Le Berger et les Ours, réalisé par Max Keegan, explore la cohabitation difficile entre le pastoralisme pyrénéen et le retour de l’ours. À travers plusieurs trajectoires humaines, le film interroge les fractures d’un territoire où chaque décision environnementale transforme les équilibres sociaux, culturels et affectifs.
Dans les Pyrénées françaises, un berger vieillissant, Yves Raspaud, approche de la retraite tandis que Lisa Laguerre apprend un métier dont les exigences semblent s’alourdir au fil des saisons. En parallèle, Cyril Balthasar découvre les montagnes avec le regard d’un adolescent fasciné par la faune sauvage, jusqu’à faire de l’ours une véritable quête personnelle. Entre brebis retrouvées mortes, nuits d’attente, débats qui divisent les habitants et confrontation permanente entre protection de la biodiversité et survie du pastoralisme, le film suit des individus dont les certitudes sont constamment mises à l’épreuve par un territoire où personne ne sort totalement indemne.
Le projet trouve son origine dans la découverte du pastoralisme pyrénéen et des tensions liées au retour de l’ours. Cette situation, à la fois écologique, sociale et humaine, a conduit à suivre plusieurs habitants confrontés quotidiennement à cette réalité. Le récit s’est ensuite construit autour de personnages vivant directement cette cohabitation, afin d’observer leurs expériences plutôt que de réduire le sujet à un simple débat d’idées.
La relation des bergers et des ours en France
Le film installe une opposition qui dépasse largement le simple affrontement entre un animal sauvage et des éleveurs. L’ours devient progressivement le révélateur d’un conflit de territoires, de rythme de vie et de visions du monde.
Chaque attaque sur un troupeau ne constitue pas uniquement une perte économique. Elle fragilise aussi une identité professionnelle bâtie sur la connaissance de la montagne, la surveillance permanente des animaux et une responsabilité quotidienne qui ne connaît ni week-end ni horaires fixes. Face à cette réalité, le spectateur comprend que la cohabitation ne peut être réduite à une opposition entre défenseurs de la nature et adversaires de la biodiversité. Les personnages vivent dans une zone grise où admiration pour l’animal et peur de ses conséquences peuvent coexister sans contradiction.
La question de la place de l’ours. On l’a réintroduit, mais il n’arrive pas à cohabiter avec les bergers.
Le film montre également que la réintroduction de l’ours ne se limite jamais à une décision écologique. Elle transforme les relations humaines, nourrit les incompréhensions et accentue parfois le sentiment d’abandon des habitants des montagnes. La question de la place de l’ours. On l’a réintroduit, mais il n’arrive pas à cohabiter avec les bergers. Cette tension traverse toutes les générations, des anciens qui voient disparaître un mode de vie transmis depuis plusieurs décennies jusqu’aux plus jeunes qui hésitent à reprendre une activité devenue toujours plus complexe. Les paysages demeurent majestueux, pourtant ils deviennent aussi le théâtre d’une vigilance permanente où chaque bruit peut annoncer un danger.
Cette réalité dépasse d’ailleurs le seul affrontement avec le prédateur. La police de l’environnement et la police rurale cohabitent face à des bergers épuisés. On comprend assez rapidement que le monde rural est dirigé par des bureaucrates n’ayant aucune idée du fonctionnement des montagnes. Personne ne sait comment fonctionne un ours. Quant à l’OFB, elle est perdue. Le film dévoile aussi un changement du profil des Bergers, désormais on voit de plus en plus de jeunes diplômés, ce sont des techniciens qui vont décider de se former sur le terrain. La formation classique de berger devient un complément.
Malgré la passion et l’envie d’être utile, de faire quelque chose qui a du sens, beaucoup finissent par raccrocher car ils se sentent broyés par la condition de vie et le combat contre les ours.
