The Holy Boy, quand la souffrance devient le stigmate du surnaturel.

Dans The Holy Boy, Paolo Strippoli enferme une communauté dans son bonheur, jusqu’à faire de la souffrance une menace presque surnaturelle.

Sergio Rossetti (Michele Riondino), enseignant marqué par un drame familial, arrive à Remis, village de montagne présenté comme « la vallée des sourires ». Il découvre une communauté étrangement paisible, organisée autour de Matteo Corbin (Giulio Feltri), adolescent auquel les habitants attribuent le pouvoir d’absorber leur douleur lors d’étreintes ritualisées. Cette apparente harmonie se fissure lorsque Sergio se rapproche du garçon. Derrière le refuge collectif apparaît alors une dépendance inquiétante, où croyance, besoin d’apaisement et peur de souffrir deviennent difficiles à dissocier.

Le film rencontrera le public français lors de sa sortie le 2 septembre 2026, après un parcours international passé notamment par la Mostra de Venise et plusieurs festivals fantastiques. Sa distribution française est assurée par Grindhouse Paradise Pictures, société spécialisée dans la circulation en salles et en vidéo d’un cinéma de genre qui trouve rarement sa place dans les circuits les plus conventionnels.

Un village isolé et une communauté. Les ingrédients simples et efficaces de l’horreur

The Holy Boy est un film où pour aimer l’histoire, il faut se laisser prendre et accepter de mariner dans son atmosphère, tout en ne posant aucune question.
On pense beaucoup à la série Sermons de minuit, on nous parle de fait religieux, d’une communauté, etc.
Ici, on ignore la nature réelle du protagoniste et cela contribue un peu au mystère. Cette œuvre nous ramène un peu Nightborn (Hanna Bergholm), on a des éléments, des pistes et beaucoup d’explication sur les personnages, mais jamais sur la nature exacte derrière la menace. Ce n’est pas nécessaire et c’est peut-être cette absence qui conduit à se questionner.

Ici, on utilise ensuite une mécanique assez simple de l’horreur, celle du village isolé où l’étranger comprend progressivement que la normalité locale repose sur des règles qui ne sont normales que pour ceux qui les appliquent. Remis n’est pourtant pas présenté comme un enfer ou une communauté immédiatement hostile. C’est même l’inverse. Cette « vallée des sourires » donne à voir des habitants fonctionnels, une vie collective structurée et une forme d’apaisement presque enviable. Le malaise naît du décalage : pourquoi tout le monde va-t-il aussi bien ? Dès lors, le sourire cesse progressivement d’être seulement l’expression d’un état émotionnel, il devient une norme sociale.

photo plateau The Holy Boy film 2026
The Holy Boy © Grindhouse Paradise Pictures

C’est ici que le fait religieux fonctionne particulièrement bien, car la communauté transforme Matteo en figure autour de laquelle s’organisent rites, croyances et comportements. Il ne s’agit même plus de déterminer si chacun croit exactement à la même chose. L’efficacité sociale du rite suffit. Les habitants se réunissent, reproduisent les mêmes gestes et reconnaissent collectivement au garçon une fonction particulière. Cette ritualisation crée une cohésion, tout en déplaçant sur un adolescent quelque chose que chaque individu devrait normalement élaborer lui-même : sa propre souffrance. Matteo devient ainsi moins un individu qu’une fonction sociale, celle du corps disponible capable de recevoir ce que les autres ne veulent plus porter. Sa solitude prend alors une dimension assez cruelle. Il est indispensable à tous, donc paradoxalement privé du droit d’exister indépendamment d’eux.

L’isolement géographique renforce encore cette logique. Les montagnes ferment l’espace, les habitudes deviennent autosuffisantes et la communauté dispose de ses propres critères pour distinguer ce qui est acceptable de ce qui ne l’est plus. Le spectateur entre dans Remis avec Sergio et partage en partie son extériorité. Ce procédé classique fonctionne parce que The Holy Boy ne transforme pas immédiatement les habitants en foule menaçante. Le danger vient davantage de leur besoin collectif que d’une monstruosité individuelle. Lorsque l’équilibre commence à céder, l’horreur devient alors sociale avant même d’être fantastique : une communauté qui a construit sa stabilité autour d’un seul être humain ne peut accepter facilement que celui-ci cesse d’occuper la place qui lui a été assignée.

Un délire collectif ou un cas de paranormal ?

C’est probablement là que The Holy Boy devient le plus intéressant : le film donne suffisamment d’éléments pour rendre le paranormal crédible, mais conserve assez d’ambiguïté pour qu’une lecture psychosociale ou clinique demeure possible. Matteo est-il réellement capable d’absorber la douleur, ou assiste-t-on à la matérialisation d’une croyance devenue tellement structurante qu’elle produit ses propres effets ? Le récit ne tranche pas définitivement la nature du garçon, laissant coexister plusieurs interprétations. Cette incertitude déplace intelligemment la question. À force de chercher ce qu’est Matteo, on finit surtout par observer ce que les autres deviennent autour de lui.

Une croyance collective n’a pas besoin d’être objectivement vraie pour avoir des conséquences réelles.

Finalement, une croyance collective n’a pas besoin d’être objectivement vraie pour avoir des conséquences réelles. Dès lors qu’un groupe partage une représentation, adapte ses comportements à celle-ci et organise une partie de son existence autour d’elle, cette représentation devient un fait social. À Remis, Matteo occupe précisément cette position. Chacun vient déposer symboliquement, psychiquement ou réellement sa douleur auprès de lui. Lorsque cette possibilité vacille, ce n’est donc pas uniquement une croyance qui est menacée, c’est tout un système de régulation émotionnelle.

Le film entretient ainsi une confusion volontaire entre contagion collective et phénomène surnaturel. Les comportements deviennent plus extrêmes à mesure que disparaît la sécurité procurée par Matteo, comme si le groupe, privé de son mécanisme habituel d’apaisement, ne savait plus métaboliser frustration, manque et souffrance. Le spectateur peut y voir un phénomène paranormal, une dynamique de suggestion collective, ou accepter que les deux lectures se superposent. C’est même cette impossibilité de poser tranquillement une étiquette qui maintient l’inquiétude : expliquer complètement Matteo réduirait immédiatement la part la plus étrange du film.

Romana Maggiora Vergano dans The Holy Boy © Grindhouse Paradise Pictures

Un exercice de style

Le casting et la direction artistique sont évidemment remarquables. Michele Riondino est touchant dans son rôle de père meurtri. Face à lui, Romana Maggiora Vergano est troublante par sa manière d’incarner la fragilité, elle va attirer l’attention du protagoniste, et fait en sorte qu’il veuille faire plus que de n’être simplement de passage. Quant à Giulio Feltri, il nous laisse sans voix.

Ce trio donne surtout un ancrage humain à un film qui, derrière son mystère et son étrangeté, repose beaucoup sur la fragilité de ses personnages. À l’humain. et la mise en scène s’ajoute une photographie très marquante, une ambiance lourde, The Holy Boy est un exercice de style, après faut-il que le public soit prêt ?

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Note : 4 sur 5.

2 septembre 2026 en salle | 2h 02min | Drame, Fantastique
De Paolo Strippoli | 
Par Paolo Strippoli, Jacopo del Giudice
Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran
Titre original La valle dei sorrisi


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