Noise, réalisé par Kim Soo-jin, transforme un immeuble ordinaire en piège sensoriel où chaque bruit devient une menace. Ce thriller horrifique sud-coréen explore autant la peur de l’invisible que les fractures d’une société confrontée à la promiscuité urbaine.
Ju-young (Lee Sun-bin), une jeune femme malentendante, apprend que sa sœur a disparu sans laisser de trace dans son appartement. En remontant les derniers indices, elle découvre un immeuble où les habitants vivent dans une peur permanente, obsédés par les sons qui traversent les murs et les plafonds. Chaque porte ouverte semble révéler un nouveau secret, tandis que des bruits inexpliqués et une présence insaisissable transforment son enquête en descente progressive vers un cauchemar où le silence devient presque plus inquiétant que le vacarme.
Noise marque les débuts de Kim Soo-jin dans le long métrage après plusieurs courts métrages remarqués en festival. Le projet s’est construit autour d’une idée simple, faire du son un moteur narratif aussi important que l’image, tout en inscrivant l’intrigue dans un contexte social très concret, celui des nuisances sonores en habitat collectif. Le choix d’une héroïne malentendante renforce ce paradoxe entre perception et absence de perception, tandis que le récit conserve volontairement une part de mystère autour de son origine surnaturelle. Cette première réalisation s’inscrit ainsi dans la tradition du cinéma d’horreur coréen où l’atmosphère, l’ambiguïté et la tension psychologique prennent souvent le pas sur les effets démonstratifs.
Un art de la mise en scène et du cadrage
L’essentiel de Noise repose sur une mise en scène qui détourne les habitudes du cinéma d’horreur contemporain. Plutôt que d’accumuler les apparitions spectaculaires, le film privilégie l’incertitude permanente. Les couloirs interminables, les cages d’escalier presque vides et les appartements aux éclairages froids composent un espace où le moindre déplacement semble annoncer une menace. La caméra accompagne souvent Ju-young au plus près de son visage, enfermant le spectateur dans une perception limitée qui l’oblige à partager son doute. Chaque porte entrouverte, chaque angle mort et chaque plafond deviennent des zones d’attente où l’imagination complète ce que l’image refuse encore de montrer.
On utilise la mise en scène, le hors champ, le raccord dans le mouvement. on fait monter la tension progressivement et pourtant y a très peu de choses qui font réellement peur ici. Seule l’ambiance, ou une silhouette, un monstre au plafond. On regrette juste de ne pas comprendre trop la fin est-ce un démon, un fantôme ? Quelqu’un qui perd la tête ? Il y a ce bruit de craquement et de dents qui claquent ! Ils nous hantent bien après la séance !
Cette approche produit un sentiment d’insécurité durable. Le film ne cherche pas à provoquer un sursaut toutes les deux minutes, il installe au contraire une vigilance constante. Les mouvements de caméra restent mesurés, les cadres exploitent les profondeurs des décors et les nombreux hors champs nourrissent une peur qui naît davantage de l’anticipation que de la révélation. Même lorsque la créature apparaît, son exposition demeure suffisamment parcellaire pour préserver une part d’ambiguïté. Cette économie visuelle renforce l’impression que le danger pourrait surgir depuis n’importe quel appartement voisin. Le spectateur ne regarde plus seulement les personnages, il scrute les murs, les plafonds et les ouvertures avec la même inquiétude qu’eux, comme si l’architecture elle-même devenait un organisme vivant capable de cacher une menace invisible.

Une très grande partie de la population vit dans des immeubles collectifs où les nuisances sonores constituent un sujet de tensions récurrentes.
La vie à la coréenne en 2026
Sous son apparence de film fantastique, Noise repose sur une réalité profondément ancrée dans la vie quotidienne sud-coréenne. Une très grande partie de la population vit dans des immeubles collectifs où les nuisances sonores constituent un sujet de tensions récurrentes. Le film transforme cette contrainte urbaine en matériau dramatique, mais il conserve un ancrage crédible. Les voisins se méfient les uns des autres, les plaintes circulent rapidement et chaque bruit venu de l’étage supérieur ou inférieur devient une source d’interprétation. Cette proximité physique contraste avec une distance sociale importante, chacun restant enfermé derrière sa porte malgré une promiscuité permanente.
Cette réalité possède également une dimension sanitaire et institutionnelle. Les nuisances sonores sont reconnues comme un véritable problème de santé publique, susceptible de favoriser le stress, les troubles du sommeil et les conflits de voisinage. Plusieurs faits divers récents liés au bruit entre appartements ont marqué la Corée du Sud, au point que des dispositifs publics de médiation et des comités dédiés existent désormais dans les grands ensembles résidentiels. Le film exploite cette inquiétude collective sans jamais quitter totalement le terrain du quotidien. Le fantastique fonctionne précisément parce qu’il s’appuie sur une peur déjà présente dans la société, celle de ne plus pouvoir considérer son propre logement comme un refuge.
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24 juin 2026 en salle | 1h 33min | Epouvante-horreur, Thriller
De Soo-jin Kim |
Par Lee Je-hui, Kim Soo-Jin
Avec Lee Sun-bin, Kim Min-seok, Kyung-soo Ryu
Titre original Noijeu
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