Tout va super : une comédie touchante et pudique sur l’amour, le déni et le temps qui échappe aux vivants

Avec une apparente légèreté, Tout va super observe une mécanique humaine bien connue, celle qui consiste à sourire au bord du précipice. Une chronique douce amère sur l’amour, la peur, et les mensonges protecteurs.

Elie (Hakim Jemili) vit presque entièrement autour de sa mère Sylvaine (Noémie Lvovsky), atteinte d’un cancer depuis plusieurs années. Entre protocoles médicaux, rendez-vous et déni silencieux, sa vie semble suspendue. Lors d’une période d’accalmie, il rencontre Anaïs (Marie Colomb), une jeune femme spontanée et directe qui bouscule son quotidien. Alors que les sentiments naissent, la réalité finit pourtant par revenir avec violence. Pris entre son devoir filial, ses peurs et une histoire d’amour qui s’ouvre enfin, Elie tente de maintenir un équilibre impossible.

L’Art d’éviter le pire avec beaucoup de précaution

« Tout va super » arrive à montrer ce déni protecteur que les proches utilisent pour ne pas imaginer le pire. Cette phrase redite sans fin, comme pour conjurer le pire, à mesure que les mots s’expriment, cela finit par devenir suspicieux, voire malaisant. Étrangement, on retrouve cette même formulation dans la série « Tout va bien », comme une formule magique utilisée par les proches, les aidants quand ils veulent rassurer l’entourage, comme aussi pour se protéger de longues explications. On compartimente, on cherche à trouver un équilibre entre le pathologique et le monde extérieur. Malgré tout, cette barrière s’effrite et provoque sinueusement un effondrement, qui ici est magnifiquement montré par la somatisation.

Hakim Jemili et Marie Colomb incarnent des personnages aux deux parcours de vie complémentaires. L’un ne vit plus au jour le jour et l’autre cherche à vivre sans regret.

Tout va super — Photo Hakim Jemili, Marie Colomb
avril 2026 © ATELIER DE PRODUCTION – TF1 FILMS PRODUCTION – D.A.C.P – 2025

Un film tristement poétique, qui nous rappelle l’importance de profiter de chaque instant

La singularité du film réside dans sa manière de faire entrer une douceur presque irréelle au cœur d’un sujet qui pourrait facilement tomber dans la lourdeur dramatique. Patrick Cassir ne semble jamais vouloir filmer une maladie comme un objet central. Il filme plutôt ce qu’elle grignote autour d’elle. Le temps. Les habitudes. Les projets remis à demain. Les petits gestes aussi. Car lorsqu’une longue maladie s’installe, les jours cessent progressivement d’être vécus comme des jours ordinaires. Ils deviennent des comptes à rebours invisibles. Chaque rendez-vous médical ressemble à une suspension, chaque appel téléphonique devient une source potentielle d’angoisse, et chaque moment de calme finit presque par devenir suspect.

Pourtant, le récit évite constamment le piège du désespoir intégral. Anaïs agit comme une présence qui réintroduit du mouvement dans un univers figé. Là où Elie surveille, protège et anticipe, elle agit davantage comme une force de rappel vers le présent. Elle ne regarde pas Sylvaine uniquement à travers la maladie, elle la regarde encore comme une femme, comme une personne entière avec des envies, des contradictions, des rêves et même une certaine insolence. Cette différence de regard modifie progressivement l’équilibre du récit. Il ne s’agit plus seulement de survivre à l’événement ou de tenir jusqu’au prochain traitement. Il s’agit de continuer à vivre malgré lui. C’est probablement là que se trouve la poésie discrète du film, dans cette idée que le temps ne retrouve jamais sa quantité perdue, mais peut parfois retrouver sa qualité.

Tout va super — Photo Hakim Jemili, Marie Colomb
avril 2026 © ATELIER DE PRODUCTION – TF1 FILMS PRODUCTION – D.A.C.P – 2025

Le film rappelle quelque chose de profondément humain et souvent oublié dans les situations de crise. À force de vouloir sauver quelqu’un, il arrive parfois que l’on cesse de le regarder vivre. On protège jusqu’à enfermer, on aime jusqu’à étouffer, on accompagne jusqu’à se dissoudre soi-même dans la fonction d’aidant. Tout va super ne condamne jamais cela. Au contraire, il observe ce mouvement avec une immense tendresse. Derrière les sourires, derrière les vannes, derrière les maladresses, il y a surtout une peur immense qui ne sait plus comment se dire autrement. Et dans cette fragilité, le film semble rappeler une évidence qui paraît presque banale mais qui devient bouleversante lorsqu’on l’oublie, profiter de quelqu’un ne signifie pas seulement rester auprès de lui, cela signifie encore parvenir à être présent avec lui.

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Note : 5 sur 5.

27 mai 2026 en salle | 1h 31min | Comédie dramatique, Romance
De Patrick Cassir | 
Par Patrick Cassir, Rudy Milstein
Avec Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb


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