ça – Dossier sur la peur



    À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
   Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou …

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Soucis d’ambiance:

     Ce qu’on oubli souvent de dire c’est qu’une adaptation c’est des choix, des choix judicieux ou assumés. Dans ce film il y a beaucoup de choix qui sont mis à mal par des attentes d’un spectateur sceptique entre d’une part un téléfilm très populaire dans le monde du fantastique et d’autre part un roman.  « Ca » est une icône dans le monde de l’horreur au même rang que Freddy ou Regan dans « L’exorciste ». Transposer dans un monde moderne ce film, aurait été plus judicieux. En effet cette adaptation manque de quelque chose, l’authenticité, nous mettons des effets spéciaux et visuels là où le non dit avait sa place à l’époque du téléfilm de Tommy Lee Wallace sorti en 1990. L’effet marketing peut-être aussi une cause d’une sur attente ou encore l’envie de voir un remake là où nous sommes dans une relecture du livre. Il ne faut pas se cacher du fait, que ce film a été présenté et traité comme un film à gros budget, sans en être un, avec des campagnes publicitaires, des trailers….  Tout cela avec budget 50 millions contre une moyenne de 200 millions pour les supers grosses productions hollywoodiennes comme Superman, Spiderman…

Malgré les attentes mises en suspend, en faisant le deuil de toutes comparaisons éventuelles avec le téléfilm, il demeure encore un manque, un manque esthétique, car tourner sur pellicule ne suffit pas à créer une esthétique et la marier avec une ambiance…. Dans ce film nous manquons d’authenticité,  on a une impression de fake, de non exploration de piste jetées à la gueule du spectateur. Peut être en creusant un peu plus dans l’aspect hors du temps, le film aurait gagné en saveur. On a dans ce film une forme de malédiction pesante mais jamais assez développée. N’oublions pas que  faire nos jours du Stand by me sans le socle culturel, sans une ambiance authentique, fait que cela sonne faux …

Parlons de maléfice

   Dans ce film plane un maléfice, un maléfice invisible, les enfants commencent à nous mettre sur la piste de ce maléfice mais ils sont trop occupés à aller se baigner pour développer la piste.  Ou bien par respect à l’oeuvre de Stephen King où l’auteur parle plus d’une angoisse de la vie, où l’enfant doit apprendre à devenir adulte et une fois adulte doit apprendre à mourir. « Il y a un passage [dans Ça] qui se lit : « Être un enfant, c’est apprendre à vivre et être un adulte c’est apprendre à mourir. » Il y a un peu de métaphore de ça et cela se fait d’une manière très brutale, bien sûr. »

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    Disons qu’un maléfice emprisonne à un temps t, se doit être développé un peu plus. Bien qu’en analysant le club que forme les enfants on constate que rien ne change, quand ils vont au collège ils se font brimer par les lycéens et quand ils sortent de cours, ils se font caillasser par ces mêmes lycéens. Une forme de cercle vicieux où le plus faible se fait à la fois détruire par ses comparses un peu plus agé, puis abimer par leur peur à travers un clown vampire et face à leurs peines et angoisses ils sont entourés de parents défaillants qui ne sont plus vraiment aptes à avoir un rôle dans la société. Ils sont comme fantasmatiques et absorbés par un mal invisible qui les ronge. Chacun des enfants se retrouvent confronter à un passage à l’âge adulte assez difficile. Le jeune hébraïque peine à lire la Torah, la jeune fille se cache pour acheter des serviettes hygiéniques (ou pour fumer?) et le reste des enfants sont incompris par leurs parents, Du coup pour fuir ce monde angoissant de l’adulte, ils se réfugient dans les livres ou dans la quête de vérité. (la recherche d’un petit-frère disparu est assez édifiant, comme si s’amuser à se faire peur était un moyen de conserver un peu d’innocence… Car l’adulte est censé ne plus avoir peur de l’obscurité et doit accepter de vivre dans un monde insécure. Tous ces tabous forment un monde de secret, où nous avons les secrets des adultes, ceux des enfants et celui du Mal. Des forces en perpétuel opposition, où il y aura forcément une disparition ou une rupture. Etre adulte c’est faire face à ce non retour, fuir finalement le monde de l’enfance, disparaitre et être avalé par le clown c’est finalement renoncer à faire face à ses peurs et fuir.

