Slalom de Charlène Favier : Itinéraire d’un rêve v(i)olé


Avant-Propos

Durant un long moment nous avons essayé de ne pas utiliser le mot viol dans cette review, car nous avions qu’une grande majorité des médias allaient purement analyser cet aspect du film. Cependant, il est difficile de ne pas le faire.

Le film a été vu à l’occasion de l’ouverture du Festival Francophonie métissée #FFM29. Une soirée particulière, entre incertitude et triomphe : nous étions dans une petite salle du Centre de la Wallonie à Paris, les festivités semblaient étranges, notre équipe venait d’apprendre l’annulation de Paris Manga et Comic Con 2020, et cette projection venait en période de rush intense des sorties cinémas. Avec près de 50 projections sur 40 jours, nous n’avions qu’une idée en tête, partager un maximum notre amour du cinéma, et ne pas manquer une miette de cette liberté.

Slalom

Itinéraire d’un rêve violé – Itinéraire d’un rêve volé

Dans cette partie, nous abordons plus l’aspect du vol et du viol. Le film montre le quotidien de jeunes sportives aspirantes à devenir des championnes en équipe nationale. Elles sont toutes entrainées et vivent les unes avec les autres. On remarque assez vite une disparité entre les différentes jeunes adolescentes : il y a celles qui ont les moyens et celles qui ne l’ont pas. Dans ce cas, la vie est très compliquée. Elles se battent contre elles-mêmes et contre les préjugés. Au milieu de cela, il y a un entraîneur rêvant d’avoir sa revanche sur la fédération, il veut tellement redevenir quelqu’un qu’il vole le rêve de sa jeune prodige et protégée. Il abuse d’elle à deux reprises par débordement. Il est excité par son talent, il est excité par celle qu’il sculpte sur mesure.

Cet être aussi détestable que perdu, n’a plus vraiment d’amour-propre. Il est devenu entraineur, car sa carrière est morte. Il est déchaîné à l’idée de retrouver la gloire, d’être enfin reconnu à sa juste valeur. Il y a un côté fantasme de réparation, mais comme dans tout transfert, il y a un moment où on va érotomaniser tout, c’est-à-dire un peu comme dans le cas d’une érotomanie, nous allons avoir une perception tronquée de notre rapport aux autres. Il n’est pas ici lieu du terme d’érotiser les choses, cela voudrait dire qu’on cherche à ajouter une dimension sexuelle à une situation ou un comportement. Ici, nous sommes bien dans une forme de réalité fantasmée, où le sujet pense être l’être le plus fort, le plus beau et le plus irrésistible.
Ce qui peut-être préjudiciable dans ce film, c’est que la mise en scène suggère une explication à l’abus de faiblesse, à l’abus d’autorité dans le monde du sport. Un sujet plus que jamais d’actualité, le mouvement MeToo a libéré de nombreuses victimes de la loi du silence.

Itinéraire d’un rêve brisé :

Si l’héroïne ne dit rien, c’est qu’elle ne le peut pas. Elle est en fin d’année, elle est dans une situation précaire aussi bien matériellement qu’émotionnellement. Parler, c’est tout perdre.


Ce film est l’Itinéraire d’un rêve brisé. Il met en scène quelqu’un a la famille disloquée, avec un père fantôme et une mère absente physiquement, qui progressivement va se faire éloigner de la vie de sa fille. A plusieurs reprises les impératifs de sa vie professionnelle sont mis en avant, et explique cette coupure de communication et peu à peu ce fossé entre ces deux femmes.

Ici, on a également la mise en avant de cette volonté de bien faire, la mère travaille pour permettre à sa fille de réaliser son rêve, sa fille s’éloigne pour que sa mère puisse se reconstruire. Puis, il y a ce nouveau poste à Marseille, ainsi qu’un renouveau dans sa vie sentimentale. Ce renouveau vient condamner la place vacante du père fantôme. Et elle va mettre en priorité cette nouvelle relation. Il y a des excuses toute faite «De toute façon tu n’es libre que 3 jours pour les fêtes», la réaction de la jeune fille est forte, elle sort de la voiture et commence à mettre une barrière signifiante dans la communication avec sa mère. Jusqu’à présent, il y avait un minimum d’échange, mais les choses changent, elle sait que sa mère est loin et traduit ce comportement comme un abandon.

