Avec In Waves, Phuong Mai Nguyen transforme une histoire d’amour, de deuil et de résilience en un récit animé d’une grande délicatesse. Entre surf, dessin et mémoire, le film explore la manière dont on continue d’avancer lorsque la vie retire brutalement ses repères.
À Los Angeles, AJ (Rio Vega), adolescent réservé passionné de skateboard et de dessin, croise la route de Kristen (Lyna Khoudri), jeune surfeuse solaire qui bouleverse son existence. Leur relation grandit au rythme de l’océan, des amis et des rêves d’avenir. Lorsque la maladie frappe Kristen, leur histoire prend une dimension nouvelle, où l’amour devient une manière de résister à l’inacceptable. Une petite douceur d’animation où chaque plan est soigné, chaque séquence nous touche. Un vrai chef-d’œuvre à mi-chemin entre l’Europe et l’Asie dans le style graphique.
Une histoire d’équilibre et de retour à l’essentiel
Le cœur de In Waves réside dans sa manière de montrer que l’existence se construit rarement sur des certitudes. AJ apparaît d’abord comme un personnage introverti, davantage tourné vers l’observation que vers l’action. Face à lui, Kristen incarne une énergie presque contraire. Le film ne réduit pourtant jamais cette opposition à un simple contraste de tempéraments. Il montre plutôt comment deux individus se complètent, chacun permettant à l’autre d’élargir son horizon émotionnel. Cette dynamique donne naissance à une réflexion profonde sur l’équilibre humain. Nous avançons souvent grâce à ceux qui nous poussent doucement hors de nos habitudes.
Le surf occupe alors une place essentielle. Il ne constitue pas seulement un décor ou une activité de loisir. L’océan devient une métaphore de l’existence elle-même. Les vagues arrivent, repartent, reviennent encore. Elles rappellent que la joie comme la souffrance sont des phénomènes transitoires. Le film développe ainsi une véritable philosophie de l’acceptation. Face aux événements que l’on ne maîtrise pas, lutter contre le courant semble parfois moins pertinent que trouver une manière de continuer à flotter.
Cette idée prend une force particulière lorsque la maladie s’invite dans le récit. Le spectateur assiste à une transformation progressive du quotidien. Les projets changent de nature, les priorités se déplacent, les petits instants prennent une valeur nouvelle. Le film refuse le spectaculaire. Il privilégie au contraire les gestes simples, les regards, les moments partagés. Cette retenue produit un effet émotionnel particulièrement fort car elle rapproche constamment les personnages de notre propre expérience du manque et de la fragilité.
Ici, Duke est dieu et prophète du surf. Une belle ironie en voyant le protagoniste et sa peur de l’eau. Cependant, soulignons cette scène dans l’eau. Elle est poétique, certes, mais symbolise en quelque sorte un baptême, une renaissance, un alignement et aussi la fin de la peur de l’eau. Cette séquence agit comme une véritable transition psychologique. AJ cesse progressivement d’être uniquement celui qui subit les événements pour devenir celui qui accepte de vivre malgré eux. L’eau cesse alors d’être une menace pour devenir un espace de réconciliation intérieure.
À travers ce parcours, In Waves propose une réflexion anthropologique discrète mais puissante. L’être humain ne guérit jamais totalement de certaines pertes. Il apprend plutôt à réorganiser son existence autour d’elles. Le film montre que le deuil n’est pas l’effacement d’un lien, mais sa transformation. Cette idée traverse chaque séquence et laisse au spectateur un sentiment paradoxal de tristesse et d’apaisement.

La musique et le dessin comme expressions émotionnelles
Le dessin constitue sans doute le langage intérieur le plus important du film. Là où certains personnages parlent pour exprimer ce qu’ils ressentent, AJ dessine. Ses croquis, ses carnets et ses images deviennent des extensions de sa mémoire. Ils permettent de fixer des instants qui, autrement, disparaîtraient avec le temps. Le film montre ainsi que l’acte artistique n’est pas uniquement une activité créative. Il s’agit aussi d’un mécanisme psychologique permettant de donner une forme à ce qui semble impossible à verbaliser.
Un jeune artiste est un peu comme Peyton dans One Tree Hill, qui dessine sa vie : 95% de mélancolie et 5% de joie.
Ce raisonnement trouve un écho particulier dans le parcours d’AJ. Son rapport au dessin traduit moins une volonté de produire des œuvres qu’un besoin de comprendre ce qu’il traverse. Les images deviennent des réceptacles émotionnels. Elles permettent de conserver une présence lorsque la réalité menace de l’effacer.
La musique joue un rôle similaire. Elle accompagne les émotions sans les surligner excessivement. Elle agit comme une vague supplémentaire venant porter le récit. Certaines séquences semblent presque suspendues entre souvenir et présent. Le spectateur n’écoute plus seulement une bande originale, il ressent un état intérieur. La musique participe alors à la création d’une forme de mémoire sensorielle.

Si on est touché par ce film, c’est qu’il nous dévoile un drame sur la vie, l’amour et le dépassement de soi. Le chagrin vient par vagues, rien ne peut l’arrêter et on doit accepter les choses. Finalement, la seule chose à faire est de continuer à surfer. De même, il y a cette dédicace à Kristen en fin, dévoilant la part de biographique et de vrai. Peut-être qu’il y a un peu de fabulation ? D’ajouts purement fictionnels. En somme, l’acte de création donne une voie de guérison à l’auteur.
Cette idée résume parfaitement la manière dont le film utilise ses composantes artistiques. Le dessin conserve les souvenirs. La musique accompagne leur transformation. Ensemble, ils créent un espace où le chagrin peut exister sans écraser totalement la possibilité d’avancer. Pour le spectateur, cette alliance produit une émotion durable, faite autant de nostalgie que d’espérance.
In Waves est moins un récit sur la mort qu’un récit sur la persistance de la vie après la perte. Grâce à son animation lumineuse, à son regard profondément humain sur le deuil et à son approche sensible des liens affectifs, le film transforme une histoire intime en expérience universelle. Le tout sur une musique entraînante et émotive d’Oklou et de Rob !
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1 juillet 2026 en salle | 1h 31min | Animation, Drame, Romance
De Phuong Mai Nguen |
Par Fanny Burdino, Samuel Doux
Avec Lyna Khoudri, Paul Kircher, Rio Vega
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