POUSS’O’Q : le bâton de marche français qui repense l’appui et la propulsion du corps

Le POUSS’O’Q modifie le principe du bâton de marche avec une poignée horizontale et un système mécanique destiné à accompagner la propulsion.

Le bâton de marche est probablement l’un de ces objets que l’on ne pense plus à réinventer. De la branche utilisée comme appui aux modèles télescopiques modernes, sa forme a évolué, ses matériaux aussi, pourtant le geste demeure familier, presque inscrit dans une mémoire collective de la marche. Dans Le Seigneur des anneaux, comme dans quantité de récits d’aventure, le bâton devient même le prolongement symbolique du voyageur, celui qui avance, s’appuie et poursuit sa route. Pierre Duc et Patrick Guillaume ont choisi de revenir à cette évidence pour poser une question finalement assez étrange : si notre manière d’utiliser le bâton était, elle aussi, perfectible ?

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Une autre mécanique du bâton, du poignet jusqu’à l’épaule

Le POUSS’O’Q part d’une modification immédiatement visible : sa poignée n’est plus pensée comme celle d’un bâton traditionnel tenu verticalement. Elle adopte une position horizontale, avec une prise en pronation, afin de modifier la manière dont l’effort est transmis par le membre supérieur. Le principe paraît presque évident une fois l’objet devant soi, pourtant il change la biomécanique du geste. Au lieu de solliciter principalement la main comme point de maintien, l’utilisateur peut engager davantage l’avant-bras, le bras et la ceinture scapulaire dans la poussée. Le bâton cesse ainsi d’être seulement ce troisième point de contact avec le sol que l’on déplace à chaque pas, il devient un dispositif sur lequel le marcheur peut exercer une force avec une chaîne musculaire différente.

Cette géométrie prend son sens lorsque le corps avance. Avec un bâton classique, la préhension, l’orientation du poignet et l’axe du manche conditionnent la manière dont la force est appliquée. Ici, la position recherchée rapproche davantage le geste d’une poussée que d’un simple appui. C’est une nuance importante : le POUSS’O’Q n’a pas pour fonction de faire disparaître miraculeusement le poids du marcheur, ce serait physiologiquement absurde, mais d’en redistribuer une partie au moment où celui-ci prend appui. Une fraction de l’effort peut alors transiter par les membres supérieurs vers le sol. Pour une personne qui marche longtemps, rencontre une pente ou cherche simplement davantage de soutien, cette redistribution constitue le cœur du concept.

À cette poignée s’ajoute un autre élément, placé cette fois au contact du terrain : un pied intégrant un système de ressort. Lors de l’appui, celui-ci se comprime puis restitue une partie de l’énergie emmagasinée. On retrouve ici un principe mécanique familier dans d’autres équipements sportifs, notamment certaines chaussures dont les matériaux intermédiaires travaillent sur l’amortissement et le retour d’énergie. Le fabricant associe ainsi deux phénomènes différents, la transmission de la poussée par le haut du corps et une restitution mécanique au niveau du sol. L’utilisateur ne plante donc plus simplement son bâton avant de le ramener devant lui, l’objet participe davantage au cycle dynamique de la marche.

Il faut néanmoins conserver une frontière nette entre principe biomécanique et bénéfice médical démontré. Le site présente notamment une analyse préliminaire de François Pellissier, kiné-ostéopathe, et avance différentes estimations liées aux forces exercées et à l’énergie restituée. Ces données permettent de comprendre la logique ayant conduit au développement du dispositif, elles ne doivent pas être transformées en résultats cliniques que l’on ne possède pas encore. C’est justement là que l’objet devient intéressant : derrière son allure assez improbable, comme si une canne de randonnée avait passé quelques années dans l’atelier de Géo Trouvetou, il existe une véritable réflexion sur le geste.

Huit années pour modifier un objet que l’on croyait déjà abouti

Pierre Duc et Patrick Guillaume n’ont pas simplement déplacé une poignée avant de déclarer le bâton réinventé. Le développement du POUSS’O’Q s’est étalé sur huit années et a conduit au dépôt de trois brevets. Cette durée donne une autre lecture au produit : nous sommes moins devant un accessoire ajouté au marché de la randonnée que face à une tentative de reprendre l’objet depuis sa fonction première. Comment le corps pousse-t-il réellement ? Quelle position permet d’exercer cette force ? Comment récupérer une partie de l’énergie produite à chaque cycle ? La démarche consiste finalement à observer l’Homme avant de redessiner l’outil, une logique assez classique en ergonomie, mais curieusement moins évidente lorsqu’un objet existe sous une forme comparable depuis des siècles.

Le projet a également choisi une fabrication française et commence à sortir du seul cadre de l’invention expérimentale. En 2026, le POUSS’O’Q a été présenté au Concours Lépine, où il a obtenu une médaille de bronze ainsi qu’une Grande Médaille de la Société Française de Médecine de l’Exercice et du Sport. Deux distinctions qui ne constituent évidemment pas une validation clinique de ses effets, ce n’est pas leur fonction, mais qui donnent au dispositif une première reconnaissance dans l’univers de l’invention et de l’activité physique. Le produit doit désormais franchir une étape autrement moins romantique que le prototype : rencontrer de véritables utilisateurs.

C’est probablement sur ce terrain que les questions les plus intéressantes vont apparaître. Modifier la biomécanique théorique d’un geste ne suffit pas, encore faut-il que l’apprentissage reste naturel, que la prise soit confortable sur la durée et que le bénéfice ressenti compense l’adaptation nécessaire. La marche possède en effet une forte dimension procédurale : nous automatisons rapidement les coordinations répétées et pensons rarement à la position exacte de chaque articulation. Introduire un nouvel outil dans cette organisation impose donc au corps une période d’appropriation. Les bâtons de marche nordique l’illustrent déjà, leur efficacité dépend en partie d’une gestuelle qui ne se résume pas à tenir deux manches en avançant.

La commercialisation annoncée pour l’automne 2026 donnera précisément l’occasion de confronter huit années de conception à cette réalité d’usage. L’invention a déjà suscité une exposition médiatique, notamment sur TF1 et France 3 Bourgogne-Franche-Comté, ce qui accompagne son passage progressif du prototype au produit. Pour découvrir son fonctionnement, ses caractéristiques et suivre sa disponibilité, le projet dispose de son site officiel : https://pouss-o-q.fr/. L’enjeu sera maintenant assez simple à formuler, beaucoup moins à résoudre : convaincre des marcheurs d’abandonner un geste qu’ils connaissent depuis toujours pour apprendre à pousser autrement.

Les prochains mois devront surtout permettre d’observer les retours d’usage après la commercialisation : fatigue sur longue distance, confort du poignet et de l’avant-bras, adaptation au terrain, apprentissage du mouvement et durabilité du mécanisme. Des évaluations biomécaniques indépendantes permettraient ensuite de mesurer précisément ce que le marcheur ressent déjà, ou non, sur le terrain.


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