Lady Bird, de Greta Gerwig, confronte le désir d’émancipation d’une adolescente aux réalités familiales, sociales et économiques.
À Sacramento en 2002, Christine « Lady Bird » McPherson (Saoirse Ronan) termine le lycée avec une obsession : partir étudier sur la côte Est et échapper à une ville qu’elle juge trop petite pour ses ambitions. À la maison, ses rêves se heurtent à Marion (Laurie Metcalf), sa mère, infirmière au caractère frontal, tandis que Larry (Tracy Letts), son père, vient de perdre son emploi. Entre amitiés, premières relations amoureuses, mensonges sur sa condition sociale et désir d’université, Lady Bird expérimente une liberté nouvelle sans encore mesurer ce qu’elle coûte, ni ce qu’elle oblige à abandonner.
Grandir, c’est aussi apprendre à regarder ce que l’on voulait quitter
Lady Bird est un film sur la recherche de soi et sur les relations avec autrui. Le personnage principal essaie de trouver sa place dans ce monde veut plaire, veut que sa mère lui dise qu’elle lui plaît et essaie d’être ce qu’elle aspire au plus profond d’elle-même. Ce film se passe durant la transition entre le lycée et l’université, aux États-Unis cette transition est beaucoup plus violente qu’en France. Dans ce pays qui est immense qui représente pratiquement un continent, le moment de l’université est l’instant où beaucoup de d’amitié se sépare, se termine ou débute. En effet, on peut prendre l’exemple de la série How I Met Your Mother où durant cette phase de changement les personnages de Ted et de Marshall vont se rencontrer et former l’une des plus grandes amitiés de l’imagerie de la culture pop et des séries.
Lady Bird est un film lent, un film sur le devenir, un film sur la construction de soi. Il y a cette question dans le film qui arrive vers la fin et qui résume parfaitement l’ensemble de la trame: Pourquoi est-il si difficile de croire en Dieu lorsque l’on né avec un nom qui a été choisi pour nous, on accepte bien ce non que l’on n’a pas choisi, alors pourquoi est-ce si difficile d’accepter l’existence d’un dieu ?
Ce film se construit en trois temps le premier temps est celui de la colère et de l’envie. Le second temps et celui des expériences, dans cette période-là le personnage va faire des expériences et commettre beaucoup d’erreurs. Le tout dernier temps est celui de l’acceptation, de la compréhension du monde et des autres. Ce temps-là est le temps qui arrive à la toute fin du film, c’est le moment où le personnage se rend compte qu’elle aime ses parents qu’elle aime le monde où elle a grandi qu’elle aime sa ville où elle a grandi, qu’elle aime les petits trucs qui lui semblaient sans importance! Elle aime les paysages qu’elle avait parcouru plusieurs fois sans y faire attention, oui elle aime le trou paumé d’où elle vient. Durant la période numéro 2 le personnage n’a pas conscience qu’elle aime tout cela, ou tout simplement elle est si en colère et obsédée par l’idée de quitter ce trou, qu’elle ne se rend pas compte de la chance qu’elle a, contrairement à l’une de ses camarades de transition qui vit dans une belle villa avec domestique, qui lui répond « je ne veux pas quitter cette ville, je veux devenir mère au foyer » un choc par rapport à Lady Bird qui aspire à une seule chose quitter cette ville pour une ville plus culturelle comme New York. L’une de ses profs lui dit avec admiration dissimulée «Votre dissertation est merveilleuse, seule une personne qui aime vraiment cette ville peut écrire une chose pareille.», Lady Bird avec une modestie mal placée ou simplement aveuglée par ses désirs lui répond «J’ai simplement observé et je m’y suis appliqué». Elle ne veut pas avouer ou s’avouer qu’elle aime cet endroit, car avouer cela serait renoncer à son rêve de voyager et de partir.

