Martyrs de Pascal Laugier sort en édition 4K UHD et Blu-Ray, l’heure des nuits d’insomnie a sonné !

Martyrs de Pascal Laugier revient en 4K UHD et Blu-ray, l’occasion de replonger dans l’un des chocs du cinéma d’horreur français.

France, début des années 70. Lucie, dix ans, est retrouvée après plusieurs mois de disparition, traumatisée et incapable d’expliquer ce qu’elle a subi. À l’hôpital, elle se lie à Anna. Quinze ans plus tard, Lucie (Mylène Jampanoï) croit reconnaître ses anciens bourreaux derrière l’apparence d’une famille ordinaire et revient, fusil en main, régler ses comptes. Anna (Morjana Alaoui) la rejoint. Ce qui ressemble d’abord à une vengeance va progressivement les entraîner vers une horreur autrement plus méthodique, où la souffrance devient un moyen et non une finalité.

Une femme avec des cheveux longs et mouillés, le visage marqué par des taches de sang, semble effrayée et inquiète, se tenant devant une surface métallique tandis qu'une main s'approche d'elle.

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Un film de genre maîtrisé

Martyrs ne cherche pas seulement à faire peur, il cherche l’inconfort, celui qui reste après le générique et vient gratter quelque part entre l’estomac et la conscience. Le film change plusieurs fois de nature sans véritablement prévenir. Vengeance, trauma, irruption presque fantastique d’une créature, enfermement, torture ritualisée : chaque fois que le spectateur pense avoir compris les règles, le sol bouge. Cette instabilité n’est pas gratuite. Elle reproduit quelque chose de l’expérience traumatique de Lucie, où le réel ne possède plus de frontière suffisamment solide pour séparer ce qui existe, ce qui revient et ce que le psychisme fabrique pour donner une forme à l’insupportable. Le dossier d’époque décrit d’ailleurs explicitement cette succession de registres, du film de vengeance au monstre, du fantastique au thriller.

Un film qui nous a cloué dans notre fauteuil, qui nous a fait frissonner et frémir la nuit. Cette sortie BR de qualité va permettre de s’amuser à se faire peur, encore ! Et pourtant, le plaisir devient vite franchement malsain, car Martyrs retire progressivement au spectateur les mécanismes habituels de protection du cinéma d’horreur. La violence ne fonctionne plus seulement comme menace, puis décharge émotionnelle. Elle dure. Elle épuise. Le corps devient le lieu concret d’une domination et Anna cesse peu à peu d’être seulement un personnage auquel s’identifier pour devenir un corps que l’on regarde subir. C’est là que le film est redoutable : l’empathie se retrouve prise au piège. Lucie transforme sa souffrance en violence, Anna tente d’abord de réparer ce que son amie détruit, puis une organisation transforme méthodiquement la souffrance humaine en protocole. Le bourreau et la victime ne cessent ainsi de changer de place, jusqu’à rendre la vieille mécanique morale du genre presque inutilisable.

Le gore possède alors une fonction beaucoup plus dérangeante que l’accumulation graphique. Il empêche la douleur de devenir abstraite. Les effets physiques, les blessures, la fatigue des corps et cette matière organique omniprésente produisent une saturation sensorielle où regarder devient progressivement difficile. Et c’est précisément là que Martyrs conserve, près de vingt ans plus tard, sa brutalité. On peut détester l’expérience, la trouver excessive, même insupportable. Difficile en revanche de prétendre qu’elle ne produit rien. Le film vous demande combien de temps vous êtes encore disposé à regarder lorsque la curiosité narrative qui vous maintenait devant l’écran n’est plus tout à fait confortable.

La France et son cinéma d’horreur

En France, le cinéma d’horreur entretient depuis longtemps une relation assez étrange avec son propre pays. Il existe, parfois brillamment, tout en restant périphérique face à une tradition nationale qui légitime plus facilement le drame, la comédie ou le cinéma d’auteur. Martyrs appartient pourtant à cette poussée particulièrement féconde des années 2000, aux côtés de Haute Tension, À l’intérieur ou Frontière(s). Des films français qui cessent de demander poliment l’autorisation d’utiliser les codes du genre et travaillent frontalement le corps, la peur, la mutilation, l’enfermement. Le document d’époque montre d’ailleurs combien cette appartenance au cinéma de genre restait chargée de préjugés professionnels, certains rôles ayant été refusés notamment en raison de la violence du projet et de l’image attachée à ce registre.

Martyrs va toutefois chercher quelque chose d’encore plus inconfortable. L’horreur n’y vient pas d’un ailleurs folklorique, d’une maison maudite ou d’une créature extérieure à l’humanité. Elle prend la forme d’une organisation humaine, hiérarchisée, méthodique, presque administrative, capable de transformer le supplice en procédure. Voilà peut-être ce qui demeure le plus français dans sa noirceur : derrière le déchaînement gore apparaît une interrogation presque philosophique sur la souffrance, la mort et la possibilité d’un après. Le corps devient un objet d’expérimentation métaphysique. Le spectateur, lui, n’a plus le confort de considérer les sévices comme un simple spectacle horrifique, il assiste à une rationalisation de la barbarie. Le cinéma français de genre peut alors rejoindre les sciences humaines par une drôle de porte, particulièrement sanglante, certes, mais terriblement efficace : une institution devient monstrueuse précisément parce que ses membres ne semblent plus avoir besoin de l’être individuellement. Le film laisse ainsi derrière lui moins un monstre qu’un système.

L’édition 4K nous réserve du contenus comme on n’en fait plus à l’heure d’internet !

Le 23 octobre, Martyrs reviendra surtout dans des conditions permettant de mesurer ce qu’il reste de ce choc après près de vingt ans. Cette édition collector proposera pour la première fois en France le film en 4K UHD, à partir d’une restauration 4K réalisée en 2025 depuis le négatif original, accompagnée du Blu-ray et de plus de six heures de suppléments.

Le film en 4K UHD pour la toute première fois en France, à partir d’une superbe restauration 4K flambant neuve, accompagnée de nombreux suppléments inédits et d’images d’archives.

• Édition double incluant à la fois le disque UHD et le disque Blu-ray.
• Image restaurée au format Blu-ray 4K (2160p) UHD avec encodage Dolby Vision HDR (compatible HDR10).
• Piste audio française restaurée en DTS-HD Master Audio avec options 5.1 et stéréo.
• Édition limitée (format Coverpak), illustrée par un dessin original de Andreea Mateiu du studio Les Aliens.

Liste des bonus inclus dans les éditions UHD et BRD d'un film, avec des analyses, interviews et documentaires liés à la production.

Reste désormais une question autrement intéressante : comment une nouvelle génération de spectateurs recevra-t-elle un film devenu culte sans avoir vécu le scandale et le contexte de sa sortie ?

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