Dans un hôtel perdu au cœur de l’Irlande, un écrivain venu disperser les cendres de ses parents se retrouve happé par une légende de sorcière. Avec Hokum, Damian McCarthy signe un film d’atmosphère sombre et étrange, entre enquête paranormale et traumatisme intime.
Le romancier Ohm Bauman (Adam Scott) arrive dans une vieille auberge irlandaise afin d’y accomplir un dernier hommage à ses parents. Très vite, le propriétaire des lieux (Peter Coonan) lui apprend que la suite nuptiale est condamnée depuis des années à cause d’une ancienne sorcière qui hanterait l’endroit. Après une nuit d’Halloween particulièrement agitée, Jerry (David Wilmot), un homme marginal vivant reclus dans les bois depuis le meurtre de sa femme, et Fiona (Florence Ordesh), une employée de l’hôtel, disparaissent mystérieusement. Déjà rongé par ses propres traumatismes d’enfance, Ohm commence alors à mener une enquête qui l’entraîne progressivement dans une spirale mêlant hallucinations, folklore et terreur. Damian McCarthy construit ici un univers volontairement flou dans le temps, où les couloirs de l’hôtel deviennent presque un labyrinthe mental.

Un bon film d’ambiance
Avec Hokum, Damian McCarthy ne cherche jamais à révolutionner le fantastique. Le réalisateur irlandais préfère reprendre des codes extrêmement classiques pour mieux travailler l’atmosphère et la montée de tension. L’hôtel hanté, le héros tourmenté, la sorcière ancestrale, les disparitions nocturnes ou encore les habitants excentriques composent un ensemble immédiatement identifiable. Pourtant, cette mécanique fonctionne, car le cinéaste maîtrise parfaitement l’art du décor oppressant et du détail inquiétant.
Chaque personnage répond d’ailleurs à un archétype très précis. Ohm Bauman représente l’écrivain rationnel confronté à l’inexplicable, Jerry devient la figure du fou marginal qui semble connaître la vérité, tandis que le personnel de l’hôtel agit comme une galerie de silhouettes ambiguës oscillant entre aide et menace. Cette écriture volontairement fonctionnelle donne au film une allure de conte gothique moderne. Damian McCarthy ne cherche pas à développer longuement ses personnages secondaires, il les utilise avant tout comme des éléments participant à la sensation de malaise général.
Le vrai point fort du film reste cependant son ambiance. Les boiseries sombres, les couloirs silencieux, les lumières tamisées et cette temporalité volontairement indéfinie créent une impression étrange, presque irréelle. On ne sait jamais exactement si l’on observe un lieu figé dans le passé ou un espace contemporain contaminé par des traces anciennes. Cette confusion nourrit constamment le récit.
Le film fonctionne également grâce à son rapport au folklore traditionnel. Damian McCarthy s’amuse avec des croyances populaires très anciennes liées aux frontières symboliques. Le cercle de craie devient alors une idée particulièrement efficace. Dans de nombreuses légendes européennes, certaines créatures surnaturelles ne peuvent franchir un seuil sans invitation, ni traverser des barrières de sel ou de craie. Le réalisateur reprend ce principe avec simplicité, mais il parvient à lui donner une vraie force visuelle. Ce cercle agit autant comme une protection physique que comme une représentation psychologique fragile face à l’invasion du mal. D’ailleurs, la figure du cercle est partout, telle une obsession, dans le roman intradiégétique, dans le sable ou encore la trace d’un verre laissée sur la table ou celle dans le sable.
On retrouve aussi cette fascination du réalisateur pour les objets étranges et les visions grotesques. L’apparition du lapin géant s’inscrit parfaitement dans cette logique de cauchemar absurde et dérangeant. Damian McCarthy travaille moins le gore que la sensation d’inconfort diffus. Le spectateur avance constamment dans un univers où chaque pièce semble contaminée par quelque chose d’ancien et de malsain.
Adam Scott surprend également dans ce registre. Habitué à des rôles plus ironiques ou distants, l’acteur compose ici un personnage fatigué, arrogant et progressivement désorienté. Son travail corporel participe énormément à la réussite du film. Sa manière d’occuper les espaces, de ralentir ses gestes ou de fixer certains coins obscurs du décor renforce cette impression de glissement progressif vers la paranoïa.

Efficace mais avec des attentes mal satisfaites
Le principal problème de Hokum reste finalement sa mythologie. Damian McCarthy installe de nombreuses pistes autour de la sorcière, des croyances locales et du passé de l’hôtel, mais le récit donne parfois l’impression de survoler ses propres idées. On perçoit une esquisse d’univers particulièrement riche, avec des règles, des rituels et un folklore potentiellement passionnant, avant que le film ne bascule rapidement dans une logique d’efficacité horrifique plus classique.
Cette frustration rappelle certains récits de Stephen King où les traumatismes psychologiques et les lieux hantés possèdent une histoire extrêmement dense en arrière-plan. Ici, la sorcière reste davantage une présence qu’un véritable personnage mythologique développé. Le spectateur comprend qu’elle possède un lien ancien avec l’hôtel et ses habitants, mais beaucoup d’éléments demeurent volontairement flous ou peu approfondis.
Le film préfère accélérer vers les visions, les apparitions et les séquences de tension plutôt que de prendre le temps d’explorer pleinement son propre folklore. Cela rend l’expérience efficace et immersive, mais parfois un peu inachevée. On sent que Damian McCarthy possède un imaginaire riche, pourtant Hokum donne parfois l’impression d’en montrer seulement une partie avant de refermer brutalement certaines portes narratives.

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29 avril 2026 en salle | 1h 48min | Epouvante-horreur
De Damian McCarthy |
Par Damian McCarthy
Avec Adam Scott, David Wilmot, Austin Amelio
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