Mignonnes – ou comment devenir une femme dans la société d’aujourd’hui ?


« On ne naît pas femme on le devient », voici comment Simone de Beauvoir brisait le silence tabou du genre féminin dans son célèbre ouvrage « Le Deuxième Sexe » sorti en 1949.

Comment être une femme moderne et vivre tiraillée entre deux cultures?


Mignonnes décortique l’étape de la puberté où les jeunes filles deviennent des femmes. Pour ce film, son choix se pose sur Amy, une pré-adolescente qui vit entre deux cultures. Au début, elle cherche à plaire aux deux, mais cela semble de plus en plus difficile car sa famille aux traditions écrasantes ne comprend pas l’extérieur, « ces autres ». Ils cherchent alors à lui imposer des traditions qui semblent venir à l’encontre de la société moderne et occidentale. Amy est comme écrasée par cette vie qu’on lui promet et celle de ces jeunes filles désinhibées.

La réalisatrice Maïmouna DOUCOURÉ a elle-même vécue ce tiraillement. Enfant sa mère l’a longtemps persuadée que le cinéma était un secteur d’activité réservé « aux autres ». Malgré tout, Maïmouna a continué à alimenter sa culture du cinéma et du théâtre. Son histoire d’amour avec le septième art est née durant ces soirées ciné à regarder des films d’horreur. Ces frisons et cet état de transe ont contribué à la faire grandir. Un peu comme son personnage Amy, qui écoute les histoires de sa famille, mais qui reste fascinée par le monde des autres. Au cours d’une sorte d’exorcisme pour faire sortir le démon de la puberté, elle entre en transe, danse et franchit effectivement la barrière qui la sépare de l’enfance et de l’adolescence.

Un film qui ne juge pas:

L’idée du personnage d’Amy serait née d’une fête de quartier où la réalisatrice a vu des jeunes filles danser de manière très lascive et sensuelle. Elle a été surprise par le choc des cultures entre ces mères voilées et ces jeunes pré-ados qui se déchainaient sur scène. L’idée a germé et la réalisatrice a commencé à suivre ces jeunes filles dans leur quotidien au sein des cités et des quartiers.

Ce film ne juge personne, il pose la caméra à la hauteur de son héroÏne et nous promène dans l’itinéraire d’une jeunesse qui sexualise son attitude en pensant que cela fera d’elles des adultes.
L’adolescence est une période délicate où les parents demandent aux enfants d’agir comme des adultes sans pour autant leur donner la possibilité de vivre librement. 
Pourtant, au fil des séquences, on finit par autopsier cette jeunesse accro aux réseaux sociaux, qui se trouve absorbée dans la course aux « Like ». C’est pour pallier à leur détresse affective que l’on voit les adolescents sortir du monde de l’enfance.

Ce film très coloré s’assombrit à mesure que son héroïne découvre la noirceur du monde, on assiste à une forme de dénaturation de la jeunesse – à 11 ans on ne danse pas comme des danseuses de clip de rap qui se déhanchent en simulant un acte sexuel, à 11 ans on devrait se préoccuper de savoir où aller jouer après les cours – mais comment échapper à ces préoccupations d’adultes quand ta famille entière te demande d’agir comme une femme.
Si la famille joue l’extinction des libertés et prive sa jeunesse d’attention, c’est le web qui jouera le rôle d’éduquer ces jeunes d’une manière foireuse et malsaine. Sur le web on ne trouve pas l’amour ou l’amitié, mais une course sans fin à la popularité.

Finalement, ces jeunes filles qui pensent trouver l’attention de leur parent à travers un concours de danse, vont progressivement se rendre compte que cette popularité est factice. Ce qui pose également la question de la culture et de la société multiculturelle. Comment doit-on être femme? Soumise et malheureuse ou bien être débridée et sans complexe mais considéré comme une « traînée » par tout le collège?
Oui, la popularité est fragile, ce qui fait penser à la féminité peut être simulé mais ne doit pas être réel et concrétisé. On peut simuler un acte mais on ne doit pas montrer son anatomie. C’est en cela que ce film sensibilise les parents et les plus jeunes que la frontière entre être une femme et jouer l’adulte est mince. Ces jeunes mignonnes ne sont pas forcément conscientes de la perversion du monde adulte, elles utilisent des mots et miment des choses qui ne sont pas de leur âge, tout cela dans l’espoir que quelqu’un les aime. La scène de drague dans le parc de la géode est intéressante, ces enfants de 11 ans pensent qu’être adulte c’est connaitre ses tables de multiplications.

Même si la réalisatrice affirme que ce film est une sorte d’accouchement de son désir enfant d’être un garçon, elle n’a jamais été aussi fière d’être une femme qu’une fois qu’elle a su s’accomplir à travers la comédie et le cinéma.
Être un garçon, c’est grandir dans une continuité, être une fille, c’est devoir apprendre à devenir une femme. Il y a cette transition difficile où l’on tient d’une main une poupée et de l’autre une cigarette pour faire comme les grands. 
On sent vraiment ce passage où Amy va accepter d’être la pré-ado qu’elle est, quand sa mère prend sa défense devant sa tante. Il y a dans cette scène un retournement de situation. Elle va obtenir ce qu’elle souhaite depuis des années : une preuve que quelqu’un l’aime. Amy est un peu comme dans un tourbillon émotionnel où la maison est devenue un lieu de castration et l’extérieur un lieu d’émancipation, mais pour que les différentes versions d’Amy puissent co-exister il faut passer par cette violence.

Des psychologues présents durant le tournage :

Si on devait résumer le film en quelques mots ce serait « Comment devenir une femme dans la société d’aujourd’hui ? Comment choisit-on son costume ? Et est-on libre de le choisir ? ». Si la danse est très présente à l’écran, rien n’a été filmé de manière innocente, rien n’est gratuit dans le déroulement du récit. C’est pourquoi un psychologue était présent durant tout le tournage, afin de travailler avec les jeunes comédiennes et leur expliquer le sens des gestes et poser des limites.

Des limites assez délicates, car derrière le côté symbolique et la gestuelle, les jeunes actrices ont un côté animal et ressemblent parfois à des petits robots quand elles dansent. La réalisatrice avoue que durant le tournage aucune des actrices n’a reçu de scénario, car elle voulait éviter qu’elles ne récitent les dialogues à la manière d’une poésie. Ces actrices non-professionnelles ont donc fait un long travail pour intérioriser leurs personnages. Afin de faciliter les choses durant les répétitions, la réalisatrice avait attribué à chacune d’elles des animaux totems qui ont évolué durant l’histoire. Amy est au début un petit chaton fragile, puis va se transformer progressivement en panthère. 
«Cette méthode lui a permis de s’y retrouver dans les séquences, car nous ne tournions pas dans l’ordre.» explique la réalisatrice au sein d’un entretien avec ANNE-CLAIRE CIEUTAT.

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