Joshua Hawkes – Eyes Like That

Joshua Hawkes fait se rencontrer George Michael et a-ha dans Eyes Like That, une indie pop rétro où désir, mélancolie et perte de contrôle avancent à la même vitesse.

Désirer quelqu’un en sachant déjà que cela finira mal

Avec Eyes Like That, Joshua Hawkes transforme une rencontre nocturne en emballement. L’attirance est immédiate, presque physique, tandis que la lucidité reste curieusement intacte : le danger est identifié, annoncé, puis désiré. Sur une production très années 80, la chanson préfère ainsi l’urgence au romantisme confortable.

Joshua Hawkes est un auteur-compositeur dont l’indie rock porté par les guitares s’appuie sur une écriture introspective, attentive aux hauts comme aux creux de l’expérience ordinaire. Aux côtés du producteur Nikhil Shepherd, il prépare actuellement son premier EP. Après Feel No More, Eyes Like That dévoile une facette plus spontanée de ce projet, nourrie de pop des années 80, de guitares lumineuses, de percussions énergiques et de batteries 808.

Eyes Like That raconte une rencontre dans l’euphorie désordonnée d’une soirée, entre alcool, néons et perception altérée. Pourtant, au milieu du bruit, une personne devient anormalement nette. Toute l’intention tient dans ce paradoxe : l’attirance ne supprime pas la conscience du risque. Elle s’en nourrit. La promesse d’un cœur brisé n’agit même plus comme avertissement, mais comme une raison supplémentaire d’aller voir ce qui se cache derrière ces yeux.

Quand la lucidité devient complice du désir

Un petit côté George Michael ayant rencontré a-ha et leur tube Take On Me. Ici, le rétro donne à la mélancolie un peu d’urgence. Et cette urgence convient particulièrement bien à une chanson où tout semble aller trop vite, sauf la compréhension de ce qui est en train de se produire. Joshua Hawkes ne décrit pas simplement quelqu’un aveuglé par une attirance : celui qui parle entend l’avertissement, comprend très correctement sa signification et répond, en substance, que c’est justement ce qu’il espère. Psychologiquement, la nuance est importante.

Ici, concrètement, il ne s’agit plus d’une perte de discernement mais d’une suspension volontaire de ses conséquences, cette petite négociation avec soi-même qui permet de faire exactement ce que la raison venait pourtant de déconseiller. L’alcool, les lumières et la nuit accentuent la désinhibition sans servir d’excuse universelle. D’ailleurs, tandis que la pièce tourne, l’autre demeure parfaitement net. Joli paradoxe perceptif : moins l’environnement devient fiable, plus le désir paraît certain. Ce n’est probablement pas le meilleur protocole expérimental pour choisir une relation, c’est en revanche une mécanique pop redoutablement efficace.

La singularité vient justement de cette absence de résistance. Là où beaucoup de chansons sentimentales installeraient le risque comme obstacle à surmonter, Eyes Like That l’intègre à l’attraction elle-même. Être blessé n’est pas recherché pour sa valeur propre, évidemment, mais devient le prix accepté d’une intensité immédiate. La répétition du désir et cette fixation sur le regard réduisent progressivement le champ attentionnel : la foule existe encore physiquement, plus vraiment psychiquement. Il y a quelque chose de très contemporain dans cette primauté accordée à l’expérience avant même de savoir ce qu’elle signifie, avec cette étrange croyance qu’une émotion suffisamment forte mérite d’être vécue parce qu’elle est forte. L’enjeu devient presque existentiel à cet endroit précis : connaître les conséquences possibles ne décide pas encore de l’action. Il reste le choix, et celui-ci consiste à avancer. La production rétro rend cette imprudence étonnamment lumineuse, comme si les guitares et les accroches mélodiques refusaient de laisser la menace gagner complètement. Voilà pourquoi la mélancolie conserve du mouvement : le cœur risque de prendre cher, certes, mais il a manifestement déjà signé le formulaire.


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