Solbore – We Are Not Young Anymore

Une pluie suspendue, des sensations qui glissent entre les doigts et une mélancolie sans drame appuyé. Solbore transforme ici le sentiment du temps qui passe en matière sonore presque tactile, entre trip hop organique et émotion retenue.

Parler de l’âge dans une chanson conduit souvent vers deux chemins connus, la nostalgie frontale ou le constat amer. We Are Not Young Anymore choisit un détour plus étrange et plus sensoriel. Les paroles ne racontent pas une histoire linéaire avec un avant et un après. Elles avancent plutôt comme des fragments de souvenirs, des sensations qui apparaissent puis disparaissent. Une pluie attendue, des terres, des agrumes, des doigts qui se touchent. L’ensemble donne l’impression d’une mémoire qui tente de saisir quelque chose qui s’éloigne lentement. Cette approche crée une écoute davantage ressentie que racontée.

Solbore est le projet de Vlad Matveikov, musicien, producteur et fondateur de studio installé à Brighton. Son parcours dessine une géographie presque mouvante, entre héritage tchèque et argentin, années passées en Espagne et en Australie, puis immersion dans l’effervescence indépendante britannique. Très actif dans la scène locale, notamment à travers Small Pond Studios et ses ramifications artistiques, Vlad évolue autant dans la création que dans le développement de nouveaux talents. Pour We Are Not Young Anymore, le projet délaisse partiellement les paysages ambient du premier album pour une matière plus vivante, plus physique aussi, avec batterie organique et chant en duo porté par Ellie Godwin et Aisling Rhiannon Whiting.

Une transformation

Les paroles du morceau semblent évoquer une sensation discrète de transformation intérieure. Il n’est pas réellement question d’un âge précis ou d’un regret explicite. La chanson paraît davantage observer ce moment où une personne comprend que certaines formes d’insouciance changent avec le temps. Les images utilisées donnent l’impression d’un mouvement lent, presque naturel, comme un paysage qui évolue sans rupture brutale. Le refrain avec cette idée de « continuer à tenir » renforce une impression de persistance plutôt que de perte.

C’est organique, voire minéral. Une envolée, une douceur et une voix. Solbore traite ici le sujet du passage du temps de manière étonnamment indirecte. C’est le seul axe qui apparaît clairement dans les paroles, celui de la singularité des images employées. Le morceau ne construit pas sa charge émotionnelle à travers une révélation soudaine ou une confession spectaculaire. Il préfère une circulation d’impressions. Une pluie qui tarde à venir, des agrumes cultivés, une terre à rejoindre, une surface à atteindre. Ces éléments semblent parfois presque décousus lors d’une première écoute, pourtant ils possèdent une cohérence sensorielle.

L’ensemble évoque davantage une mémoire fragmentée qu’un récit traditionnel. L’esprit fonctionne souvent ainsi lorsqu’il tente de retrouver une émotion ancienne. Il ne revoit pas forcément les événements, il retrouve une odeur, une lumière ou une texture. Les paroles semblent emprunter ce mécanisme cognitif. Une sensation appelle une autre sensation.

Cette approche produit quelque chose d’assez particulier. Le morceau donne moins l’impression d’entendre quelqu’un raconter sa vie que d’entrer dans une matière émotionnelle flottante. Le duo vocal accentue encore cette impression. Les voix se répondent puis se fondent l’une dans l’autre, comme deux pensées qui coexistent plutôt qu’un dialogue construit. Le résultat possède une douceur diffuse. Rien ne cherche l’explosion émotionnelle. Tout avance par capillarité.


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