Les Vacances de Golo & Ritchie, réalisé par Ahmed Hamidi et Martin Fougerol, prolonge l’aventure du duo dans un récit où l’amitié se confronte au besoin d’émancipation, entre solidarité, maladresses et quête d’autonomie.
Après leur premier film, Golo (Golo Diarra) et son ami Ritchie (Ritchie Ngoma-Almeida) quittent leur quartier pour rejoindre la Camargue avec plusieurs jeunes afin de rénover un bateau destiné à offrir des vacances à d’autres enfants. L’arrivée de John Café (John Café) bouleverse progressivement l’équilibre du groupe tandis que Ritchie revendique davantage d’indépendance. Entre tensions, instants de complicité et découvertes, cette parenthèse estivale transforme leur relation autant qu’elle interroge leur manière d’avancer ensemble.
Du web au grand écran
On ressort du visionnage avec un avis mitigé. Les Vacances de Golo & Ritchie laisse régulièrement l’impression de regarder un film conçu pour la télévision plutôt qu’une véritable proposition de cinéma. La mise en scène privilégie une captation très directe du quotidien, avec peu d’artifices, ce qui peut parfois donner une sensation de simplicité formelle. Pourtant, cette approche trouve aussi sa force. Le caractère brut de nombreuses scènes crée une proximité rarement feinte, au point que le spectateur oublie parfois la caméra pour avoir l’impression d’assister à de véritables fragments de vie. Cette authenticité nourrit le récit bien davantage que son intrigue. Les échanges restent bruts, les tensions ne sont jamais surdramatisées et le spectateur perçoit rapidement que les émotions naissent davantage des réactions spontanées que d’une mécanique scénaristique.
Golo doit alors apprendre que protéger son ami ne signifie plus décider à sa place…
Le film déplace également le regard porté sur le handicap. Celui-ci cesse rapidement d’être le sujet principal pour devenir une composante parmi d’autres de la personnalité de Ritchie. Son désir d’indépendance constitue le véritable moteur dramatique. En cherchant à s’émanciper de Golo, il provoque des tensions qui dépassent largement leur situation personnelle. Cette évolution évoque un passage universel vers l’autonomie, celui où l’amitié doit accepter de laisser l’autre expérimenter ses propres choix, même lorsqu’ils créent de l’inquiétude. Golo doit alors apprendre que protéger son ami ne signifie plus décider à sa place, une évolution qui dépasse leur seul parcours et renvoie à toute relation d’accompagnement confrontée à l’émancipation de l’autre. Le spectateur oscille alors entre amusement et appréhension, conscient que cette prise de distance fragilise un équilibre construit depuis des années.
Le film ne cherche d’ailleurs jamais à effacer cette différence. Il montre au contraire qu’elle cohabite naturellement avec les autres facettes de sa personnalité et qu’elle n’empêche ni les conflits, ni les responsabilités, ni les moments de complicité. Le spectateur est ainsi invité à regarder Ritchie comme un individu avant de le définir par son handicap.
L’arrivée de John Café transforme discrètement la dynamique du groupe. Sa présence ralentit le rythme des échanges et apporte une douceur qui contraste avec les caractères plus affirmés des deux amis. Le film semble ainsi montrer que certaines personnalités jouent un rôle de médiateur naturel, non par autorité mais par leur simple manière d’être. Plusieurs séquences dégagent une sincérité touchante, notamment lorsque Golo invite spontanément la coach sportive à dîner. Son enthousiasme immédiat laisse rapidement place à la gêne lorsqu’il se souvient qu’il est déjà engagé dans une relation. Cette scène ne cherche pas à fabriquer un ressort comique. Elle révèle plutôt un homme qui agit sous l’impulsion de l’instant avant que la culpabilité ne le rattrape, une réaction profondément humaine qui renforce l’attachement du spectateur envers lui. Ce malaise ne le transforme ni en héros ni en fautif, il le rend simplement plus humain, chacun pouvant reconnaître dans cette contradiction une faiblesse familière. La rénovation du bateau dépasse enfin le simple chantier collectif. Elle devient un geste tourné vers ceux qui viendront après eux, donnant à cette aventure une dimension de transmission qui dépasse largement le temps des vacances.

