Avec The Dog Stars, Ridley Scott s’attaque au western post-apocalyptique. Le réalisateur de Blade Runner, Gladiator et Thelma et Louise livre un film brutal, parfois très sombre, mais traversé par une mélancolie assez inattendue. Et le résultat est une franche réussite.
Dans un futur proche où une pandémie sans nom a décimé la société américaine, Hig (Jacob Elordi), un pilote, vit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien et un ex-marine. Lorsqu’une transmission aléatoire passe par la radio de son Cessna 1956, la voix fait naître au plus profond du pilote l’espoir qu’une vie meilleure existe en dehors de leur périmètre étroitement contrôlé…
À ses côtés, Bangley (Josh Brolin), militaire survivaliste endurci, défend une conception beaucoup plus radicale de la survie. Entre leur refuge et l’inconnu, The Dog Stars confronte ainsi deux manières de rester en vie, l’une encore tournée vers les autres, l’autre dominée par la méfiance et la nécessité de se protéger.
Une productivité qui force le respect
La carrière et la productivité de Ridley Scott forcent le respect, malgré quelques métrages récents en dent de scie, de l’oubliable House of Gucci au -très- fade Gladiator 2 (Napoléon étant à voir dans sa version longue, pour en apprécier la réelle densité).
La sortie de The Dog Stars, dont la promotion était plutôt timide jusqu’à ces dernières semaines, laissait donc présager le bon comme le moins bon de la part d’un réalisateur très éclectique. Il s’attaque cette fois-ci au western post-apocalyptique. Et, le résultat est une franche et très belle réussite.
Si la qualité esthétique de chacun des films de Ridley Scott n’est plus à prouver, ce dernier film impressionne une nouvelle fois par sa superbe photographie désaturée, poisseuse et clinique. Elle est assurée par Erik Messerschmidt, qui a également opéré sur les dernières productions de David Fincher. À cela s’ajoute un cadrage ample, qui magnifie un territoire américain, ici désolé et rendu hostile par une épidémie dévastatrice.
Les oripeaux de la civilisation une fois tombés laissent place aux pires instincts de l’être humain, qui comme souvent chez Ridley Scott est violent et cruel. Une violence omniprésente, jusque dans un climax fascinant, qui sous certains aspects rappel le Shining de Stanley Kubrick. L’action proposée par le film est à cet effet bien menée et assurée sans réel temps mort, au même titre qu’une écriture fluide.
The Dog Stars dégage par ailleurs une belle mélancolie, et une vision presque réconfortante du deuil.
Au-delà du pur survival sur lequel s’est en grande partie construite la promotion du film, The Dog Stars dégage par ailleurs une belle mélancolie, et une vision presque réconfortante du deuil. Un appel à laisser doucement le passé derrière soi pour mieux se tourner vers l’avenir, qui en fait peut-être le métrage le plus optimiste de Ridley Scott à date.
Le casting est pour sa part également de la partie, avec en tête Jacob Elordi et Margaret Qualley, toujours aussi sympathiques et charismatiques. Josh Brolin et Guy Pearce campent quant à eux à merveille deux baroudeurs attachants et souvent drôles, et le chien Jasper, qui ne manquera pas de faire couler quelques larmes. Une équipe qui fonctionne très bien et que l’on prend un réel plaisir à suivre.
On pourra reprocher quelques facilités scénaristiques, mais le plaisir est tel de revoir Ridley Scott à ce niveau que ce Dog Stars s’impose comme une belle réussite dans un genre pas si souvent présent que cela dans les salles. Un très bon film.
Article co-écrit en collaboration avec Alexandre Gueudre
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26 août 2026 en salle | 1h 59min | Aventure, Drame, Thriller
De Ridley Scott |
Par Mark L. Smith, Christopher Wilkinson
Avec Jacob Elordi, Margaret Qualley, Josh Brolin
Parler de l’Apocalypse avec un ton de Western, audace ou facilité de style ?
À l’origine, The Dog Stars est l’adaptation de La Constellation du chien, roman de Peter Heller paru en août 2012, dont Mark L. Smith écrit l’adaptation avant que Ridley Scott ne s’empare du projet. Ce qui intrigue, c’est ce déplacement du post-apocalyptique vers le Western, comme si la fin de notre civilisation ramenait mécaniquement l’Amérique à ses mythes fondateurs. Territoire à défendre, communautés isolées, armes, grands espaces, loi devenue individuelle, Hig dans son Cessna remplace finalement le cavalier surveillant l’horizon. Bangley, ancien Marine survivaliste, pousse encore cette logique : puisque l’État et ses règles ont disparu, chacun reconstruit son propre code moral.
L’idée est audacieuse visuellement, moins dans son principe. Le cinéma post-apocalyptique emprunte depuis longtemps au Western, précisément parce que les deux genres posent une même question anthropologique : que devient une société lorsque l’institution ne protège plus personne ? The Dog Stars assume cette filiation sans transformer son monde en désert stérile. Ses paysages restent bucoliques, presque sereins, tandis que la violence demeure possible. C’est peut-être là que le choix devient réellement intéressant : l’Apocalypse n’est plus la fin du monde, mais le retour brutal vers une forme de frontière américaine.
La dystopie comme mise à l’épreuve de l’Humanité
La dystopie possède cette faculté presque philosophique de retirer progressivement à l’Homme tout ce qui organisait son existence, afin d’observer ce qu’il reste lorsque disparaissent le confort, les institutions et parfois même l’espérance. Le dernier film de Ridley Scott s’inscrit pleinement dans cette tradition, avec une interrogation morale assez classique en apparence, beaucoup moins évidente dans son application : pour survivre durablement, suffit-il de rester vivant ou faut-il encore choisir le Bien ? Hig conserve justement une capacité d’empathie malgré le traumatisme, tandis que Bangley transforme davantage sa souffrance en colère, en contrôle et en hypervigilance. Deux mécanismes psychologiques face au même effondrement, qui évitent cependant d’opposer naïvement le gentil au méchant.
Car le film pose surtout la survie comme un problème collectif. Aaron maintient auprès des Mennonites des valeurs d’honnêteté, de dignité et de bonté, dans un environnement où celles-ci pourraient sembler presque dysfonctionnelles puisqu’elles supposent de faire confiance à autrui. Pourtant, cette communauté fonctionne. C’est ici que la dystopie rejoint une réflexion anthropologique assez ancienne : l’Homme peut survivre momentanément par la prédation, la méfiance ou la force, il ne peut reconstruire une société uniquement avec elles. Le Bien cesse alors d’être seulement une vertu morale, il devient une compétence sociale, presque une stratégie adaptative.
The Dog Stars est finalement plus intéressant lorsqu’il confronte ces comportements que lorsqu’il expose la catastrophe elle-même. Hig cherche encore des traces humaines et accepte l’altérité, Cima conserve la possibilité d’imaginer un avenir malgré les pertes, Aaron protège le collectif. La question n’est plus seulement de savoir qui survivra à l’Apocalypse, mais quelle forme d’Humanité mérite réellement de lui survivre.
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