Miyazaki, monomaniaque en crise existentielle –Le Vent Se lève–


Miyazaki fait ses adieux en s’inspirant librement d’un roman de Tatsuo Hori et en traçant la biographie d’un ingénieur de l’aviation japonaise. Entre poésie et monde réaliste nous assistons au chant du cygne d’un géant de l’animation japonaise.

A la vision de ce film on ressort comme sceptique entre déception et stupeur. Le spectateur plongé dans une histoire singulière du Japon, peut ne pas adhérer immédiatement à ce film. Miyazaki est surtout reconnu pour son style graphique au plus près de la réalité. La puissance de son art est principalement soutenue par l’onirisme. Dans « Le Vent se lève » l’onirisme est servi de façon brève et maladroite. Dans l’immédiat on ne comprend pas directement l’importance du rêve qui est un lieu de récréation pour l’esprit de l’Homme. On a comme un sentiment de liberté qui s‘oppose à la volonté de faire la guerre.

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            Ce film est troublant car il place spectateur dans une dimension d’un monde manichéen dominé par un jeu d’oppositions. Entre traditionalisme face à une société en déclin, le réalisateur tente de plaider en faveur du pacifisme et un idéal de création « Je veux faire de beaux avions ».

Il reste cependant encore des valeurs de respects avec la scène du mariage ou encore l’acte héroïque de l’adolescent romantique. Le respect et les valeurs se heurtent à un Japon qui va mal. « Pour se donner à fond au travail il faut un foyer ». Ces mots sont beaux et simples, mais révèlent un certains égoïsme de la part du héros, qui va fumer devant sa femme ou qui laisse cette dernière s’installer à ses cotés. Cet homme apparaissant comme réfléchi et héroïque au fils des minutes se décompose en un carriériste purement japonais.

            Au-delà de l’aspect sociétal, on note une certaine simplification, les japonais apparaissent comme les gentils et les allemands comme les méchants. Pourtant au milieu de cette histoire simplifiée se distille un message anti nationaliste : Le Japon tout comme l’Allemagne vont exploser. Ce monde manichéen est malade tout comme le personnage féminin. Et pourtant il faut tenter de vivre.

            Si ce film est rempli de brutalité on y retrouve une certaine apologie de la vie. Le personnage féminin qui se contente de choses simples répétant « C’est magnifique de vivre ». Elle semble insuffler aux spectateurs un certains espoir. Au milieu de ce message sur la vie, on retrouve une trace d’un thème omniprésent dans l’œuvre du cinéaste, celui de la personnification des éléments. Le vent semble investi d’une volonté, menant les personnages à leur destiné. Cette seule trace de la magie de Miyazaki ne suffit pourtant pas à garder le spectateur en éveil. Les mots sont trop brièvement dits, la magie n’opère assurément pas. On garde une certaine poésie dans les mots « Elle était belle comme le vent », rassurant le spectateur d’un reste de beauté dans ce monde trop réaliste.

            La poésie et la magie ne suffisant pas à porter un film, où nous sommes perdus parmi une succession d’évènements faisant l’apologie de l’aviation. Un film sur le courage et la beauté transformé en reportage déguisé.

Nous sommes baladés entre actes de bravoure, amour et égoïsme. L’accident du train permettant la rencontre des deux héros, qui vont se retrouver quelques années plus tard au restaurant est irréaliste. On pourrait percevoir cela comme un semblant d’amour dans un monde qui va mal. La maladie est un prétexte pour rattacher ce film au roman initial racontant le combat d’une jeune fille contre la maladie.

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            Sur le point de vu graphique, il y a des erreurs. Au niveau du dessin et des détails. On a des silhouettes d’hommes ne ressemblant pas à ce que l’auteur nous avait offert sur ses films précédents. Beaucoup de simplifications, nous sommes dans un style épuré. On s’ennuie, on attend quelque chose qu’on ne retrouve pas. Vouloir faire dans l’historique est quelque chose de présent et déjà vu, on se souvient encore du film marquant « Le tombeau des lucioles » produit par le même studio. Si vous courrez au cinéma pour voir le dernier Miyazaki, il faudra faire le deuil de ses films précédents : Ce film est un long voyage entre l’histoire ancrée dans l’Histoire. Le monde du rêve est là uniquement pour dire ce qui n’est pas à dire dans un cadre trop sombre et sale.

Le dernier Miyazaki est beau, mais il manque quelque chose, on a l’impression d’avoir été dans la peau d’une femme qui aurait passé sa nuit avec un éjaculateur précoce. Trop de poésie tue la poésie, ici, on s’est perdu dans le réel. C’est fade et on n’a pas envie de remettre le couvert. Miyazaki ne finissez pas votre carrière sur un film comme cela, faites-nous voyager au pays de Chiro juste une dernière fois.

 

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