 90 et 2000 : une puissance surnaturelle qui devient réellement efficace lorsqu’elle est collective, une famille de sorcières dont les relations affectives conditionnent directement l’exercice de la magie, des grimoires, des sortilèges, une malédiction et cette idée très familière selon laquelle l’union féminine constitue elle-même une force. Le spectateur ayant grandi avec Charmed risque forcément d’avoir quelques réminiscences. Le rapprochement est parfois tellement immédiat qu’il devient amusant, sans pour autant casser l’immersion.
Ce sentiment global est présent durant tout le visionnage : retrouver des codes vus et revus, mais avec un scénario qui fonctionne sans accroc, tout cela finit par nous donner envie de voir sur grand écran Charmed, avec un bon casting et des effets spéciaux maîtrisés.
C’est probablement là que le film réussit à contourner un problème assez évident : il n’invente finalement pas grand-chose dans sa grammaire fantastique. Pourtant, l’ensemble reste plaisant parce que ces codes servent des relations suffisamment lisibles pour que l’on accepte volontiers leur caractère familier. La magie possède une matérialité, elle circule entre les personnages, provoque du chaos et accompagne leurs rapports affectifs sans transformer systématiquement chaque scène en démonstration numérique. Le plaisir vient alors moins de la surprise que de la reconnaissance. On sait parfois vers quel imaginaire le film nous conduit, on reconnaît même certaines balises en chemin, et pourtant on continue à le suivre avec un plaisir assez franc.

Un troisième volet ?
La véritable inconnue concerne maintenant la place que prendrait Kylie dans un éventuel Les Ensorceleuses 3. Joey King possède suffisamment de présence pour ne pas rester éternellement dans l’ombre de Sandra Bullock et Nicole Kidman. Un troisième film pourrait donc accomplir le passage de relais amorcé ici, à condition de ne pas simplement reproduire la même structure avec une nouvelle malédiction familiale.
Reste surtout Antonia (Maisie Williams), et c’est probablement la principale frustration laissée par ce second volet. Étudiante en médecine, organisée, prudente et beaucoup plus proche du tempérament de sa mère, elle possède pourtant un profil permettant d’opposer frontalement rationalité scientifique et héritage magique. Or, cette singularité reste largement en retrait et son personnage devient presque anecdotique face à Kylie. Un troisième film aurait donc tout intérêt à rééquilibrer cette nouvelle génération, en développant Antonia autrement que comme la seconde sœur du duo. Sa formation médicale pourrait même devenir un véritable terrain de confrontation entre deux systèmes d’explication du monde, plutôt qu’une simple caractéristique biographique.
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9 septembre 2026 en salle | 2h 10min | Fantastique, Romance
De Susanne Bier |
Par Akiva Goldsman, Georgia Pritchett
Avec Nicole Kidman, Sandra Bullock, Cassie Bradley
Titre original Practical Magic 2
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