Un second film au cinéma
Le film nous emporte dans une aventure avec en soi une idée noble derrière. Mais, les spectateurs n’ayant pas réellement suivi l’ascension du duo populaire se retrouveront un peu comme perdus. Bien que ce film soit le second nous transportant avec le duo. Il faut d’abord assimiler les codes pour apprécier pleinement ce style. Si vous aimez le vlog de Léna Situations sur ses vacances, vous trouverez ici quelques codes analogues, mais avec quelques éléments additionnels dans l’ambiance. Ici, on filme une aventure à la manière de Nus et culottés où le final est un don de son temps. Ici, retaper un bateau pour permettre à d’autres d’en profiter les prochains étés.
Cette continuité permet au film de retrouver ses personnages plusieurs années après leur première apparition publique, sans repartir de zéro. Le récit s’appuie alors sur une relation déjà connue du public et s’intéresse davantage à son évolution qu’à sa découverte. Cette fois, l’enjeu ne consiste plus à présenter deux personnalités attachantes mais à observer ce qui change lorsque les expériences vécues et le temps modifient progressivement les relations humaines. Le changement d’environnement, avec une Camargue omniprésente, renouvelle naturellement les situations tout en confrontant les protagonistes à des expériences inédites. L’intrigue prend ainsi la forme d’un prolongement logique où l’amitié est confrontée aux premiers besoins d’émancipation, tandis que l’ouverture vers les autres devient progressivement aussi importante que le voyage lui-même.
Un projet avec des responsabilités et des objectifs.
Le chantier collectif sert également de révélateur des tempéraments, des responsabilités et des limites de chacun. Restaurer un bateau ne constitue pas uniquement un objectif matériel, il devient le fil conducteur des relations qui se recomposent au fil du séjour. Dans cette dynamique, John Café ne se contente pas d’intégrer le groupe, il renouvelle son équilibre et ouvre de nouvelles perspectives relationnelles qui accompagnent l’évolution des personnages.
Le film profite par ailleurs de son changement de décor pour élargir son regard. La Camargue n’est pas seulement un paysage de vacances, elle apparaît comme un territoire où les traditions demeurent vivantes, entre rapport aux animaux, transmission des savoir-faire et solidarité quotidienne. Ce nouvel environnement agit comme un révélateur. En quittant leur quartier, les personnages découvrent d’autres codes, d’autres manières de vivre ensemble et se confrontent à une réalité qui les oblige à sortir de leurs habitudes. Le parallèle entre cet univers et celui de la Grande Borne s’esquisse progressivement. Deux espaces différents en apparence, mais où les liens humains, le sentiment d’appartenance et le respect des anciens occupent une place essentielle. Cette rencontre évite au voyage de se limiter à un simple dépaysement touristique et lui donne une véritable portée sociale.

Cette ouverture bénéficie aussi aux personnages secondaires. Les adultes qui accompagnent ou accueillent le groupe ne servent jamais de simples figures d’autorité. Ils transmettent une expérience, offrent un cadre, tout en laissant chacun construire son propre chemin. Le rapport de Ritchie aux animaux participe également à cette évolution personnelle, certaines découvertes nourrissant sa curiosité autant que son affirmation de soi. Le bateau prend alors une dimension plus large que celle d’un chantier collectif. Il devient un héritage destiné à des enfants que les protagonistes ne connaîtront probablement jamais, inscrivant leur engagement dans une continuité qui dépasse leur propre histoire. Cette perspective donne au film une résonance collective discrète, mais durable, en rappelant que certaines réalisations prennent tout leur sens lorsqu’elles profitent d’abord aux autres.
La sortie du film ouvre désormais une autre interrogation, celle de la capacité du duo à poursuivre cette trajectoire sans perdre ce qui faisait sa spontanéité d’origine. Si cette aventure trouve son public, l’enjeu sera de voir jusqu’où ces récits pourront évoluer tout en conservant l’équilibre entre chronique intime, voyage et observation sociale. Il restera également à observer si cette évolution privilégiera l’approfondissement des personnages plutôt que la simple répétition de leur formule actuelle.
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22 juillet 2026 en salle | 1h 20min | Comédie
De Martin Fougerol, Ahmed Hamidi
Avec Golo , Ritchie , john Café
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