Wicker, un conte d’osier sur le désir et la jalousie

Wicker d’Eleanor Wilson et Alex Huston Fischer transforme un mariage improbable en une fable étrange sur le désir, la solitude et la jalousie.

Rejetée par les habitants de son village, une pêcheuse solitaire (Olivia Colman) demande à un vannier (Peter Dinklage) de lui fabriquer un mari en osier. Cet étrange époux (Alexander Skarsgård) possède une sensibilité inattendue et lui fait découvrir des sentiments qu’elle pensait ne jamais connaître. Leur relation bouleverse progressivement les habitudes du village. La femme du tailleur (Elizabeth Debicki) et les autres habitants commencent à regarder ce couple avec envie, faisant naître des jalousies et des fantasmes qui menacent l’équilibre de cette petite communauté.

Un film graphique et esthétique

Le film possède une atmosphère étrange, tant l’ambiance que la photographie. On sent surtout jaillir dans ce récit une forme de mal-être, les gens vivent une vie qui semble manquer de quelque chose et l’arrivée de cet être en osier vient faire exploser une forme de jalousie. Wicker dévoile combien nous sommes en quête de tendresse ou simplement de choses que les autres ont, mais qu’on n’avoue pas vouloir… Car les mots ont un pouvoir, ils rendent concrets certains de nos sentiments. Wicker n’est pas un conte de fées, mais un conte d’Osier.

La photographie de Lol Crawley installe une étrangeté picturale, proche des tableaux hollandais du XVIIe siècle. Les intérieurs, les costumes et cette lumière qui semble retenir le temps donnent au village une identité difficile à situer. Rien n’appartient franchement à une époque. Cette indétermination accentue le caractère oppressant d’une communauté où chacun surveille la vie des autres, comme si l’intimité était une affaire collective. La beauté des images devient inconfortable, car derrière cette harmonie se devinent des frustrations beaucoup moins élégantes.

Le corps du mari en osier introduit une rupture graphique fascinante. Ses fibres, sa silhouette humaine et sa présence physique rendent crédible une créature, qui aurait pu rester une simple curiosité fantastique. Le regard finit par oublier sa matière pour chercher une émotion dans ses gestes. C’est précisément ce déplacement qui trouble : cet être fabriqué semble parfois plus attentif que les humains qui l’entourent. La musique d’Anna Meredith, entre étrangeté et énergie, accompagne cette instabilité des perceptions. L’humour surgit sans effacer le malaise, et l’ensemble conserve cette texture de conte ancien dont les images auraient quelque chose de légèrement malade.

Wicker : Photo Olivia Colman, Alexander Skarsgård © Topic Studios

Une adaptation au cinéma

Wicker adapte la nouvelle The Wicker Husband d’Ursula Wills en donnant une dimension charnelle à une idée qui pourrait paraître absurde : commander un époux comme on commande un objet artisanal. Le fantastique intervient presque naturellement dans le quotidien du village. Personne ne semble réellement s’interroger sur la possibilité de fabriquer un homme, alors que sa capacité à aimer, à séduire et à satisfaire les attentes d’une femme devient rapidement un problème collectif.

Cette logique de conte permet de regarder le mariage comme une construction sociale, avec ses obligations tacites et cette manière de juger ceux qui vivent autrement. La pêcheuse, déjà exclue, découvre une forme de reconnaissance affective grâce à celui que les autres auraient toutes les raisons de considérer comme une anomalie. L’ironie est assez cruelle : l’être artificiel fait apparaître ce qui manque aux relations humaines. Le désir cesse d’être une affaire privée dès qu’il remet en question les habitudes du groupe.

L’adaptation conserve ainsi une dimension satirique sans sacrifier la relation amoureuse. Le merveilleux fonctionne parce qu’il met les personnages face à leurs contradictions, notamment cette difficulté à accepter le bonheur d’autrui lorsqu’il rend notre propre insatisfaction trop visible.

La pêcheuse obtient un mari à sa mesure, mais cette liberté demeure fragile tant que le village estime avoir son mot à dire sur son bonheur. Une question plus dérangeante persiste : aimer un être conçu pour répondre à nos attentes laisse-t-il réellement une place à son altérité ? Le conte garde ici une ambiguïté qui mérite de survivre au générique.

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Note : 4 sur 5.

21 octobre 2026 en salle | 1h 45min | Comédie, Drame, Fantastique, Romance
De Alex Huston Fischer, Eleanor Wilson | Par Alex Huston Fischer, Eleanor Wilson
Avec Olivia Colman, Alexander Skarsgård, Peter Dinklage


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