Effacer l’Historique


Avec un casting alléchant et une bande annonce efficace, tout semblaient prometteur. A notre grande déception ce film ne répond pas aux attentes mises en place par la bande annonce. Une erreur ou un mauvais choix? Les différents extraits communiqués par l’équipe de promotion misaient sur le casting et le ton comique de certaines scènes. Le problème est là, une fois installés dans la salle, nous sommes perdus face à un film bien loin de la comédie promise.

Une comédie sociale avant tout

Le sujet du film parle d’un groupe d’amis vivant dans un même quartier. Même s’ils ont l’air soudé, ce ne fut pas toujours le cas, mais le mouvement des gilets jaunes les a rapproché. Malgré leur envie de s’en sortir et de vivre une vie sans traquas technologiques, ils se retrouvent piégés dans une société où tout prend du temps et tout semble partir dans une nébuleuse numérique.

L’histoire est inspirée d’une expérience personnelle de Gustave Kervern. Il voulait changer une latte cassée de son lit, mais le vendeur n’assurait pas le SAV et le renvoyait vers le constructeur suisse. En interview Gustave avoue qu’autour de lui il y a ce même constat, le tout numérique censé nous faciliter la vie nous la complique encore plus. On peut passer des heures à taper sur 1 et sur 2 sans jamais parler à personne et au bout d’une trentaine de minutes d’attente nous sommes priés de raccrocher. Comme l’explique avec tristesse son binôme de réalisation, Benoit Delépine: «Ce film parle de la mondialisation folle! On n’a plus d’interlocuteurs, on parle avec des boites vocales toute la journée

Sous cet angle la bande annonce n’a pas menti sur l’oeuvre, mais l’aspect comédie de situation n’est pas aussi développé qu’on pourrait le penser. En effet ce film ressemble beaucoup plus à un film social sur les dangers du web qu’à un film montrant la virée au USA d’une bande d’amis! Au contraire, il nous parle des dangers des sex-tape, du cyber harcèlement, de l’E-Reputation et de cette mode de noter tout le monde.

Depuis un certains temps, le cinéma a tendance à faire de plus en plus de comédie avec un aspect sociologique très présent. Comme l’explique Blanche GARDIN nous sommes dans une dramédie, nous parlons d’un souci social mais sans trop utiliser la comédie comme prétexte car elle « induit trop de relativisme». C’est ainsi que les comédies au cinéma deviennent de plus en plus sociale, ce qui autrefois reposait sur le registre satirique repose désormais sur la mise en situation d’un problème du quotidien. Pour éviter de sombrer dans le drame ou la comédie dramatique, les auteurs vont distiller quelques notes positives et faire reposer l’histoire sur des héros joyeux.

Finalement la dramédie c’est redonner la foi en l’humanité au spectateur, et nous faire comprendre qu’il existe encore «l’espoir que l’autre nous veuille du bien».

Beaucoup trop de longueurs pour un film qui veut en dire trop

Le film peut sembler long si nous attendons les éclats de rire. Le sujet de la fracture sociale, économique et numérique ne sont pas des sujets très joyeux. Nombreux sont ceux qui doivent parcourir des km pour aller chercher un colis et revenir à la maison bredouille car le colis n’est finalement pas encore arrivé.

La multiplication des problématiques a tendance à nous faire perdre le fil de l’histoire.On essaie de comprendre l’intérêt d’une scène, puis on passe à une autre histoire, puis on revient encore sur une autre histoire. A certains moments, on en arrive à se demander si les réalisateurs n’auraient pas garder certaines scènes et séquences uniquement pour faire du remplissage, mais à la fin du film on se rend progressivement compte que rien n’est laissé au hasard.

Le film au tout début ne devait se centrer que sur un seul personnage, mais les deux réalisateurs ont préféré parler de plusieurs problèmes de société. La bande annonce laissait croire que le voyage vers les data center était au centre du film, mais cela n’arrive qu’à la toute fin. Ce choix pourrait s’expliquer par une volonté de montrer à quel point la vie qu’on confie à la toile part vers une autre contrée et qu’y accéder n’est pas aussi simple.

Finalement Bertrand est l’exemple du paradoxe de notre vie numérique. Nous aimons la simplicité et la facilité de tout confier à nos smartphones, mais nous sommes en guerre contre l’espionnage. Les cinéphiles reconnaitront le référence au film Her, quand Bertrand se fait piéger par une voix numérique, celle de Miranda.

Une réflexion sur “Effacer l’Historique

Tu es libre de ne pas commenter!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.