No Love For The Middle Child transforme la solitude d’une tournée en déclaration d’amour traversée par la peur du départ et de la perte.
L’avion n’est pas seulement un décor dans Guardian Angel, il devient cet espace suspendu où l’on ne peut plus vraiment agir, seulement penser. Écrite depuis un siège côté hublot pendant une tournée, la chanson laisse ainsi remonter l’angoisse, l’attachement et cette étrange culpabilité de celui qui aime profondément, tout en étant continuellement ailleurs.
No Love For The Middle Child est le projet d’Andrew, producteur, auteur-compositeur et multi-instrumentiste originaire de Philadelphie et installé à Los Angeles. Violoncelliste de formation classique, également guitariste, batteur et pianiste, il développe une musique entre alternative, rock, pop et électronique. Il a notamment collaboré avec Machine Gun Kelly, Jelly Roll, Tom Morello, Grandson, Juice WRLD ou encore Maggie Lindemann, tout en poursuivant son propre projet artistique.
Aimer quelqu’un quand tout pousse à repartir
Placée en ouverture de son prochain projet, Guardian Angel raconte moins une séparation qu’une difficulté à concilier deux réalités. D’un côté, l’amour est présenté comme une certitude presque vitale, de l’autre, la tournée impose les avions, les fuseaux horaires et les absences. Celui qui parle voudrait rentrer, rester, protéger l’autre, pourtant il reconnaît également une mécanique intime plus dérangeante : il finit toujours par partir.
L’introduction du clip nous a un peu perdus ; c’est une chanson à écouter sur la durée. Après, on avoue, on a un peu de mal avec les nombreux effets mis à certains moments sur la voix, qui au naturel est explosive ! Cette réserve devient d’ailleurs assez intéressante face au dispositif de production. L’ouverture conserve le mémo vocal originel enregistré sur téléphone, ensuite ralenti, transposé et échantillonné, comme si la production refusait d’effacer l’état embryonnaire de la chanson. Le morceau naît donc littéralement d’une trace, imparfaite, intime, avant de prendre de l’ampleur. Cette construction épouse assez justement ce qui se joue dans les paroles : sous la déclaration amoureuse se cache une anxiété beaucoup moins confortable. Compter ses doigts pour vérifier que l’on est éveillé, évoquer Dieu après avoir échappé à la mort, ressentir l’enfermement dans un siège d’avion, tout ramène le corps au premier plan. L’amour n’arrive qu’après cette confrontation avec la vulnérabilité. Il ne ressemble plus seulement à un désir romantique, il devient le point fixe auquel se raccrocher quand l’environnement, lui, ne cesse de bouger. Même la figure de l’ange gardien se renverse subtilement : celui qui promet de protéger paraît lui-même avoir besoin d’être sauvé de sa solitude.
Guardian Angel devient plus intéressante qu’une simple chanson sur la distance. L’amour n’y résout rien, il rend au contraire la contradiction plus visible.
La contradiction devient encore plus forte lorsque l’artiste se définit comme le « black sheep », celui qu’on ne peut pas enfermer dans une case et qui refuse implicitement l’assignation. Cette indépendance pourrait ressembler à une revendication assez classique, sauf qu’elle est immédiatement contaminée par un aveu beaucoup plus révélateur : impossible de s’arrêter, avec cette impression de toujours partir. La liberté cesse alors d’être entièrement désirable. Elle possède un coût affectif, celui d’un individu qui revendique l’impossibilité d’être contenu tout en souffrant des conséquences de cette mobilité. C’est là que Guardian Angel devient plus intéressante qu’une simple chanson sur la distance. L’amour n’y résout rien, il rend au contraire la contradiction plus visible. Les appels entre différents fuseaux horaires, le téléphone laissé en mode « ne pas déranger », la promesse du retour ou l’invitation à perdre du temps ensemble composent une intimité constamment négociée avec l’absence. Même l’engagement absolu, aimer pour la vie, paraît presque disproportionné face à un quotidien incapable de garantir la présence du lendemain. Il y a quelque chose de profondément contemporain dans cette collision : pouvoir être joignable partout sans parvenir à être véritablement là. Et derrière l’artiste en tournée apparaît finalement une question plus universelle, moins spectaculaire : comment promettre la permanence lorsque sa propre manière de vivre repose sur le mouvement ?
être joignable partout sans parvenir à être véritablement là !
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