Des héroïnes tragiques


Et si les héroïnes de la Nouvelle Vague étaient les héritières de la tragédie? Les héroïnes de la Nouvelle Vague sont certes modernes, mais elles réactivent les différentes caractéristiques héritées de la Tragédie et du drame romantique. On a une transposition d’éléments qui autrefois étaient courants, comme par exemple la volonté de s’élever contre la société pour défendre ses valeurs. Cela permet d’apporter une dimension héroïque aux femmes et aux personnages masculins de la Nouvelle Vague.

Les oeuvres citées :

Antigone / La Rupture / Le mépris / Pierrot le fou / Violette Nozière

Pour mieux comprendre cette analyse, on peut souligner l’analogie entre les personnages d’Hélène et celui d’Antigone. Antigone fait partie des premières héroïnes du théâtre grec, fille d’Œdipe. Elle va se dresser contre la société et se battre pour que ses deux frères puissent être enterrés selon les rites religieux. Ce qui est tragique dans ce personnage c’est qu’elle se bat toute seule contre quelque chose qui la surpasse, et qu’elle finira par se pendre dans sa cellule. Si Hélène ne se suicide pas, elle reprend un combat féminin initié en 441 av. J.C par Antigone. Lorsque l’on parle de Tragédie, on s’attend à avoir également la catharsis, dans le film La rupture, nous avons quelque chose de l’ordre de la catharsis dans la scène où Hélène et les pensionnaires vont être sous l’effet d’une drogue mise dans le jus d’orange: on retrouve dans cette séquence tout le travail de Claude Chabrol autour des images auto-cinétiques. On a un travail sur les couleurs, sur la distorsion des images, mais aussi plusieurs images qui vont devenir nettes puis floues, tout cela dans l’objectif de retransmettre la sensation de vertiges. Sortir de l’état de crise ne se fait jamais sans pleur, sans cri et sans blessure physique, comme dans les films Le mépris ou Pierrot le fou.Pour sortir de l’état de crise, la mort d’un des personnages est nécessaire. Dans le film Claude Chabrol, ce sera le mari malade, qui va mourir en s’attaquant au détective privé. Ce film est intéressant puisque toute la tension dramatique se fait par un seul et même individu, le mari: il est celui qui va répandre le sang au début du film et celui qui clôture le film en mourant. La dimension tragique n’épargne ni les hommes ni les femmes, chacun des personnages de nos films vont naviguer entre liberté et danger, Jean-Luc Godard va même jusqu’à l’illustrer au sens propre en mettant Paul au bord d’une falaise dans Le mépris.

Affiche Le mépris

Pour résumer, nos héroïnes sont héritières du théâtre tragique parce qu’elles vont reprendre les différentes caractéristiques de la tragédie, mais aussi parce qu’elles possèdent également une dimension romantique: elles vont vouloir aller vers leur indépendance et s’émanciper pour changer de condition sociale. Bertrand Dominique (Bertrand, Dominique. Le théâtre, cours documents dissertations. : Edition Bréal, 2000. pp. 383-385.) définit le héros romantique comme celui qui va combattre pour «Être», mener un combat social et politique,animé d’une passion et voulant vivre. C’est ce qu’il définira par le terme: le «Moi» romantique,qui correspond à l’affirmation de soi et de l’individu. Toutes ces valeurs et caractéristiques du drame romantique, se retrouvent dans nos héroïnes.Elles combattent contre les forces du quotidien. Qu’elles gagnent ou qu’elles perdent, ce combat ne se fait jamais sans sacrifices. Ces héros et héroïnes sont passionnés et leurs passions les conduisent à leur perte que ce soit le mari dans La rupture, Camille dans Le mépris ou encore Marianne dans Pierrot le fou. Nous sommes dans une forme de condamnation obligatoire pour que tout redevienne à l’état normal.

Adèle H

Lorsque certains personnages vont aller dans une forme d’excès,on peut désigner cela par le terme de folie. La folie est,quant à elle,étudiée dans d’autres films comme L’histoire d’Adèle H, un film de François Truffaut qui raconte l’histoire d’Adèle Hugo –la fille de Victor Hugo –qui va s’éprendre d’un homme. Dans ce film, les passions sont présentes, mais de manière excessive. Ce film va surtout montrer comment on peut sombrer peu à peu dans la folie. Nous ne sommes plus ici, dans une forme de combat contre la société, mais dans un combat contre soi-même, contre une maladie psychiatrique. On pourrait également citer l’adaptation d’un fait divers réalisée par Claude Chabrol, Violette Nozière. Si nous n’avons pas analysé jusqu’à présent ces deux films, c’est parce qu’ils ne respectaient pas les limites imposés par notre réel de référence. Pourtant, dans ces films,qui racontent l’histoire de deux femmes atteintes d’érotomanie, ces deux personnages sont intéressants d’un point de vue de la représentation des femmes.Elles sont attachantes mais d’une autre manière. En conclusion, si le spectateur s’attache aux héroïnes de la Nouvelle Vague, c’est parce qu’elles représentent des valeurs et deviennent un modèle de vertu ou simplement la personne que l’on aimerait être. Elles sont proches de nous et sont des femmes de tous les jours.

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