Avec cette fonction de Deezer, retrouvez vos anciens coups de coeur, même ceux devenus indisponibles en streaming !

Deezer permet toujours d’uploader ses propres MP3 et de les conserver durablement dans son compte, une fonction largement méconnue.

Personne ne parle de cette fonction Deezer absente chez ses concurrents : uploader ses propres MP3 personnels. On a une option «Ajouter sa librairie locale » sur spotify, mais une fois l’option désactivée, les MP3 locaux disparaissent, alors que sur deezer, même dix ans après, les MP3 sont encore en ligne via un onglet du compte. On ne connait pas la limite réelle du stockage, mais c’est incroyable de pouvoir encore dix ans après réentendre des titres inédits uploadés fin 2009 comme le Last Song – Unplugged de Gackt. Une fonction discrète, presque oubliée, qui prend une autre dimension lorsque les années passent.

Une bibliothèque musicale qui ne dépend plus de la disponibilité commerciale

La différence avec Spotify paraît légère tant qu’on raisonne uniquement en termes d’usage immédiat. Ajouter des fichiers locaux permet, dans les deux cas, de combler certains trous laissés par les catalogues officiels. Pourtant, la logique technique et surtout l’expérience produite ne sont pas identiques. Chez Spotify, la bibliothèque locale reste liée aux fichiers présents sur les appareils et à l’activation de cette fonction. Elle complète le catalogue du service sans réellement transformer celui-ci en espace personnel de conservation. Deezer adopte historiquement une autre logique : le MP3 envoyé par l’utilisateur rejoint son environnement musical en ligne. Il ne s’agit donc plus seulement de demander à une application de lire un fichier stocké ailleurs, le morceau devient accessible depuis le compte auquel il a été associé.

Les plateformes de streaming donnent facilement l’impression d’une discothèque presque infinie, pourtant leur mémoire est contractuelle…

Cette nuance devient particulièrement importante pour tout ce qui échappe aux circuits classiques de distribution. Une démo envoyée par un groupe, une version acoustique diffusée quelques semaines, un morceau récupéré sur MySpace, un CD autoproduit jamais réédité numériquement ou un titre promotionnel peuvent avoir totalement disparu du Web quinze ans plus tard. Les plateformes de streaming donnent facilement l’impression d’une discothèque presque infinie, pourtant leur mémoire est contractuelle : des albums arrivent, d’autres sont retirés, des éditions changent et certaines productions indépendantes ne les atteignent jamais. La bibliothèque personnelle répond à une logique différente puisqu’elle dépend d’abord de ce que l’auditeur a décidé d’y déposer.

Il apparaît alors une forme assez particulière d’archéologie musicale individuelle. À la fin des années 2000, uploader un MP3 pouvait simplement servir à retrouver un morceau parmi les titres proposés par la plateforme. Quinze ou seize ans plus tard, le même fichier possède parfois une valeur documentaire que personne n’avait anticipée au moment de son ajout. Certaines versions deviennent introuvables, les anciens disques durs meurent, les ordinateurs sont remplacés et les dossiers musicaux migrent imparfaitement d’une machine à l’autre. Le compte Deezer peut alors contenir, presque accidentellement, une strate de la vie musicale d’une époque.

Cette persistance modifie aussi notre rapport psychologique à la bibliothèque numérique. Le streaming nous a progressivement habitués à l’accès plutôt qu’à la possession : nous ne conservons plus nécessairement l’objet musical, nous disposons temporairement du droit pratique de l’écouter. Le MP3 personnel introduit l’inverse au sein même de cet univers. L’utilisateur ne dépend plus exclusivement de ce que la plateforme a négocié avec les labels et distributeurs. Il réintroduit sa propre histoire musicale dans un catalogue industriel qui, sans cela, resterait entièrement construit par d’autres.

Le streaming nous a progressivement habitués à l’accès plutôt qu’à la possession : nous ne conservons plus nécessairement l’objet musical, nous disposons temporairement du droit pratique de l’écouter.

Quand une fonction technique finit par devenir une mémoire personnelle

L’intérêt le plus singulier de cette fonction n’était probablement pas perceptible lors de son apparition. En 2009 ou au début des années 2010, conserver des MP3 ne semblait pas particulièrement exceptionnel. iTunes structurait encore largement les bibliothèques personnelles, les baladeurs numériques étaient courants et beaucoup d’auditeurs possédaient des dizaines de gigaoctets de musique sur leurs ordinateurs. Le fichier constituait la norme. Dans ce contexte, permettre son upload ressemblait davantage à une commodité technique qu’à une fonction susceptible d’acquérir une valeur particulière avec le temps.

Le basculement s’est produit progressivement avec la généralisation du streaming. Notre rapport à l’archive musicale est devenu paradoxal : jamais autant de musique n’a été immédiatement accessible, tandis que l’auditeur conserve matériellement beaucoup moins de choses. Cette abondance produit une mémoire extrêmement efficace pour les œuvres disponibles commercialement, beaucoup moins pour les marges. Les raretés, démos, autoproductions, versions alternatives et morceaux obtenus directement auprès d’artistes appartiennent précisément à cette périphérie que les grands catalogues ne garantissent pas de préserver.

C’est ici que la durée change complètement la perception de l’outil. Un service capable de restituer aujourd’hui un fichier confié à un compte à la fin des années 2000 devient, volontairement ou non, un intermédiaire entre plusieurs époques de notre consommation culturelle. La chanson n’est d’ailleurs jamais uniquement un fichier sonore. La mémoire autobiographique associe fortement certaines musiques à des périodes, des lieux, des personnes ou des habitudes d’écoute, parfois avec une précision étonnante. Retrouver un morceau oublié peut ainsi réactiver moins le souvenir abstrait de la chanson que tout le contexte perceptif et émotionnel dans lequel elle avait été écoutée.

Il existe enfin quelque chose d’assez ironique dans cette histoire. Les fonctions les plus visibles des plateformes sont désormais les recommandations algorithmiques, les playlists personnalisées, les statistiques annuelles et toutes les mécaniques destinées à anticiper ce que nous écouterons demain. Pendant ce temps, une vieille fonction presque silencieuse continue de conserver ce que nous avions choisi nous-mêmes hier. Deux conceptions de l’écoute se rencontrent : l’une prédictive, fondée sur les comportements et la découverte, l’autre profondément biographique, constituée par accumulation. Après quinze ans, la seconde possède une qualité que même le meilleur algorithme peine à reconstruire : elle ne devine pas notre passé, elle en conserve matériellement une petite partie.

Reste désormais une question rarement posée :
combien de temps Deezer compte-t-il maintenir cette possibilité et quelles garanties entourent réellement les fichiers déjà hébergés ? Tant que les conditions de conservation, les limites et la pérennité de cette fonction resteront peu documentées, ces archives personnelles garderont un statut étrange. Elles peuvent traverser quinze ans, sans pour autant devenir un véritable système de sauvegarde.


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