The Flash, réalisé par Andy Muschietti, transforme le voyage temporel en réflexion sur le deuil, les choix impossibles et leurs conséquences. On profite d’une diffusion et mise en ligne sur TF1+ pour engager une nouvelle analyse du film !
Barry Allen (Ezra Miller) découvre qu’une infime modification du passé peut bouleverser l’équilibre de plusieurs réalités. En tentant de sauver sa mère, il provoque l’effondrement du monde qu’il connaissait et se retrouve face à une version plus jeune de lui-même, un Batman (Michael Keaton) retiré de la vie héroïque, ainsi qu’une Supergirl (Sasha Calle) prisonnière d’un destin qui n’était pas le sien. Cette course contre le temps devient progressivement un affrontement avec l’idée même de réparer l’irréparable.
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Un film se voulant être magistral, mais incompris
Il existe des films de super-héros qui racontent une bataille contre un ennemi, et d’autres qui utilisent le spectaculaire comme une métaphore d’un conflit intérieur. The Flash appartient davantage à cette seconde catégorie. Derrière le multivers, les paradoxes temporels et les affrontements d’ampleur cosmique, le récit reste constamment ramené vers une question profondément humaine, celle du refus de perdre un être aimé. Barry Allen ne cherche jamais véritablement à devenir un héros plus puissant. Il tente seulement de retrouver une existence où son traumatisme n’aurait jamais existé. Cette différence change profondément la lecture du film et explique pourquoi une partie du public a parfois eu le sentiment d’assister à un récit moins héroïque que prévu.
Souvent jugé comme raté ou en dessous des espérances des fans, ce film parle énormément du deuil d’un gamin qui a tout perdu. Son voyage dans le temps et les réalités alternatives ressemble beaucoup plus à un Effet Papillon et à une succession de : « et si j’avais …alors ça serait comme ça ».
Ce film n’est en réalité qu’une seule chose et on a tendance à l’oublier : un jeune adulte voulant sauver sa mère ou vivre l’illusion qu’il peut changer un détail sans pouvoir créer un enchainement de modifications fatalement irrémédiables. On se construit à travers nos épreuves et nos douleurs… L’oublier ou le refuser, c’est effacer un peu de nous et de ce qu’on pourrait devenir.

Cette idée irrigue pratiquement chaque rencontre. La confrontation avec son double plus jeune ne produit pas seulement un effet comique. Elle matérialise deux étapes du développement psychologique. L’un a déjà intégré la souffrance comme une composante de son identité, l’autre demeure persuadé que tout peut encore être corrigé. Le film montre ainsi qu’un même individu ne devient pas adulte uniquement parce que le temps passe, mais parce que certaines blessures imposent une réorganisation complète de sa manière d’habiter le monde. Le spectateur observe alors une lente inversion des rôles où l’expérience cesse d’être un avantage pour devenir un poids moral.
Cette réflexion trouve également un écho dans Batman et Supergirl. Tous deux incarnent des existences suspendues, façonnées par des pertes différentes mais tout aussi structurantes. Aucun ne représente une solution miracle. Ils rappellent au contraire que chaque réalité possède déjà ses propres cicatrices. Le multivers cesse alors d’être un simple terrain de jeu narratif pour devenir une immense métaphore de tous les choix impossibles que chacun imagine après un traumatisme. Derrière le spectacle, The Flash propose finalement une interrogation rarement aussi centrale dans le cinéma de super-héros, celle de l’acceptation de ce qui ne pourra jamais être réparé.
L’emboîtement du DCU raté et mal géré à cause des changements de directions
Indépendamment de ses qualités narratives, The Flash s’est retrouvé dans une position particulièrement inconfortable. Le film cherche à relier plusieurs périodes de l’univers DC, convoque différentes incarnations de personnages emblématiques et fait du multivers son principal moteur dramatique. Pris isolément, ce choix fonctionne puisqu’il nourrit directement le parcours émotionnel de Barry Allen. En revanche, le spectateur sait rapidement que plusieurs directions de l’univers partagé évoluent en parallèle, ce qui affaiblit la portée de certaines révélations pourtant essentielles au récit.
L’émotion intime de Barry demeure solide, mais le destin collectif du DCU paraît beaucoup plus fragile.
Cette sensation produit une étrange distance. Le film invite à croire que chaque décision modifie durablement l’équilibre du monde, alors que son environnement éditorial laisse déjà entendre qu’une nouvelle organisation de l’univers DC approche. Les conséquences dramatiques perdent alors une partie de leur poids émotionnel, non parce qu’elles sont mal écrites, mais parce que leur avenir apparaît incertain dès la sortie du film. L’émotion intime de Barry demeure solide, mais le destin collectif du DCU paraît beaucoup plus fragile.
Ce décalage explique en partie pourquoi une partie du public a davantage retenu les questions de continuité que la trajectoire psychologique du personnage principal. Le film reste pourtant cohérent dans son propre récit. C’est surtout son inscription dans un univers en pleine transition qui brouille sa réception et l’empêche d’être perçu comme le véritable pivot qu’il semblait annoncer.
L’avenir de The Flash ne dépend plus réellement de son box-office, mais de la manière dont le nouveau DCU a décidé de tout rebooter, sans réinterpréter son héritage. Le véritable point d’observation concerne désormais la place laissée aux notions de multivers et de réalités alternatives dans les prochains films. Si elles disparaissent totalement, The Flash apparaîtra davantage comme une parenthèse. Si elles reviennent, son récit pourrait être réévalué avec un regard très différent.
Des spectateurs orphelins de la Supergirl du Snyder Univers
Le nouveau DCU possède désormais ses propres incarnations de Superman, Supergirl et de plusieurs figures majeures. Pourtant, la Supergirl interprétée par Sasha Calle dans The Flash conserve une identité singulière. Le film la présente comme une survivante avant d’en faire une héroïne. Marquée par l’enfermement, privée de sa planète et de sa famille, elle ne cherche jamais à incarner un symbole d’espoir. Sa colère précède sa compassion, son instinct de survie domine encore son sens du sacrifice. Cette dimension la rend plus imprévisible, presque indomptable et torturée. Le spectateur découvre une héroïne dont la puissance naît autant de ses blessures que de ses capacités extraordinaires. Cette fragilité psychologique, rarement aussi visible chez le personnage au cinéma, explique pourquoi cette version continue de marquer les mémoires malgré la nouvelle direction prise par l’univers DC.

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