L’étrange étrangeté -1919

  Ce sont des analyses de contes fantastiques par Freud. Unheimlichkeit, ce qui est étranger à la maison. C’est ce qui est caché, ce qui est dissimulé.

  Le double est une assurance contre la mort, c’est avoir une non disparition. Le double est caractérisé par quelque chose de négatif. Dans la Feline, la scène du restaurant est la mise en place d’un double. L’angoisse ressentie par le lecteur nait de l’angoisse qu’un double ravive des souvenirs refoulée. Les films fantastiques comme Dracula excluent l’étrange étrangeté.

Le cinéma fantastique créé-t-il ses propres mythes ?

   A quoi sert le mythe ? Le mythe en anthropologie est un mythe fondateur qui fournit un ensemble de représentation des rapports du monde et de l’humanité avec des êtres invisibles. Le mythe affirme et donne un sens. L’homme y découvre sa place et son rapport avec des êtres invisible.

  On explique le monde tel qu’il est pour donner aux hommes un système de représentation, pour lui faire supporter le monde tel qu’il est. Le cinéma s’appuie sur des mythes pré existants, comme les vampires, les zombies etc. Réactualise ses mythes, s’appuie sur des mythes préexistants.

   Les Vampires sont nés sous l’occupation Turc, a mis en danger les Slaves qui ont souffert, car leur culture devait disparaitre. Le mythe du vampire symbolise les peurs de l’invasion des turcs. On a aussi donné une autre explication au mythe comme celle des épidémies de pestes.

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  Dans notre film, la ville est une ville condamnée à revivre sans cesse ses peurs, ses crimes. Comme si le Mal avait fait un pacte avec un membre fondateur. On ne sait rien, on ne connait pas l’origine. On a juste comme notion implicite, ce mal va revenir à chaque anniversaire du drame qui a déclenché la première vague de disparition et de décès.

L’homme qui construit ses monstres Frankenstein

   Le personnage est comme le mythe de Prométhée. On ne doit pas s’égaler à Dieu, ce serait un acte d’orgueil, l’hybris.

  Le cinéma fantastique reprend les structures manichéistes. Les oppositions Naturel vs Surnaturel. Le rôle du mythe est de favoriser le statuquo social. La nature même du cinéma fantastique est qu’il favorise la fonction du mythe car il sert à rassembler, exalter et proposer les mythes que le public aime. C’est une pratique collective, le cinéma existe dès qu’une image projetée est vu par un public. Le cinéma permet le passage de personnage littéraire à des figures mythiques. L’apparence de Frankenstein a été diffusée dans le monde entier, qui a permis de créer une image sociale. Le cinéma fantastique créé des mythes mais n’en invente pas.

Une société névrosée et malsaine

   Ce qui semble le plus troublant ce sont les adultes aveugles qui vivent dans leurs névroses et leurs maladies. – Une mère castratrice qui ne contrôle la vie de son fils – un père à la limite de l’inceste avec sa fille qu’il appelle « Ma princesse » qui voit le mal et la luxure partout – Un père policier qui pousse son fils à devenir une brute sans peur, un père rabbin qui fit dans le musée de la foi et de l’occulte –  Dans ce trombinoscope de personnage se greffe plusieurs disparitions passées sous silence, des accidents domestiques et des tensions enfants-adultes.

   L’horreur et le temps  qui intervient dans ce film agit comme,  comme le névrosé qui a peur du changement qui reste bloqué sur un mal passé… Sa bulle de percute contre un monde censé être normal…. C’est la différence entre le monde T qui se fracasse à T1 qui provoque cette effet d’angoisse… Le spectateur voit des personnages communs qui vont entrer dans une situation étrange et perturbante, avec autour de cela une attitude d’autre personnes qui sont aveugles ou qui nient l’étrangeté de la situation. Nous pouvons remplacer névrose par n’importe quoi… C’est l’intrusion de l’inhabituel dans un quotidien trop clean, trop bien ranger qui est figé et rongeur qui fait un fort contraste avec ce côté malsain

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DVD du téléfilm

DVD du film 2017

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