Itinéraire d’une première fois volé

L’héroïne est fragile. Elle est dans une recherche permanente d’affection, et elle a besoin que quelqu’un croit en elle. Quand cet entraineur dur et protecteur commence à lui parler, à faire ce que sa famille aurait dû faire lors de ses premières règles, elle se sent protégée et rassurée. Elle ne l’aime pas, elle aime l’idée d’être protégée et qu’on prenne soin d’elle.
Fred (Jérémie Renier) est quelqu’un de brisé, il ne peut pas aimer, car il a trop de choses à prouver, il détruit tout ce qu’il touche. Il commet à deux reprises des choses qu’il n’aurait jamais dû commettre.
L’idéal aurait été qu’il démissionne après son premier « écart » dans la voiture –lorsqu’il force Lyz (Noée Abita) à le masturber–, mais il est tellement aveuglé par cette quête de gloire, qu’il ne voit pas qu’il a franchi la zone noire.

Finalement, en poursuivant sur ce chemin miné, il va tout perdre et détruire une vie.
Cette héroïne est en miette au début du film, mais il y a encore un peu d’espoir, il y a encore du rêve et de l’innocence. Cela se traduit par une photographie plus claire, avec des images douces, mais à partir de la scène de la voiture la photographie va progressivement devenir plus crue. Et cette duretée visuelle sera à son comble à partir de la scène du second viol filmée et montée d’une manière brutale, non pas par la violence des mouvements de caméra, mais par le choix de filmer en série de plans fixes la destruction de l’héroïne, avec une musique quasi absente et laissant le spectateur se focaliser sur un homme de dos et une victime regard face caméra.

Slalom jérémie renier
Un film presque autobiographique

En interview Charlène Favier évoque la genèse du film, mais aussi de son passé dans le sport, où elle a été victime comme beaucoup de femmes de violences sexuelles. Comme de nombreuses victimes, elle a intériorisé cela, mis sous silence et a construit sa vie professionnelle avec cette blessure. La création est en quelque sorte un moyen de se dépasser et d’être maitre de son propre univers.

Pourtant, elle avoue n’avoir jamais songé écrire un film sur ce sujet, car il était enfoui au plus profond d’elle. «Pourtant, la nécessité de dénonciation a fait son chemin pour finalement éclore sur les bancs de la FEMIS où j’ai écrit les premiers lignes de ce scénario. Mais là encore, je ne m’autorisais pas à affirmer l’aspect autobiographique du projet. Car ma véritable histoire n’était pas dans le ski. Lyz n’est pas moi, ni sa famille la mienne, ni Fred mon agresseur».

Oui, ce film est personnel, oui il y a en quelque sorte une catharsis cinématographique, mais il repositionne le rôle de l’artiste au sein de la société. L’artiste a un devoir de moral et de conviction et par ce film, la réalisatrice interpelle le public et la société en montrant ce qui existe. Le film n’est pas uniquement un film sur les violences sexuelles dans le monde du sport, c’est surtout un film où l’on dénonce la machine à broyer du sport, un monde où le quotidien n’est que d’entraînements et de championnats.

Lyz, 15 ans vient d’intégrer une prestigieuse section ski-études du lycée de Bourg-Saint-Maurice. Fred, ex-champion et désormais entraîneur, a décidé de tout miser sur sa nouvelle recrue. Lyz, galvanisée par le soutien de Fred, s’investit à corps perdu et va de succès en succès. Lyz bascule sous l’emprise absolue de Fred. L’énergie explosive de l’adolescence donnera-t-elle à Lyz la force de regagner sa liberté ?

Crédits photo du film © Mille et une Productions / Charlie Bus Production- via le distributeur jour2fete.com

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