Max Rauch – Despite the Outcome

Max Rauch transforme l’échec et les possibles abandonnés en alternative rock énergique où créer conserve sa valeur même lorsque la réussite s’éloigne.

Max Rauch revient avec Despite the Outcome, un titre d’alternative rock qui possède quelque chose de paradoxal : la musique donne envie d’avancer alors que les paroles regardent précisément ce qui n’est pas arrivé. Derrière les guitares, les mélodies power-pop et cette énergie héritée des années 90 sous l’explosion de la Rock Punk, l’artiste interroge ce qu’il reste du désir lorsque la réussite cesse d’être une promesse crédible.

Originaire de West Orange dans le New Jersey, Max Rauch évolue depuis deux décennies dans la scène indépendante locale, notamment au sein de Tourmaline, Washington Square Park et LKFFCT. Auteur-compositeur, interprète, ingénieur du son et producteur, il construit une musique où les mélodies power-pop rencontrent l’emo des années 90 et l’énergie plus brute de l’alternative rock classique. Ses chansons explorent régulièrement la mortalité, l’amour et l’étrangeté de l’existence, sans abandonner les grosses guitares ni le plaisir immédiat des refrains.

Créer lorsque la récompense n’est peut-être plus au bout

Despite the Outcome parle moins de l’échec que de ce moment beaucoup plus inconfortable où l’on commence à admettre que certaines projections de soi ne se réaliseront probablement jamais. La voix qui s’exprime regarde les vies qu’elle aurait pu vivre, le temps dépensé et cette attente ancienne qu’une récompense finirait forcément par arriver. Pourtant, elle continue. Non par certitude d’obtenir quelque chose, mais parce qu’une fois débarrassée de cette promesse, la création semble encore procurer suffisamment de plaisir pour justifier l’obstination.

Un petit côté rock qui fait frissonner, entre nostalgie du genre ou simplement l’ambiance très années de lycée. La production est propre et rappelle l’ADN d’un genre autrefois populaire, mais en ajoutant un grain de modernité dans la manière d’amener le titre. Ce contraste sonore devient surtout intéressant parce que Despite the Outcome ne transforme pas la persévérance en héroïsme. Max Rauch fait presque l’inverse : continuer n’est plus présenté comme la preuve qu’une victoire arrivera demain, mais comme une activité dont la finalité extérieure commence à perdre son importance. Derrière l’accumulation « double double double down », il existe certes l’obstination, mais également quelque chose de compulsif, cette incapacité à déposer la seule chose que l’on n’a justement jamais réussi à abandonner. La motivation change alors de régime. Elle n’est plus totalement extrinsèque, organisée autour d’une reconnaissance future ou d’une version idéalisée de soi, elle revient progressivement vers le plaisir intrinsèque de faire. C’est là que le refrain prend une profondeur assez mordante : « still having fun » pourrait sembler léger, voire adolescent, pourtant cette simplicité arrive après l’effondrement d’une croyance. Il n’y a peut-être rien qui attende au bout. Et étrangement, cela ne suffit pas à rendre le chemin inutile. Le morceau touche précisément parce qu’il refuse la morale rassurante du mérite qui finirait nécessairement par payer : parfois l’accomplissement n’est pas la récompense du geste, il était déjà dans le geste.

Les paroles deviennent plus sombres lorsqu’elles déplacent le regard vers toutes les existences qui auraient pu être vécues. Il ne s’agit plus simplement d’une carrière qui n’aurait pas atteint l’endroit imaginé, mais d’un véritable deuil des possibles, cette confrontation assez brutale entre le soi projeté et celui que le temps a effectivement construit. L’image de l’alligator du temps emprunté qui referme continuellement ses mâchoires donne à cette prise de conscience une matérialité presque organique : le temps n’est pas abstrait, il mord, réduit progressivement l’espace disponible et transforme les anciennes possibilités en irréversibilité. Même les « glory days » sont décrites comme gaspillées dans un mur de son ensanglanté, image excessive, très rock, qui permet pourtant d’éviter la plainte nostalgique pure.

Max Rauch semble autant rire de son investissement qu’en mesurer le coût. Cette ambivalence donne au morceau sa singularité psychologique : reconnaître qu’une activité a absorbé une partie considérable d’une existence sans conclure qu’elle fut une erreur. Il y a même quelque chose d’assez mature dans cette contradiction, car accepter une trajectoire suppose parfois de renoncer à fabriquer rétroactivement une justification glorieuse à chaque choix. La réussite cesse d’être nécessaire pour légitimer le passé. Les guitares massives, le refrain power-pop et cette énergie presque lycéenne produisent alors un drôle de court-circuit temporel : la musique retrouve l’élan de celui qui croyait encore avoir toutes les vies devant lui, tandis que les paroles savent désormais qu’il faudra en abandonner presque toutes. Et pourtant, le plaisir demeure.


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