Son of Cormack – Out of Body Kinda Week

Son of Cormack explore dans Out of Body Kinda Week une époque où les catastrophes et le chaos politique finissent par dérégler notre perception du monde.

Quand le monde devient trop étrange pour sembler réel

Il y a quelque chose d’inquiétant dans cette manière de regarder le monde se dégrader, presque sans réaction. Les catastrophes naturelles, les tensions politiques et cette impression que tout devient progressivement absurde finissent par modifier notre rapport à la réalité. Le rock retrouve ici une fonction presque cathartique, celle d’exprimer un malaise collectif devenu intime.

Son of Cormack est le projet musical de George McCormack, auteur-compositeur-interprète et guitariste britannique aux racines irlandaises. Élevé entre l’Angleterre et l’Irlande, dans un environnement marqué par la musique des pubs, il s’est ensuite installé à Austin, au Texas, après une décennie londonienne. Son univers emprunte au rock alternatif, au folk et au blues, avec des influences cinématographiques plus sombres. Soutenu notamment par BBC Introducing, il prépare son premier album éponyme, annoncé pour le 6 novembre 2026.

Une éclipse, des inondations, des bouleversements politiques… La chanson raconte une semaine où les événements s’accumulent jusqu’à provoquer une sensation de déconnexion. Le monde continue de fonctionner, pourtant quelque chose semble avoir basculé. Face à cette succession de catastrophes, le désir devient presque dérisoire : retrouver une journée fraîche, de la pluie en mai, un peu de tranquillité. Une manière de réclamer une normalité que l’époque semble avoir perdue.

La mélancolie d’une époque qui finit par contaminer l’individu

Comme un retour du rock forgé dans l’ADN de Chris Isaak, mais avec la noirceur de notre époque. On n’est plus uniquement pris par la mélancolie intérieure ou interpersonnelle, mais celle d’une époque composant et influant avec notre propre crise.

Cette dimension collective donne au morceau une portée particulière, car l’angoisse ne naît plus seulement des expériences personnelles, elle se nourrit aussi de ce qui se déroule à l’extérieur. L’éclipse devient alors une image assez intéressante de cette perception troublée. Le soleil disparaît momentanément, les oiseaux cessent de chanter, une immobilité inhabituelle s’installe. Tout paraît suspendu, comme si la nature elle-même attendait quelque chose. Cette attente ressemble à ce que l’on peut ressentir devant une catastrophe annoncée, lorsque l’anticipation devient parfois plus éprouvante que l’événement. La progression des couplets, construite autour d’une guitare aux influences jazz, entretient cette tension avant que le refrain ne lui donne une expression plus directe.

Ici, on retrouve cette mélancolie quasi physique, caractéristique d’un certain rock sombre, où la voix semble porter davantage que les seules émotions individuelles. L’époque finit par s’inviter dans l’intimité, sans même demander la permission.

La formule « out of body » prend également une dimension psychologique intéressante. Elle évoque cette impression d’assister aux événements depuis une position extérieure, comme si l’accumulation des informations et des crises créait une distance entre l’individu et ce qu’il traverse réellement. Il ne s’agit pas nécessairement d’une dissociation clinique, plutôt d’une sensation d’étrangeté face à un environnement devenu difficile à comprendre. Le passage consacré aux normes sociales est particulièrement révélateur : ceux qui représentaient autrefois le courant dominant apparaissent désormais comme les marginaux.

Cette inversion suggère une perte des repères collectifs, où les comportements considérés comme ordinaires deviennent eux-mêmes incompréhensibles. Le refus de la guerre ajoute une dimension plus politique à cette fatigue. Il n’y a aucune volonté héroïque de participer au désordre, seulement celle de préserver une existence qui échappe encore à la violence du monde. Même la soirée trop arrosée conserve quelque chose de profondément humain, une tentative imparfaite de reprendre possession de son temps. La tempête finit par arriver, comme une conséquence presque inévitable de cette longue attente. Et lorsque le vent retombe, le silence revient. Rien ne garantit pourtant que ce calme annonce une véritable amélioration. C’est peut-être là que réside la noirceur du morceau : dans cette incapacité à distinguer une accalmie d’une catastrophe qui prépare simplement la suivante.


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