L’Invitation : le couple moderne face aux vieux démons du désir et de la vie à deux

L’Invitation d’Olivia Wilde ausculte deux couples, leurs désirs, leurs frustrations et les certitudes qu’un dîner suffit à fissurer.

Angela (Olivia Wilde) invite avec Joe (Seth Rogen), son mari, leurs nouveaux voisins du dessus à dîner. Hawk (Edward Norton) et Piña (Penélope Cruz) forment pourtant un couple assez différent du leur, notamment dans leur rapport au désir et à la sexualité. Ce qui devait être une soirée entre voisins devient progressivement une confrontation entre deux manières d’être ensemble. Les conversations glissent vers l’intime, les comparaisons apparaissent et chacun se retrouve renvoyé à ce qu’il accepte encore de son couple, ou préfère ne plus regarder.

Une actrice révélée par le petit écran

Avec ce film, Olivia Wilde, actrice/réalisatrice, livre une comédie de mœurs aussi fine que piquante. Une franche réussite.

Révélée en tant qu’actrice par la série phénomène Dr. House, Olivia Wilde affirme également depuis quelques années ses talents de réalisatrice, notamment avec son long métrage le plus remarqué à date Don’t worry darling, un thriller psychologique assez intriguant porté par la magnétique Florence Pugh.

En adaptant pour son troisième passage derrière la caméra le film espagnol Sentimental, sorti en 2021, elle s’attaque cette fois-ci à la comédie de mœurs et trouve une nouvelle matière féconde à travers un huis-clos. Aussi drôle qu’il sait parfois se montrer amer. Le dispositif de l’enfermement permet au dispositif d’être un révélateur de la psyché des personnages. L’idée n’est sans doute pas nouvelle, mais elle menée avec une envie et une énergie qui font de ce film un moment très agréable de cinéma. Un moment à la fois léger, fin et touchant dans son portrait d’un couple au bord de la rupture.

La réalisation est élégante et joue très bien de son espace limité. Que ce soit à travers sa photographie délicieusement granuleuse et ses choix de cadrage judicieux. L’invitation rappelle l’élégance du cinéma de Mike Nichols, source d’inspiration directe pour Olivia Wilde qui a ici tourné en pellicule 35mm et dans l’ordre chronologique des scènes.

Une méthode, qui semble avoir donné toute la liberté au quatuor d’acteurs d’évoluer avec leurs personnages. Même si le film démarre un peu trop sur les chapeaux de roue entre dialogues au rythme effréné et musique omniprésente, avant de trouver son rythme de croisière lorsque les 4 protagonistes partagent l’espace.

Les acteurs s’en donnent alors à cœur joie et livrent toutes et tous des performances aussi hilarantes que touchantes, du génial Seth Rogen à la sublime Penélope Cruz, en passant par le facétieux Edward Norton, sans oublier Olivia Wilde, douce et charismatique.

À l’image de sa fin douce amère, l’invitation offre une réflexion aussi fine et délicate que sans concession sur les non-dits. Une réflexion universelle, abordée ici avec toute l’élégance que la comédie peut apporter aux situations désespérées.

Article co-écrit en collaboration avec Alexandre Gueudre

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Note : 4 sur 5.

16 septembre 2026 en salle | 1h 47min | Comédie
De Olivia Wilde | 
Par Rashida Jones, Will McCormack
Avec Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz
Titre original The Invite

Quatre amis riant et discutant autour d'une table dans un salon chaleureux, avec une lampe allumée et des décorations murales en arrière-plan.
L’Invitation : Photo Penélope Cruz, Olivia Wilde, Seth Rogen, Edward Norton © Sundance Film Festival

La société, le cinéma et le couple

La bande annonce promettait du cinéma de couple 2.0, mais avec finalement les mêmes problématiques existentielles qu’on traine depuis Le Mépris, Une femme est une femme ou encore Et Dieu… créa la femme. Le décor social change, les normes sexuelles aussi, pourtant demeure cette vieille difficulté à concilier désir individuel, sécurité affective et vie commune. L’Invitation confronte précisément deux modèles qui semblent, au départ, incompatibles. Joe et Angela portent l’usure, les frustrations accumulées, ce moment où l’autre n’est plus seulement celui qu’on désire, mais celui devant lequel on mesure ses renoncements. Hawk et Piña paraissent incarner l’inverse, une liberté sexuelle débarrassée des conventions. Le film est plus malin lorsqu’il refuse d’en faire une solution prête à l’emploi.

Le véritable intrus du dîner n’est peut-être pas le désir, mais la comparaison sociale.

Car le véritable intrus du dîner n’est peut-être pas le désir, mais la comparaison sociale. Dès qu’un autre couple expose une manière différente d’aimer, chacun peut soudain regarder sa propre relation comme un choix parmi d’autres, et non plus comme une évidence. Joe est d’autant plus vulnérable à cette confrontation que sa trajectoire professionnelle nourrit déjà un complexe d’infériorité : ancien musicien ayant connu le succès, désormais enseignant gagnant mal sa vie, il rencontre en Hawk un autre homme auquel se comparer. Le couple devient alors un espace de projection, de jalousie, parfois de narcissisme blessé. C’est assez cruel, parce qu’il suffit finalement de quatre adultes autour d’une table pour transformer les certitudes conjugales en hypothèses. Et depuis les films cités plus haut, le cinéma continue de poser cette même question embarrassante : rester ensemble signifie-t-il encore se choisir, ou seulement avoir cessé de remettre ce choix en question ?

Reste désormais à observer comment L’Invitation trouvera son public en salles à partir du 16 septembre. Dans un paysage où la comédie de couple peut facilement basculer vers la mécanique ou le pur divertissement, son huis clos repose beaucoup sur une chose moins spectaculaire : la capacité du spectateur à accepter de reconnaître, derrière les quatre personnages, quelques comportements beaucoup moins étrangers qu’il ne voudrait l’admettre.

Article réalisé sans accompagnement du studio ou de l’agence de presse. Bien qu’une projection de presse nous ait été proposée, nos agendas n’étaient pas compatibles. Cette chronique a donc été réalisée à partir d’une projection publique, en nous efforçant de rester aussi factuels que possible.


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