La Fin d’Oak Street, de David Robert Mitchell, transforme une banlieue américaine en terrain de jeu préhistorique, horrifique et décalé.
En 1982, Denise Platt (Anne Hathaway) et Greg Platt (Ewan McGregor) vivent avec leurs enfants Audrey (Maisy Stella) et Brian (Christian Convery) dans une banlieue américaine en apparence ordinaire. Un étrange phénomène cosmique bouleverse brutalement leur quotidien : Oak Street se retrouve coupée du monde et projetée dans un environnement préhistorique. Face aux dinosaures et autres créatures qui rôdent désormais autour des maisons, les tensions et secrets de cette famille deviennent presque secondaires. Pour survivre, les Platt devront surtout apprendre à agir ensemble.
Une ambiance SF-horrifique qui nous incite à rire
Une idée originale : une série de trous noirs crée des boucles temporelles et une portion d’un quartier subit cela, il disparaît mais le même trou noir réapparaît et ramène encore quelques instants avant le choc.
Le film permet de découvrir Anne Hathaway dans un registre inhabituel. Beaucoup trouveront son jeu exagéré, comme celui des différents autres acteurs. Mais justement, c’est le décalage avec le jeu habituel de l’actrice qui rend intéressante sa performance.
L’ambiance très pesante se mêle avec une forme de science-fiction prétexte pour donner du sens à l’histoire.
Les acteurs incarnant la famille sont convaincants dans ce qu’ils essaient de faire, même si on entend énormément de critiques sur leur jeu. On est beaucoup plus dans de l’horreur cherchant à faire rire qu’à imposer des jumpscares. On s’attache à eux et même aux différents voisins un peu chiants. Bref, un bon film d’action avec des frissons et une dose de SF.

Ce mélange fonctionne précisément parce que La Fin d’Oak Street ne demande jamais d’accorder à son dispositif la gravité d’une démonstration scientifique. Le phénomène cosmique possède suffisamment de règles pour structurer le récit, pas pour devenir son véritable sujet. La disparition du quartier, l’absence d’électricité et d’eau, puis l’apparition de créatures préhistoriques font surtout basculer un espace domestique parfaitement reconnaissable dans l’absurde. Le jardin, la piscine, les clôtures et les maisons cessent alors d’être des refuges. Ils deviennent les éléments d’un parcours de survie où la proximité entre le quotidien et le monstrueux produit autant de tension que de comique.
C’est aussi pourquoi il serait assez injuste de juger le film comme un équivalent de Jurassic Park. Le dinosaure n’y possède pas la même fonction symbolique. Il ne représente ni la fascination scientifique devant un monde disparu, ni l’hubris d’une humanité persuadée de pouvoir contrôler le vivant. Ici, l’animal préhistorique surgit littéralement chez les gens. Le déplacement est presque burlesque : une famille déjà encombrée par ses secrets, ses frustrations et ses problèmes conjugaux doit soudain gérer quelque chose d’infiniment plus urgent, ne pas se faire dévorer.
Cette disproportion donne également sa cohérence au jeu volontairement appuyé des personnages. Denise passe notamment d’une forme d’insatisfaction domestique, elle s’interroge sur son identité et écrit secrètement, à une réaction de survie beaucoup plus primitive. Face au danger, les conventions sociales deviennent parfaitement inutiles. Les cris, les gestes excessifs et les réactions parfois énormes accompagnent cette régression momentanée vers des comportements élémentaires : courir, protéger, attaquer, sauver les siens. Le spectateur peut ainsi rire d’une situation tout en restant attaché à ceux qui la subissent. C’est cette tonalité qu’il faut accepter pour apprécier le divertissement : le film joue sérieusement ses péripéties sans demander au public de les prendre réellement au sérieux.
Une expérience du règne des dinosaures ou celle des voyages dans le temps
« Et si votre quartier changeait d’ère » — Le sous-titre français pourrait presque induire en erreur sur la véritable nature de l’expérience. Les Platt ne voyagent pas simplement vers une époque préhistorique clairement définie. Le film rassemble des créatures appartenant à différentes périodes, ce qui interdit justement de considérer Oak Street comme une reconstitution cohérente d’un âge précis des dinosaures. Cette confusion temporelle devient intéressante puisqu’elle transforme le quartier en anomalie plutôt qu’en destination. Les personnages ne visitent pas le passé, ils subissent une collision entre plusieurs temporalités.
Le procédé inverse ainsi l’imaginaire traditionnel du voyage dans le temps. Habituellement, l’être humain quitte son époque et découvre un autre monde. Ici, c’est son environnement quotidien qui voyage avec lui. La maison, les jardins et les habitudes demeurent, tandis que tout ce qui donnait à ces éléments leur fonction sociale disparaît. Sans réseau, sans eau courante et sans possibilité immédiate de quitter les lieux, le quartier résidentiel perd brutalement son statut d’espace civilisé. Il devient une petite communauté humaine isolée au milieu d’un écosystème auquel elle n’appartient pas.
Ce renversement produit un effet anthropologique assez amusant. Les voisins agaçants restent les voisins agaçants, les tensions familiales ne s’effacent pas miraculeusement et chacun transporte avec lui ses habitudes, même lorsqu’un prédateur peut surgir au coin de la rue. La catastrophe ne fabrique donc pas immédiatement des héros, elle oblige des individus ordinaires à improviser. C’est probablement là que le film est le plus plaisant : il ne cherche pas véritablement à nous faire expérimenter le règne des dinosaures, il observe plutôt ce que deviendrait une petite banlieue américaine si l’Histoire venait soudain frapper à sa porte avec des dents beaucoup trop grandes.

Il est intéressant désormais d’observer la réception du film. Son mélange d’horreur, de comédie, de SF et d’aventure familiale risque de diviser ceux qui attendent un film de dinosaures plus sérieux. Pour les autres, La Fin d’Oak Street assume suffisamment son caractère de grand huit estival pour fonctionner comme tel. Reste à voir si ce ton volontairement excessif trouvera son public en salles ou deviendra précisément ce qui lui sera reproché.
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12 août 2026 en salle | 1h 40min | Action, Aventure, Science Fiction
De David Robert Mitchell |
Par David Robert Mitchell
Avec Anne Hathaway, Ewan McGregor, Maisy Stella
Titre original The End Of Oak Street
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