Mārama, un film gothique révélant le talent de Taratoa Stappard et de l’actrice Ariāna Osborne.

Dans l’Angleterre victorienne de 1859, Mārama de Taratoa Stappard s’impose comme un récit gothique singulier, où l’histoire coloniale rencontre une quête intime d’identité. Entre mémoire enfouie et visions troublantes, le film explore une lutte intérieure autant que culturelle.

Mary Stevens (Ariāna Osborne), une femme māorie en quête de ses origines, arrive dans le manoir isolé de Hawkser, au cœur du Yorkshire du Nord. Très vite, les lieux révèlent une présence ancienne, presque organique, où visions et apparitions s’imposent à elle. Entre Jack Fenton (Erroll Shand), figure ambiguë liée à ce passé trouble, et Sir Nathaniel Cole (Toby Stephens), incarnation d’une autorité coloniale rigide, Mary se retrouve prise dans un engrenage où mémoire, violence et héritage se confondent. Ce voyage devient alors une confrontation directe avec une histoire occultée et une identité fragmentée.

Mārama: Ariāna Osborne © Grindhouse Paradise Pictures

Une lutte contre les non-dits, l’appropriation culturelle et la voix des ancêtres

Le cœur de Mārama repose sur une tension profonde entre ce qui est nommé et ce qui a été effacé. La colonisation ne s’est pas contentée de prendre des terres, elle a imposé des mots, des langues, des cadres de pensée. Dans ce contexte, le nom devient un outil de domination. Mary Stevens n’est pas seulement une identité, c’est déjà une transformation, une adaptation forcée à un monde qui a redéfini jusqu’à la manière de se présenter. Derrière ce nom, il y a une origine que le récit s’emploie à faire remonter à la surface, lentement, presque douloureusement.

L’appropriation culturelle, ici, n’est jamais abstraite. Elle s’incarne dans des corps, des gestes, des symboles déplacés. Le film montre comment certaines pratiques māories, comme les tatouages ou les expressions culturelles, ont été arrachées à leur sens pour être recontextualisées dans un regard colonial. Cette violence n’est pas spectaculaire, elle est insidieuse, elle s’inscrit dans le quotidien, dans les regards, dans les rapports de pouvoir. Le manoir devient alors un espace symbolique, presque un théâtre figé où l’identité autochtone est observée, jugée, contenue.

Face à cela, la réponse du film passe par la reconquête. Elle n’est pas immédiate, elle ne relève pas d’un simple sursaut. Elle s’ancre dans une mémoire plus ancienne, celle des tūpuna, les ancêtres. La voix devient un élément central. Elle n’est pas uniquement un outil d’expression, elle est une transmission. Lors du haka, moment charnière évoqué dans le récit, cette voix se transforme en force brute, en présence héritée. Ce n’est plus Mary seule qui parle, mais une lignée entière qui s’exprime à travers elle.

Cette dimension héréditaire de la puissance est essentielle. Elle vient frontalement contredire la logique coloniale qui réduit l’individu à un statut social ou à une place assignée. Ici, la force ne vient pas de l’extérieur, ni d’un apprentissage imposé, elle existe déjà, enfouie. Le parcours du personnage consiste alors à lever les couches de silence, à accepter cette part de soi longtemps niée. Ce mouvement est à la fois intime et politique. Il engage une réappropriation du corps, du langage, et surtout de l’histoire.

Mārama ne se contente pas de raconter une vengeance. Il propose une réflexion plus large sur la manière dont une culture peut survivre, se transformer, et finalement reprendre la parole. La voix des ancêtres n’est pas une métaphore, elle est une continuité. Elle traverse le temps, elle résiste, et elle finit toujours par se faire entendre.

Mārama: Ariāna Osborne © Grindhouse Paradise Pictures

Un film esthétiquement fort.

Un film d’ambiance, où la photographie proche d’un lut flat profile nous emporte dans un récit sur la reconstruction du lien avec son passé et ses origines. On a un côté presque animiste dans ce récit de revenant, où les fantômes hantent les corps, les lieux et les esprits de leurs descendants.

Le début fait énormément penser à Nosferatu ou Dracula : un cocher refuse d’aller plus loin. Puis on a progressivement un cheminement où les origines maoris, qui n’étaient qu’une part de soi, vont progressivement dévorer tout le reste. On a quelque chose d’intense et spectaculaire, entre possession et catharsis.

Au-delà des ressemblances au début du film, il est un bijou gothique à lui seul. Par ailleurs, on soulignera la performance d’Ariāna Osborne, qui porte le film autant que la photographie et l’esthétique portent le récit.

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Note : 5 sur 5.

22 avril 2026 en salle | 1h 29min | Epouvante-horreur, Historique
De Taratoa Stappard | 
Par Taratoa Stappard
Avec Ariāna Osborne, Toby Stephens, Umi Myers


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