Dans Où vont les âmes, Brigitte Poupart explore la fin de vie et les blessures familiales, portée par une Sara Montpetit d’une maturité saisissante.
À 18 ans, Anna (Sara Montpetit) demande l’aide médicale à mourir. Il lui reste quinze jours pour retrouver ses deux demi-sœurs, Ève (Monia Chokri) et Éléonore (Julianne Côté), dont elle est séparée depuis le procès de leur père, quatre ans plus tôt. Entre rancœurs, traumatismes et souvenirs d’une famille déchirée, les retrouvailles font ressurgir des sentiments contradictoires. Aux côtés de Stéphanie (Sylvie Testud), la mère d’Anna, chacune doit affronter ce passé douloureux, alors que le temps leur manque pour se comprendre, se pardonner ou simplement apprendre à se dire adieu.
La fin de vie, ou choisir comment partir dignement
Elle a toujours surpris les spectateurs dans ses différents rôles, là c’est celui de la maturité. Naturel, sans triche. On se laisse piéger par la tristesse de cette histoire.
« Le corps n’est qu’un véhicule, par contre je ne sais pas où vont les âmes ?!» exprime Eve. Une sœur discrète, renfermée sur elle-même et ne voulant pas s’investir dans les derniers jours de sa petite sœur. Le film arrive à saisir la problématique des sentiments contradictoires au moment de la perte d’un être cher. Malgré tout, la réalisation donne une dimension poétique au film.
La scène d’adieu avec la jument Joséphine, les passages avec le ballon rouge, qui s’élance dans le ciel. Tout le film dessine un quotidien autour de la souffrance et un combat pour conserver avec dignité ses derniers instants de vie.
La décision d’Anna confronte ses proches à une forme de deuil anticipé, où chacun doit accepter une disparition qui n’a pas encore eu lieu. Cette temporalité particulière bouleverse les rapports familiaux, car accompagner une personne en fin de vie ne signifie pas nécessairement approuver son choix. Le film explore cette contradiction sans chercher à départager les sentiments légitimes et ceux qui seraient moralement condamnables. La colère, le refus et l’évitement deviennent autant de mécanismes de défense face à une réalité que personne ne peut véritablement maîtriser.
À cette souffrance s’ajoute le poids d’un héritage familial marqué par les violences du père. Les trois sœurs ne partagent ni les mêmes souvenirs ni la même perception de sa culpabilité. Cette fracture rend leurs retrouvailles particulièrement difficiles, puisque la maladie ne suffit pas à effacer les traumatismes. Sara Montpetit incarne alors une jeune femme dont la maturité ne tient pas à une sagesse artificielle, mais à cette manière de continuer à exister et à décider malgré l’épuisement physique. À 18 ans, Anna réclame une autonomie que son entourage peine encore à lui reconnaître.

La poésie, des larmes et un corps usé
Ici, la poésie repose sur un contraste entre la fragilité du corps et la permanence du monde extérieur. La nature continue d’exister, indifférente à la disparition annoncée d’Anna. L’eau, les paysages et les variations météorologiques accompagnent cette sensation d’un temps qui avance sans attendre les personnages. Cette opposition donne aux images une mélancolie particulière, où la beauté ne vient jamais annuler la violence de ce qui se prépare.
Les larmes prennent une autre dimension lorsqu’elles ne sont plus uniquement associées à la tristesse.
Le corps d’Anna devient progressivement le territoire d’une lutte entre le désir de vivre certaines expériences et l’impossibilité physique de les prolonger. Sara Montpetit traduit cet épuisement par une interprétation retenue, où la vulnérabilité ne supprime jamais la personnalité de son personnage. Le spectateur observe une jeune femme qui cherche encore à conserver une emprise sur son quotidien, alors même que ses capacités diminuent.
Les larmes prennent une autre dimension lorsqu’elles ne sont plus uniquement associées à la tristesse. Elles accompagnent aussi l’impuissance, la culpabilité et parfois la difficulté d’exprimer une affection longtemps empêchée. La musique et les silences prolongent ces émotions sans nécessairement les expliquer. Le film laisse ainsi une place importante à ce qui demeure impossible à formuler entre les membres d’une même famille.

La sortie du film intervient dans un contexte où la représentation de l’aide médicale à mourir reste particulièrement sensible. Le regard porté sur Anna pourrait alimenter une discussion sur la place accordée à la parole des jeunes adultes gravement malades dans les récits de fiction. Comment le public français accueillera cette histoire québécoise, dont le cadre médical et juridique ne correspond pas forcément à sa propre réalité ?
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14 octobre 2026 en salle | 2h 01min | Drame
De Brigitte Poupart | Par Brigitte Poupart
Avec Monia Chokri, Sara Montpetit, Julianne Côté
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