Intégrée au récit, ces parcours de vie éclairent le sentiment de fracture entre décision administrative et expérience quotidienne. Le film ne tranche jamais définitivement le débat. Il préfère exposer une coexistence devenue fragile où chaque camp possède des arguments que le spectateur peut comprendre sans nécessairement les partager.

Documentaire, fiction ou immersion totale au cœur du conflit entre l’homme et l’ours ?
La force du film repose sur son ambiguïté. Filmé d’une manière immersive. Nous sommes témoins et l’absence d’adresse à la caméra rend l’exercice plus prenant. La qualité des séquences, tant le cadrage, le rythme et la photographie, donne au film une forme d’œuvre esthétiquement forte.
Le film a des qualités, mais le moment où l’on dévoile un C5 news vient casser l’illusion du vrai. On finit par se questionner sur la proportion de réalité ou de fiction présente dans ce film. Cette impression accompagne le spectateur durant une grande partie du film. Les gestes paraissent spontanés, les silences s’installent naturellement et les personnages semblent évoluer sans chercher à produire un discours. Pourtant, la composition des images, le travail sur les paysages et le rythme narratif donnent parfois au film les qualités plastiques d’une fiction.
Cette hésitation devient même l’un des moteurs de l’expérience. Les personnages ne donnent jamais l’impression de jouer un rôle, mais certaines séquences atteignent une intensité visuelle qui dépasse la simple captation du réel. Le spectateur oscille alors entre observation documentaire et immersion romanesque. Cette frontière volontairement poreuse nourrit une réflexion sur notre manière de croire aux images. À mesure que le récit progresse, la question ne consiste plus seulement à savoir ce qui est réel ou reconstitué, mais à mesurer comment cette incertitude modifie notre regard sur les événements racontés.
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15 juillet 2026 en salle | 1h 41min | Documentaire
De Max Keegan |
Par Max Keegan
Titre original The Shepherd And The Bear
Pour aller plus loin — Police de l’environnement, police rurale, ONF et OFB : quelles différences ?
Il existe souvent une confusion entre ces notions, alors qu’elles recouvrent des missions très différentes. On a essayé d’être le plus concis possible !
Police de l’environnement : il s’agit des agents chargés de faire respecter le droit de l’environnement. Ils peuvent contrôler les atteintes aux espaces naturels, à la faune, à la flore, à l’eau, à la chasse ou encore à la pêche. Ils disposent de pouvoirs de contrôle, de constatation des infractions et, selon les cas, de police judiciaire.
Police rurale : ce n’est pas un corps national unique. Elle regroupe les missions de police exercées en milieu rural, principalement par les maires, les gardes champêtres et les forces de sécurité intérieure. Elle concerne notamment les chemins ruraux, les conflits de voisinage, les divagations d’animaux, les dépôts sauvages, les cultures ou encore certaines questions agricoles et forestières.
Envie d’en savoir plus, on vous recommande notre article sur Alex Hugo et la réalité de la Police rurale.
ONF (Office national des forêts) : l’ONF gère les forêts publiques françaises, veille à leur entretien, leur exploitation durable, la prévention des incendies et l’accueil du public. Certains agents assermentés peuvent également constater des infractions forestières, mais leur mission première reste la gestion des espaces forestiers.
OFB (Office français de la biodiversité) : l’OFB est l’établissement public chargé de la protection de la biodiversité. Ses inspecteurs de l’environnement exercent la police de l’environnement et interviennent notamment sur les espèces protégées, les ours, les loups, les cours d’eau, les zones humides, la chasse ou la pêche.
Point commun : tous interviennent sur les espaces naturels et peuvent collaborer sur un même territoire lorsqu’une situation le nécessite.
Différence essentielle : l’ONF est avant tout un gestionnaire des forêts publiques. L’OFB est le principal organisme chargé de la protection de la biodiversité et de la police de l’environnement. La police rurale, quant à elle, relève davantage de la gestion quotidienne des territoires ruraux et des compétences des collectivités locales ou des forces de sécurité selon les situations.
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