The Furious entre admiration et attentes non comblées. Que vaut le film de Kenji Tanigaki ?

Entre film de vengeance, polar d’action et récit de survie. Coréalisé par Kenji Tanigaki avec Kensuke Sonomura et distribué par Lionsgate, The Furious propose une course contre la montre brutale où un père affronte seul un système corrompu pour retrouver sa fille disparue.

Lorsque Rainy (Yang Enyou) est enlevée par un réseau criminel spécialisé dans le trafic humain, son père Wang Wei (Xie Miao) découvre rapidement que les institutions censées protéger les victimes préfèrent détourner le regard. Muet, solitaire et animé par une détermination presque obsessionnelle, il décide de mener sa propre enquête. Sur sa route, il croise Navin (Joe Taslim), un journaliste dont l’épouse a disparu après avoir approché le même réseau criminel. Tous deux se retrouvent plongés dans un univers où l’argent achète l’impunité et où la violence devient parfois le seul langage compris par ceux qui exploitent les plus vulnérables.

Un film de genre qui a de la matière, mais reste figé dans les codes, oubliant l’essentiel : le développement du background… Va-t-on avoir un préquel ? une suite ?

Le film a de bonnes idées, après trop de combats tuent le combat. Parfois ça devient un peu trop surhumain, l’adrénaline joue son jeu, mais elle n’explique pas tout. En effet, on aurait aimé plus d’infos sur le protagoniste : son passé, comment a-t-il appris à se battre ? Comment est-il devenu un expert du combat corps à corps ? Les chorégraphies des combats sont superbes. Ici, tout devient une arme, même une simple pédale de vélo par exemple ! Bref, plus d’approfondissement du background des personnages aurait apporté beaucoup au film.

Cette frustration provient précisément du fait que le film installe plusieurs pistes narratives particulièrement stimulantes sans toujours leur accorder le développement qu’elles méritent. Wang Wei fascine parce qu’il demeure une énigme. Son silence, son efficacité presque irréelle, sa résistance physique et sa maîtrise du combat créent une figure immédiatement captivante. Pourtant, cette même fascination laisse naître un manque. Le spectateur comprend ce qui motive le personnage, sauver sa fille, mais dispose de peu d’éléments permettant de comprendre qui il était avant cette tragédie. Cette absence de passé détaillé limite parfois l’attachement émotionnel alors même que le film cherche à construire une relation forte autour du lien parental.

The Furious 2026 © Edko Films

Le même phénomène touche plusieurs personnages secondaires. Navin possède une histoire personnelle suffisamment riche pour nourrir davantage le récit, tandis que les antagonistes apparaissent souvent comme des fonctions dramatiques davantage que comme des individus complexes. Le résultat reste efficace dans une logique de film d’action pur, mais laisse l’impression qu’un univers plus vaste existe en arrière-plan. Cette sensation produit un paradoxe intéressant : plus le film avance, plus le spectateur souhaite découvrir ce qui précède les événements racontés.

Cette impression ouvre naturellement la porte à l’idée d’un préquel ou d’une suite. Non pas parce que le récit serait incomplet, mais parce que certains personnages semblent porter un passé qui dépasse largement le cadre de cette intrigue. Le film réussit à créer de la curiosité autour de ses protagonistes, ce qui constitue souvent un signe de réussite narrative. Reste à savoir si cet univers sera développé à l’avenir ou s’il conservera volontairement cette part de mystère qui participe également à son pouvoir de fascination.

The Furious fonctionne avant tout comme un film d’action nerveux porté par des affrontements inventifs et un enjeu émotionnel simple mais universel, celui d’un parent prêt à tout pour sauver son enfant. Derrière l’efficacité du spectacle se cache également une réflexion sur l’impuissance face aux institutions défaillantes et sur la colère comme moteur de survie. Si le film convainc largement sur le terrain physique, il laisse aussi l’impression qu’il existe encore beaucoup à raconter sur ses personnages. Une qualité autant qu’une limite, selon ce que chacun attend d’un grand récit de vengeance.

Le trafic d’enfants, une menace au cœur du récit

Derrière ses scènes d’action et sa mécanique de vengeance, The Furious s’appuie sur une réalité particulièrement inquiétante : le trafic d’enfants. Le film montre un système criminel organisé qui prospère grâce aux failles institutionnelles et à l’indifférence de certains détenteurs du pouvoir. Cette thématique apporte une dimension plus sombre au récit, car l’enlèvement de Rainy ne représente pas seulement le drame d’une famille, mais renvoie à une violence sociale beaucoup plus large. Le spectateur ressent alors une colère qui dépasse le simple désir de revanche. Chaque affrontement prend une valeur supplémentaire, celle d’une lutte contre un commerce qui réduit les êtres humains à de simples marchandises, transformant ainsi le parcours de Wang Wei en combat autant intime que collectif.

Aux sources du film

Le projet est né de la volonté de renouer avec le grand cinéma d’arts martiaux asiatique en proposant une œuvre centrée sur les affrontements physiques et les cascades réalisées au plus près des acteurs. L’histoire s’articule autour de Wang Wei, un père confronté à l’enlèvement de sa fille, dans un univers marqué par la corruption et le trafic humain. Pour incarner ce personnage principal, la production s’est tournée vers Xie Miao, ancien enfant star du cinéma d’action hongkongais et pratiquant de wushu. Son profil permettait de réunir une forte crédibilité martiale et une présence dramatique particulière, d’autant que le personnage est muet et doit communiquer essentiellement par le regard, les gestes et le langage corporel.

Face à lui, Joe Taslim a été choisi pour interpréter Navin, journaliste déterminé à faire éclater la vérité. Son expérience du judo de haut niveau et sa carrière internationale dans le cinéma d’action apportent une dimension complémentaire au personnage principal.

Le rôle de Rainy, la fille de Wang Wei, a été confié à Yang Enyou. Déjà remarquée très jeune dans plusieurs productions chinoises, l’actrice ne se contente pas d’incarner une victime à sauver. Le personnage participe activement à l’action, ce qui a nécessité un véritable entraînement physique. Son implication dans les répétitions a marqué l’équipe, renforçant la crédibilité du lien père-fille au cœur du récit.

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Note : 3 sur 5.

10 juin 2026 en salle | 1h 54min | Action, Arts Martiaux, Thriller
De Kenji Tanigaki, Kensuke Sonomura | 
Par Tin Shu Mak, Kwan-Sin Shum
Avec Xie Miao, Joe Taslim, Brian Le
Titre original Huo zhe yan


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