Chère Léa, quand l’amour s’en va


« Les histoires d’amour finissent mal en général », cette chanson des Rita Mitsouko lance un gros pavé dans la mare ! Les histoires d’amour ne se terminent pas toutes en happy end comme le souligne cette chanson, mais également énormément de films. L’amour dure trois ans, Une femme est une femme, Pierrot le fou… Il y a matière à comprendre que la communication entre les hommes et les femmes est une chose complexe et que beaucoup ont cherché à comprendre, sans jamais avoir trouvé de vraies réponses.

S’ajoute à cette liste le nouveau film de Jérôme Bonnell. Chère Léa suit un instant de vie de Jonas, un chef d’entreprise qui subit le déclin de son quotidien et vit difficilement sa rupture avec Léa, son ex petite amie.

Le bruit de la vie des autres

Entendre la vie des autres et rester spectateur autant que l’on est de la nôtre. C’est un peu comme cela que Jonas vit cette rupture difficile. Assis dans un café, il entend la vie des autres, découvre des épisodes qui en disent long et lui apprend beaucoup sur lui-même. Ces fragments d’existence révèlent beaucoup de la vie, mais paradoxalement on ne sait réellement rien des autres.

Les personnes ayant une routine quotidienne, allant au même café, à la même table le diront, ces lieux de passages sont les meilleurs endroits pour apprendre de la vie des gens. Un peu comme la caissière ou le barman qui écoute chaque jour la vie des autres, ce sont psychologues du quotidien.

Truffaut, Godard et les autres

On a beaucoup aimé l’aspect godarien et nouvelle vague de ce film : un homme perdu accroché à des (in)certitudes. Il avance dans le quotidien en essayant de s’en sortir et de comprendre comment fonctionne les femmes. Ici, deux femmes son ex-femme et son ex-copine une musicienne, prénommée Léa.

Il commence à écrire une lettre, une longue lettre qui transcrit ses maux et ses désirs pour la jeune femme du 3e en face. S’il écrit, c’est pour dire combien il va mal et combien il aime encore Léa. Le film peu à peu nous laisse sous-entendre à travers ces silences que cette histoire a déjà trop duré, qu’ils ont beau se connaitre par cœur, ils ne s’aiment plus. C’est le propre des histoires qui ont vu passer plusieurs ruptures : on s’accroche et on joue au funambule au-dessus des cassures.

Dans L’amour dure 3 ans, on évoque l’aspect sadique du SMS. Loin du texto sans charme, l’épistolaire est de retour, mais à sens unique. Une lettre ça s’envoie ou cela s’oublie. Quand décide-t-on réellement de poster une lettre ? On peut se retenir de le faire jusqu’au dernier moment. Jonas la postera-t-elle ?

La femme qui aimait les hommes ou L’homme qui aimait les femmes

« Elle m’a mise dans des états que je ne connaissais pas moi-même » : Léa a connu plusieurs hommes, elle les prend, les trouble. Quand Jonas rencontre un jeune homme aussi tourmenté qu’il l’est, il se prend un électrochoc. Lui aussi a vécu des choses troublantes qu’il ne pensait jamais pouvoir connaitre. Léa a tendance à prendre des hommes compliqués et en couple. On sent qu’il y a des longues tensions où l’homme est soumis à la contrainte du « Quitte ta femme, car je te t’aime ». Le hasard de la malchance est que lors qu’ils finissent par quitter leur femme, elle décide de mettre un terme à leur histoire. Un peu comme si la disponibilité d’un homme rendait plus concrète et plus sérieuse la relation.

Léa fait du mal à ces hommes, elle est entière, eux ils sont entre deux relations, l’une qui les accroches à une vie précédente et une nouvelle qui les fait revivre. On pourrait croire que ces hommes se sentent manipulé face à cette équation, mais non, ils comprennent tôt ou tard qu’ils ont manqué leur chance d’être heureux avec Léa. Du moins, il faut du temps pour accepter la situation. Jonas, il en a et n’en a pas vraiment. C’est probablement le regard des autres qui mène à des choix à la va vite ou salvateurs.

« Elle est un peu jeune pour vous » : Quand on aime, c’est parfois compliqué. Les autres ne comprennent pas forcément cet attachement. On peut penser que Jonas s’est marié trop tôt, qu’il manque d’expérience en dehors de son couple. Même si le film soulève des lieux communs, beaucoup restent pourtant vrai.

Quand on regarde ce barman, gérant du café-brasserie, il a une relation à distance et vit avec sa demi-sœur. Sa vie est elle-même compliquée et voit la lettre de Jonas comme un cadeau aux gens seuls ou souffrant de maux du cœur. Cette souffrance Jonas la trouve trop personnelle et ne veut pas la partager, si ce n’est à Léa.

Un homme en pause : l’homme face à la fatalité de la vie et de l’existence

Lire dans les lignes de la main de quelqu’un qui n’y croit pas, on finit toujours par lui imposer une réalité. La prédestination, le destin. Qui le fabrique ? Cet homme assis à un café qui attend quelqu’un ne laisse-t-il pas passer sa vie ? Ou bien justement, agit-il dans le bon sens que lui réserve l’univers.

Même si Jonas semble être un homme en pause. Il cherche à garder un contact avec les autres. Un café-brasserie est le lieu parfait. Son contact avec le monde est un téléphone, mais il ne sert qu’à répondre à des impératifs professionnels qu’il met de côté. Comme son alliance avec un escroc notoire, ce comportement surprend son ex-femme, qui essaie de lui rappeler la réalité. Elle voit qu’il va mal et sombre peu à peu. Ce dernier lui avoue qu’il va mal, mais qu’il en a conscience, «Je suis déjà en route vers le fond de moi-même ».

« Quand on est entièrement occupé par une chose, comme Jonas, tout nous rappelle ce que l’on vit » explique Jérôme Bonnell en interview. Il est vrai que rester assis à un café et regarder les gens, nous renvoie à nous même, mais d’une manière étrange. On va projeter nos états d’âmes sur la vie des autres.

Ce film souligne la fatalité du couple ; Il y a des grands gâchis dans la vie, quand on veut aimer quelqu’un, quand on veut son bonheur, on s’abime un peu. On s’oublie pour mieux aimer les autres (et se faire aimer par la même occasion) et peu à peu nous devenons l’ombre de nous-même.

Peu à peu, cet homme en pause va s’incruster dans la vie du propriétaire du café, lui demande les clés de chez lui dans l’espoir d’épier un peu plus de la vie de Léa. Cette pause dans sa vie l’épuise, il est un peu comme dans un « fenêtre sur cour d’Hitchcock ». Mais à un moment, il faut agir.

Ce n’est pas un huis-clos, ce n’est pas un film de la Nouvelle Vague au sens stricte. Beaucoup plus qu’un film de Godard, beaucoup plus qu’un film tragique sur le quotidien. Ce film de Jérôme Bonnell est singulier, car il prend la vie à bras le corps.

« Sommes-nous les jouets du destin » comme le chantait Brian Molko dans Protège-moi. Pour renforcer le réalisme, le hors champs et les non-dits ont un forte impacte émotionnel. Pour souligner l’universalité de l’histoire, les personnages ne possède pas de nom de famille : Léa, Jonas, Nino… Pas besoin de nom de famille, pas besoin de grands décors, nous sommes dans le vrai, l’entre deux et la perception du réel.

Crédit photo : Celine Nieszawer

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