Avec Leviticus, Adrian Chiarella transforme le désir amoureux en menace, et l’être aimé en visage possible du Mal.
Dans une petite ville australienne, Naim (Joe Bird) et Ryan (Stacy Clausen) vivent une attirance que leur environnement religieux et familial transforme rapidement en faute à corriger. Leur relation bascule lorsqu’une entité violente apparaît sous les traits de la personne qu’ils désirent le plus, autrement dit l’un sous le visage de l’autre. Dès lors, impossible de séparer complètement l’amour de la menace. Leviticus fait ainsi du désir une vulnérabilité intime : ce qui devrait permettre aux deux garçons de se reconnaître devient précisément ce qui peut les détruire.
Le Mal et le désir
Leviticus possède une idée horrifique assez simple, et c’est précisément ce qui la rend efficace : faire de l’objet du désir une menace dont il devient impossible de vérifier immédiatement la nature. Le film reprend les grandes peurs de l’humanité : l’invisible et la thématique du Doppelganger. Le plus terrifiant est là, personne d’autre ne peut voir ce double sauf la victime. Utiliser l’idée d’un démon ou d’une entité prenant l’apparence de l’objet de notre désir est commun, on évoque souvent que les démons ou anges maléfiques nous trompent en prenant une apparence séduisante. Ici, nous somme à l’apothéose de la séduction.
Cette mécanique devient surtout intéressante parce qu’elle attaque Naim et Ryan à l’endroit exact où ils sont déjà fragilisés. Leur désir n’est pas seulement intime, il existe dans un environnement où celui-ci peut être désigné comme une transgression, corrigé, rejeté, transformé en faute. L’entité pousse cette logique jusqu’à l’absurde et au monstrueux : aimer quelqu’un revient littéralement à lui donner le visage de ce qui peut vous tuer. Le Doppelgänger n’est donc plus seulement le double inquiétant de la tradition fantastique, il contamine la perception de l’autre et installe un doute presque paranoïaque. Est-ce Ryan, ou ce qui ressemble à Ryan ? Est-ce Naim, ou l’image de Naim fabriquée pour séduire puis détruire ?
Le film joue alors avec une peur plus profonde que celle de la créature. Lorsque l’environnement social apprend à un individu à se méfier de son propre désir, le danger extérieur finit par rencontrer une culpabilité déjà intériorisée. C’est là que Leviticus devient plus dérangeant. Le désir rapproche les deux garçons, tandis que la peur impose constamment une distance, et cette contradiction abîme progressivement leur possibilité de faire confiance à leurs perceptions comme à leurs affects. Pour le spectateur, le procédé fonctionne de la même manière : l’apparition de l’être désiré ne constitue plus nécessairement une respiration sentimentale, elle peut annoncer l’agression.

Cette confusion entre attraction et instinct de conservation donne au film sa véritable violence psychologique. L’intime n’offre plus de refuge puisque le Mal emprunte justement le visage qui devrait rassurer. Leviticus détourne ainsi quelque chose de presque archaïque, la peur d’être trompé par les apparences, pour la déplacer vers l’adolescence, période où le désir participe précisément à la construction de soi. Naim et Ryan doivent apprendre à reconnaître l’autre au moment même où tout les encourage à ne plus croire ce qu’ils voient.
Un casting prometteur
Leviticus tient beaucoup à la fragilité de son duo central, car le fantastique fonctionnerait nettement moins si Naim et Ryan devenaient de simples corps poursuivis par une créature. Stacy Clausen qui incare Ryan nous rappelle les débuts dans Hex de Joseph Morgan. Mia Wasikowska est sous-exploitée, Shannon Berry et Davida Mckenzie sont de passage. Reste la révélation du film Joe Bird, il incarne un Naim à fleur de peau.
Joe Bird possède surtout cette faculté à laisser l’émotion apparaître avant qu’elle soit complètement formulée. Après La Main, où sa présence participait déjà fortement au malaise, il trouve ici un rôle qui repose davantage sur la vulnérabilité affective. Naim peut être amoureux, blessé, méfiant ou terrifié sans que ces états semblent distribués en séquences parfaitement étanches. Il demeure un adolescent dont les émotions débordent parfois la capacité à les mentaliser, ce qui rend crédible autant son attachement à Ryan que ses réactions lorsque cette relation devient source de danger.
Face à lui, Stacy Clausen doit conserver une ambiguïté plus ingrate puisque le spectateur apprend précisément à douter de son visage. Il faut que Ryan demeure désirable et humain pour que sa duplication conserve son pouvoir anxiogène. Cette complémentarité donne au couple sa matière émotionnelle, avec quelque chose d’encore imparfait, parfois maladroit, qui correspond finalement assez bien à deux adolescents découvrant simultanément l’amour, le rejet et la peur. Le reste de la distribution demeure plus périphérique, ce qui renforce encore l’impression que Leviticus repose presque entièrement sur les épaules de ses deux jeunes comédiens.

Quand certaines voix de l’Église condamnent le désir adolescent
Il y a finalement une ironie particulièrement cruelle dans ce film. Naim et Ryan vivent un désir adolescent que certaines voix de l’Église considèrent comme impur, pourtant ce n’est pas leur rapprochement qui semble immédiatement appeler le démon. Le basculement intervient après le rite religieux pratiqué sur eux, avec ce briquet censé chasser l’impureté. À partir de cet instant, quelque chose les poursuit. La chronologie n’est pas anodine : ceux qui prétendent débarrasser les adolescents du Mal semblent avoir créé les conditions permettant à celui-ci de les atteindre.
Le démon ne vient pas punir deux adolescents parce qu’ils désirent, il surgit après que des adultes ont décidé que ce désir devait être combattu.
Le film devient alors beaucoup plus sévère envers cette conception de la purification. Elle ne supprime pas le désir, elle lui associe la peur, la culpabilité et bientôt une menace concrète. L’Église représentée ici ne condamne donc pas uniquement une relation, certaines de ses voix apprennent à deux jeunes hommes que ce qu’ils éprouvent mérite d’être extirpé. Or vouloir purifier suppose déjà d’avoir désigné une souillure. C’est peut-être là que Leviticus frappe le plus fort : le démon ne vient pas punir deux adolescents parce qu’ils désirent, il surgit après que des adultes ont décidé que ce désir devait être combattu. Le rite devait chasser l’impur. Il semble surtout lui avoir ouvert la porte.
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7 octobre 2026 en salle | 1h 28min | Epouvante-horreur, Romance
De Adrian Chiarella | Par Adrian Chiarella
Avec Joe Bird, Stacy Clausen, Mia Wasikowska
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