Le paradoxe entre la liberté, les rêves et la réalité
Dans Lady Bird, la liberté existe d’abord comme une projection. Christine veut New York, une université prestigieuse, une maison plus belle, des relations amoureuses capables de transformer son quotidien. Elle ne rêve pas seulement d’une autre vie, elle imagine qu’un changement de décor suffira à produire une autre version d’elle-même. Son surnom participe déjà de cette logique : se nommer « Lady Bird », c’est prendre symboliquement possession d’une identité que personne n’a choisie à sa place. Pourtant, le film confronte constamment cette volonté d’autodétermination à une réalité beaucoup moins malléable. On peut choisir son nom, ses fréquentations ou ses aspirations, mais pas le revenu de ses parents, son milieu social, ni les possibilités matérielles qui déterminent en partie l’accès aux études. Sa famille connaît de véritables difficultés financières et la perte d’emploi de Larry fragilise encore davantage cet équilibre.
C’est ici que le rêve américain devient presque cruel. Lady Bird grandit dans une société qui lui apprend qu’elle peut devenir ce qu’elle désire, tout en lui rappelant quotidiennement que les individus ne disposent pas des mêmes moyens pour accomplir leurs désirs. Cette contradiction produit chez elle une honte sociale. Elle observe les grandes maisons, ment sur l’endroit où elle habite et se rapproche momentanément d’un univers plus favorisé comme si l’intégration à ce groupe pouvait abolir son origine. L’argent devient ainsi autre chose qu’une donnée économique : il agit sur la représentation de soi. À l’adolescence, période où l’identité dépend fortement du regard des pairs, posséder certains vêtements, fréquenter certaines personnes ou habiter certains quartiers permet de fabriquer les signes extérieurs d’une existence désirable. Lady Bird éprouve simultanément de l’attirance et du rejet pour ces marqueurs sociaux, précisément parce qu’elle comprend leur superficialité sans parvenir à échapper à leur pouvoir.
Le film évite pourtant de punir son désir de partir. Rester à Sacramento ne constituerait pas davantage une victoire que rejoindre New York. C’est l’une de ses nuances les plus intéressantes : devenir adulte ne signifie pas renoncer à ses rêves pour accepter docilement la réalité, mais comprendre ce que ces rêves peuvent réellement changer. L’université n’efface ni l’origine sociale, ni la famille, ni l’enfance. Miguel et Shelly incarnent d’ailleurs une possibilité moins rassurante de l’âge adulte : les études supérieures n’ont pas automatiquement produit l’indépendance promise. La trajectoire sociale n’est pas une ligne droite. Lady Bird obtient finalement ce départ qu’elle désirait tant et découvre alors quelque chose qu’elle ne pouvait comprendre depuis Sacramento : la distance géographique ne suffit pas à créer une identité nouvelle. Elle peut partir sans cesser d’appartenir à ce qu’elle quitte. C’est peut-être là que sa liberté devient enfin réelle, lorsqu’elle n’a plus besoin de renier son passé pour imaginer son avenir.

Ce film est une comédie sociale mais également une comédie philosophique. En effet, bien souvent on essaye d’avoir quelque chose d’autre alors que tout ce qui pourrait nous faire plaisir est à portée de main.
Saoirse Ronan, une révélation aux côtés d’un certain Timothée Chalamet
Le projet du film prend forme durant plusieurs années d’écriture autour de Sacramento, de l’adolescence et surtout de ce moment étrange où l’on rêve de partir avant même de savoir ce que l’on va réellement quitter. Greta Gerwig ne raconte pourtant pas directement sa jeunesse, les événements sont fictifs. Ce sont davantage les émotions liées à la famille, aux origines et au départ qui viennent nourrir Lady Bird. Le film possède ainsi quelque chose d’intime sans véritablement devenir autobiographique.
Déjà remarquée avant ce film, Saoirse Ronan trouve avec Christine un personnage qui va définitivement l’installer parmi les grandes comédiennes de sa génération. La rencontre avec Greta Gerwig se déroule au Festival de Toronto en 2015 et une simple lecture du scénario suffit pour que le personnage prenne vie. Face à elle, on retrouve également un certain Timothée Chalamet, encore au début de son ascension. Il incarne Kyle, ce garçon sur lequel Lady Bird projette beaucoup plus que ce qu’il est réellement. Deux jeunes acteurs qui vont connaître presque simultanément une explosion internationale, elle avec Lady Bird, lui avec Call Me by Your Name.
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2 réflexions sur “Lady Bird, un oiseau qui sort de sa cage”