D’où vient le vent : un road trip poétique sur la jeunesse en quête de rêves, de liberté et d’une place dans ce monde.

En Tunisie, deux amis prennent la route pour poursuivre un rêve qui semble inaccessible. Entre désir d’ailleurs et attachement à leur terre, le voyage devient une quête intime vers la liberté.

Alyssa (Eya Bellagha) et Medhi (Slim Baccar) vivent à Tunis et partagent les mêmes interrogations sur leur avenir dans un pays où les perspectives paraissent parfois étroites. Lorsqu’Alyssa découvre un concours permettant de décrocher une résidence artistique en Europe, elle décide de s’y présenter. Convaincue que son ami possède lui aussi un talent à défendre, elle l’entraîne dans une aventure improvisée à travers le pays. Leur destination est simple, rejoindre Djerba où se déroule la sélection. Pourtant, derrière ce trajet de cinq cents kilomètres se cache un voyage bien plus profond, celui de deux jeunes adultes qui cherchent leur place entre espoir, désillusion, attachement aux racines et désir de réinventer leur destin.

D’où vient le vent : Photo Eya Bellagha, Slim Baccar © L’Atelier Distribution

Rêver en grand pour ne pas être comme ceux qui n’ont plus rien

Le film a une certaine poésie et nous rappelle l’importance du droit de rêver, la plus belle richesse et dernière liberté des hommes. Le duo de comédiens fonctionne à merveille, la réalisation est un peu candide, mais apporte un roadtrip qui nous rappelle combien notre vie dépend des choix et des audaces que l’on se permet.

Cette idée traverse tout le récit. Dans un monde où l’avenir semble souvent se réduire à des trajectoires prédéfinies, chacun des personnages tente de préserver un espace intérieur qui échappe encore aux contraintes économiques, sociales ou administratives. La question n’est pas seulement de savoir où aller, mais quelle vision du monde l’on accepte de conserver. Pour beaucoup, l’existence devient rapidement un calcul pragmatique. Trouver un emploi stable, accepter la voie la plus raisonnable, choisir entre devenir chauffeur ou informaticien, puis avancer sans trop regarder l’horizon. Rien de honteux dans cette réalité, mais le film interroge ce qui se produit lorsque les rêves disparaissent totalement du paysage mental.

Medhi refuse précisément cette réduction du réel. Son regard transforme les éléments les plus ordinaires en matière poétique. Là où d’autres voient simplement une étendue de sable, il imagine le cœur de la terre qui continue de battre sous la surface. Là où souffle une brise, il cherche l’origine du vent. Les étoiles ne sont pas seulement des corps célestes, elles deviennent des phares rappelant aux hommes leur petitesse dans l’immensité de l’univers. Cette manière de percevoir le monde n’est pas une fuite devant la réalité. Elle constitue au contraire une résistance silencieuse face au désenchantement.

Le voyage prend alors une dimension presque philosophique. Les kilomètres parcourus ne servent pas uniquement à rejoindre un concours ou une opportunité professionnelle. Ils permettent de préserver cette capacité à imaginer autre chose que ce qui est déjà écrit. Dans cette perspective, rêver devient un acte profondément politique et humain. Tant qu’un individu peut encore imaginer un ailleurs, un autre destin ou une autre version de lui-même, quelque chose demeure vivant. Le film rappelle ainsi que la pauvreté la plus profonde n’est pas toujours matérielle. Elle commence souvent lorsque l’on renonce à croire qu’une autre route reste possible.

Plonger sa main dans le sable et sentir le cœur de la terre battre entre ses doigts

Le voyage proposé par Amel Guellaty s’appuie constamment sur une relation sensible au territoire. Les paysages ne sont jamais de simples décors destinés à accompagner les personnages. Ils deviennent des partenaires silencieux de leur transformation intérieure. Les routes poussiéreuses, les étendues désertiques, les horizons ouverts et les villages traversés composent une géographie émotionnelle qui dialogue avec leurs états d’âme.

Cette relation à la nature passe largement par le regard de Medhi. Là où beaucoup percevraient uniquement des contraintes ou de l’aridité, lui continue de chercher des signes. Il contemple le monde avec une curiosité presque enfantine, mais jamais naïve. Son imagination lui permet d’établir des liens entre les éléments. Le sable n’est pas seulement une matière, il devient une mémoire ancienne. Le vent n’est pas une simple circulation d’air, mais une force qui relie les territoires, les générations et les rêves. Quant au ciel nocturne, il rappelle constamment que les préoccupations humaines occupent une place infime dans l’ordre du cosmos.

Cette approche donne au film une tonalité singulière. La jeunesse représentée ici ne se résume ni à la colère ni à la résignation. Elle oscille entre lucidité et aspiration. Les personnages connaissent les obstacles qui se dressent devant eux, les limites économiques, les désillusions politiques ou les compromis imposés par le quotidien. Pourtant, ils continuent de chercher des espaces où leur imagination peut encore respirer.

À travers cette traversée du territoire tunisien, le récit suggère que la liberté ne dépend pas uniquement d’une destination ou d’une réussite sociale. Elle réside aussi dans la capacité à préserver une forme d’émerveillement. Pouvoir plonger sa main dans le sable et imaginer sentir le cœur de la terre battre entre ses doigts relève peut-être de la poésie, mais c’est précisément cette poésie qui empêche les personnages de devenir prisonniers d’une existence entièrement dictée par les circonstances. Le film défend alors une idée simple et profondément humaniste, celle selon laquelle les hommes restent libres tant qu’ils conservent le pouvoir de rêver le monde autrement.

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Note : 5 sur 5.

15 juillet 2026 en salle | 1h 40min | Comédie dramatique
De Amel Guellaty | 
Par Amel Guellaty
Avec Eya Bellagha, Slim Baccar, Sondos Belhassen
Titre original Tunis-Djerba


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