AGATHE RIEDINGER souligne parfaitement l’évolution de la course à la popularité mise en avant dans Diamant Brut. Avant, on faisait carrière pour être un artiste reconnu ou vivre de son art, maintenant, depuis l’avènement des réseaux sociaux précédés de la téléréalité, nombreux sont ceux voulant faire carrière pour se sentir exister.
Avec comme leitmotiv «celui qui est désiré donne le prix et domine», on garde sous silence le rapport esclave-maitre entre le désiré et le public, sans public ou consommateur, l’objet du désir n’a aucune valeur et n’existe pas. Comme dans une crise existentielle à la Starmania l’héroïne Liane, 19 ans, voit dans l’opportunité d’une téléréalité le moyen de sortir de sa condition sociale et pouvoir vivre la vie qu’elle rêve avoir. Mais elle ne connait pas encore l’envers du décor, car la réalisatrice ne montre que la longue période d’attente avant la validation du casting.

L’enfer du décor de la célébrité 2.0
Il y a derrière l’enfer de la perfection, comme l’a décrit en 2015 l’influenceuse australienne beauté, Essena O’Neill. Pour revenir à la France, EnjoyPhoenix (Marie Lopez),en 2020, a dévoilé, elle aussi, sentir seule et vivre un enfer sous la pression quotidienne. Elle a révélé la pression des mensonges pour entretenir l’illusion et perdurer ainsi le désir des consommateurs/fans. Car, oui, les followers ne sont en réalité que des chiffres monnayables permettant d’obtenir des partenariats sur les contenus et des booking (des évènements où les influenceurs sont invités pour signer des autographes ou simplement faire acte de présence).
Un monde de solitude et d’illusion, où l’on donne l’impression d’être aimé, sans l’être réellement. La mère de Liane semble être peut-être très défaitiste, mais tellement vraie : combien de ces followers seront là en cas de besoin ? Exister que par le désir de l’autre n’est en soi pas une réelle existence, mais une servitude.
Exister uniquement par le désir de l’autre revient à renoncer à soi-même. Cela transforme l’individu en simple reflet des attentes extérieures, annihilant sa propre identité. Cette dépendance perpétue une servitude émotionnelle, empêchant toute liberté ou authenticité, et condamne l’être à vivre selon les désirs des autres plutôt que les siens. N’est-ce pas là l’enfer, celui de Sartre ? Car « L’enfer c’est les autres ! ». Un jour, Jean Dujardin avait avoué avoir fait du stand-up pour combler un sentiment de vide et d’angoisse de ne pas être aimé. Un artiste ou quelqu’un qui vit uniquement dans l’attente d’un amour inconditionnel des autres n’arrivera jamais à combler ses attentes, car les autres sont eux-mêmes dans une course effrénée à l’amour. Pour être heureux et trouver l’amour, il faut déjà apprendre à s’aimer pour soi-même et peut-être là, les autres apporteront ce petit truc en plus ! Et Diamant Brut dévoile à merveille cette quête d’amour, ce besoin vital d’être aimé pour se sentir exister. On saluera la prestation de Malou Khebizi, bluffante et touchante. Elle donne un visage à cette jeunesse en mal d’amour, car comme le dit si bien le film Qui a envie d’être aimé, personne n’ose lever la main à cette question… Mais on veut tous une chose, l’AMOUR.
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20 novembre 2024 en salle | 1h 43min | Drame
De Agathe Riedinger |
Par Agathe Riedinger
Avec Malou Khebizi, Idir Azougli, Andréa Bescond
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2 réflexions sur “Diamant Brut – Devenir quelqu’un pour se sentir exister”